J'ai souvent critiqué la notion de diégèse comme moyen de distinction des éléments dans la "grande syntagmatique" de Christian Metz. Voilà que je lis que Jacques Aumont et Michel Marie, dans L'Analyse des films, en font la remarque:
Ces deux dichotomies (chronologique/a-chronologique, succession/simultanéité), ainsi que la dernière (présence ou non d'ellipses narratives dans le segment), reposent sur une appréciation des rapports diégétiques [8] entre les différents plans. En revanche, le critère de l'alternance, lui, est purement formel (puisqu'il se définit comme l'alternance de deux ou plusieurs motifs visuellement identifiables). (Aumont et Marie, 1988: 45)
8. Sur la notion de diégèse, voir Esthétique du film, p.80.
Je suis content de savoir que cette idée ait été expliquée, ce qui me permettra de ne plus être trop agacé par les éléments de distinction diégétique. Je bloquais constamment sur ce point, puisque, techniquement, la diégèse n'existe pas, sauf par le biais de la forme filmique/présence du spectateur.
J'apprends aussi la mort du cinéaste Ingmar Bergman. J'ai toujours particulièrement apprécié son travail, sans doute l'un des cinéastes qui m'aura réellement donné la piqûre d'un cinéma extérieur à Hollywood. Il émane un certain mystère de chacun de ses films, dont la mort faisait partie comme figure récurrente (Les fraises sauvages et bien sûr Le septième sceau).
J'attire simplement votre attention sur un article d'André Habib dans le Hors Champ, que je n'avais pas lu au moment où il était d'actualité (septembre 2006). L'article traite d'une intervention de deux individus à Tout le monde en parle, à propos des films Le goût de la cerise de Kiarostami et Free Zone d'Amos Gitaï. En voici une citation pour vous préparer au pire:
Selon lui, ce film, « en plus d'être plate », de « raconter une histoire déprimante » (« c'est l'histoire d'un gars qui cherche quelqu'un pour l'enterrer parce qu'il veut se suicider… C'est-tu déjà assez déprimant à ton goût ! (sic) », expliquait-il, provoquant immédiatement l'hilarité de tous les invités), le film aurait le démérite supplémentaire, aux yeux visiblement aguerris de M. Sauvé, d'avoir « gagné la palme d'or à Cannes » !
Le principe d'intertextualité est très présent dans les jeux vidéos, les allusions aux jeux passés dans certains cas (dans le cas des séries), aux films desquels ils sont adaptés, ou à des éléments du monde réels sont très présentes. La question intéressante est de savoir comment ces allusions peuvent, parfois, ne pas être signifiantes dans le cadre même du jeu - disons, dans sa structure/composition interne même - mais présentes presque exclusivement pour créer un contact avec le spectateur. Nous l'illustrerons donc par quelques exemples tirés de la série Final Fantasy.
Les éléments de l'histoire avec lesquels on a une interaction portent parfois des noms tirés du monde réel. Par exemple, le premier bateau volant du jeu Final Fantasy IV (II pour son appelation américaine) se nomme l'Enterprise, tout comme le vaisseau spatial de Star Trek. Une créateur "appelée" (avec la capacité Call) dans le même jeu se nomme Shiva, et ce nom est repris pour un esper, dans le sixième (III pour la traduction anglaise). C'est pourtant le nom d'un dieu hindou, qui ne semble pas avoir de lien avec le personnage féminin de la série.
Dans certains cas, l'intertextualité ne semble pas être présente tant pour sa "signification" que pour un lien - presque rassurant - entre le jeu et le monde réel. Il peut s'agir d'humour ou d'un simple référent. Le fait qu'il ne semble pas signifiant est intriguant, ramenant l'idée de l'intertextualité à la postmodernité, soit la phase où on se contenterait de copier ce qui a déjà été fait.
Et voilà! Je voulais seulement vous faire part du fait que j'ai trouvé une track que j'ai écouté sans doute une seule fois durant mon secondaire, mais que j'ai cherché pendant longtemps. Il s'agit de la première partie de "Rapide comme un serpent". J'avais la deuxième partie (appelée "deuxième morsure"), mais seulement le début, suite aux désagréments du téléchargement par modem 33.6K avec WinMX.
Update: Pour ceux qui auraient de la difficulté avec les "embed" de Imeem, vous pouvez écouter la chanson sur le Myspace de M Group (alias MG).
Je n'ai encore jamais été "angoissé" par l'âge, comme certains lorsqu'ils atteignent 20 ans et se sentent vieux. Je viens de réentendre "L'esprit mafieux" d'Oxmo Puccino, avec Busta Flex, et ce dernier m'a ramené à la réalité de mon âge en disant:
J'ai 20 ans, quatre ans de rap, et 16 ans de questions...
Je viens d'atteindre 22 ans dimanche dernier. Je me souviens parfaitement quand j'avais 14 ans et que j'écoutais cette track: je commençais à rapper et je m'imaginais être capable d'en être rendu à quelque chose dans le rap à 20 ans. Me voilà aujourd'hui, ayant mis de côté le chant tout en gardant l'intérêt, et à remettre en question mes choix comme tout le monde bien évidemment. Honnêtement, ça ne fait pas grand effet quand on ne connaît pas la track, mais sachant ce que Busta Flex a démontré être capable de faire, il y a de quoi commencer à se sentir angoisser...
Je crois qu'une des choses caractéristique du rap est qu'il ne fait pas nécessairement attention aux "régionalismes" (qu'on peut appeler "localisationnisme", au sens où il s'agit de choses comprises par les gens qui viennent d'un endroit), que ce soit au niveau de termes de langage, d'expressions, ou même simplement de choses qui pourraient être inconnus à l'extérieur. Je prends, par exemple, la piste "Rien à perdre". Lorsqu'Akhenaton fait référence à la RTM (Régie des Transports de Marseilles), il ne s'attarde pas à expliquer ce qu'est la RTM: on comprend par le contexte, ou, à la limite, on saute et on comprendra plus tard. Même des éléments associés à la France de façon plus large, par exemple les références aux CRS entre autres sur "16'50 contre la censure" (ou sur Ma 6-T va crack-er), peuvent ne pas être accessibles aux gens outre-mer.
Pourtant, à l'inverse, c'est ainsi que j'ai appris le peu que je connais de la politique française, des banlieues de Paris ou de Marseilles. D'autres artistes ont pu utilisé ce type de "régionalismes" hors du rap: Beau Dommage en est sans doute le meilleur exemple. Je crois qu'il y a avantage à parler de sa réalité telle qu'elle est, sans tenter de la faire comprendre à tout le monde.
Nobody is completely original or should want to be; we all build our little contributions on the efforts of others.
Ô combien logique d'une certaine façon, et aller plus loin dans la réflexion nécessiterait probablement d'embarquer dans le débat du déterminisme et du libre-arbitre. La question à se poser est plutôt: rendu à ce point-là, voulons-nous vraiment aller plus loin?
"J'fais pas qu'est-ce que tu veux, parce que ce serait toi qui le ferait." - SemiBruce, "Ma craie", Bouche à oreilles vol.IV.
Une chose m'intéresse particulièrement dans cette phrase que Bruce utilise dans le refrain de cette chanson: la question de l'auteur, ou, pour être plus précis, celle du "qui fait?". En effet, selon le cas, on définit souvent le créateur soit dans l'intention ou soit dans l'acte.
Parlons d'abord des interprètes de chansons ou d'instruments de musique. On ne les nomme pas "auteurs" de leurs oeuvres, et ce, même si on associe généralement les oeuvres à leur interprète, mais on les qualifie en général d'artistes. Ils sont définis non pas par leurs intentions mais par leurs actes.
À l'inverse, un réalisateur est souvent considéré comme l'unique créateur de son oeuvre, et même trop par certains qui voient nécessairement tout comme intentionnel et directement relié à son auteur. Ceux-là sont intéressés par l'oeuvre, mais encore plus par les entrevues que le réalisateur peut donner pour expliquer ce qu'il voulait faire. Pourtant, un film est fait avec une équipe technique considérable - et part souvent de la tête d'un scénariste.
Le rap a probablement de la difficulté à se définir dans l'art en général de par la suppression de l'aspect action au niveau de la musique: un producteur/beatmaker (les termes ne sont pas unanimement définis) n'interprète rien en spectacle (la plupart du temps), il crée d'avance. Pourtant, son travail est aussi considérable.
Enfin, nous reviendrons sur les idées d'auteur, et sur la question des "beatmakers".