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Quelques mots sur quelques critiques que j'ai récemment publié sur Hiphopfranco.  De Negsayo ( Bump ça dans ton whip!), j'ai apprécié l'aspect "personnage" derrière les paroles oui, mais aussi le flow. On ressent la touche, chacun ayant rendu ses verses reconnaissables et les ayant maîtrisés pour qu'on les ressente vrais. Le DVD, composé entre autres d'entrevues mais aussi de clips, vient dans la même lignée. "Bâton" et "Il fait chaud" sont deux tracks que je trouve particulièrement excellentes, principalement car les beats sont impeccables, et le flow bien évidemment réussit. Par contre, même si ça dépasse le niveau "mixtape", ce ne serait pas un excellent "album" (tiens, il sera intéressant de revenir sur la différence entre ces deux concepts).  PeeZee ( The Mayor) a un style très près de Justin Timberlake: chanté au point où ça donne un look "pop", mais avec une inspiration hip-hop importante. Son originalité se trouve dans ses beats, inspirés par la musique des années 80. À écouter, mais sans plus.  Pythagore ( Remixes LP vol.1) a un intérêt principal: il s'agit de remix. Il nous offre une "relecture" de tracks classiques, en changeant bien souvent l'atmosphère pour quelque chose de plus étrange. On a ici un bel exemple de ce que Pythagore peut faire, mais on se lasse en quelque sorte du fait qu'il s'agisse de reprises. Il ne dépasse pas vraiment les originaux. Libellés : Albums, Critiques, Hip-hop, Negsayo, PeeZee, Pythagore
Lors de ma lecture de la thèse de Bernard Perron, La spectature prise au jeu. La narration, la cognition et le jeu dans le cinéma narratif [ disponible sur Ludiciné], je tombe sur une citation qui me fait réfléchir sur le concept de l'infini. Perron parle des hypothèses que le spectateur se fait sur ce qui va se passer dans le film au moment où il pratique sa spectature (soit, ses attentes à mesure que le film se déroule). Celui-ci [le pouvoir de création], tout en restant en principe infini, est pourtant limité par ce qui limite le champ des possibles à l'intérieur du langage lui-même. En effet, tout n'y est plus possible, car n'importe quoi qui n'y a pas (ou n'y a plus), a priori, un sens. L'institution du langage limite déjà le champ des possibles à l'intérieur de ses propres règles, celles par lesquelles un énoncé possède ou acquiert ou non une signification [ATLAN, 1986: 285; cité dans PERRON, 1997: 158] L'exemple est particulièrement pertinent: il peut se passer un nombre infini de choses dans un film, même si on peut techniquement circonscrire les possibilités dans une certaine boîte, relative à la configuration (ou dans certains cas le genre) dans laquelle le film s'inscrit. Il ne faut pas croire que l' infini est synonyme de tout ce qui existe. En effet, si on dit que les nombres sont infinis, en réalité, ils sont limités par la définition même de nombre: tout n'est pas un nombre, mais il existe une infinité de possibilités de ce qu'on peut définir en tant que nombre. Même chose pour tout ce qui concerne l'imagination: l'humain peut imaginer une infinité de choses, même si ses possibilités sont limitées par ce qu'il est physiquement possible d'imaginer. Libellés : Narration, Perron, Réflexions, Études cinématographiques
À propos de la "potentielle fiction" derrière les propos d'un rappeur, Akhenaton en donnait un exemple éloquent: Ce que le cinéma se permet, la télé Les livres, et les magazines pour nous c'est prohibé Incitation à la violence C'est comme si pour chaque meurtre on inculpait Jack Palance ("Dangereux", L'école du micro d'argent, 1997) Il s'agit de donner le bénéfice du doute à l'artiste quant à un écart entre ses propos et sa vie réelle. Le rap, comme les autres arts narratifs ou figuratifs, créent une diégèse, mais a un préjugé négatif qui fait que la plupart des gens n'y distinguent pas la fiction de la réalité. Libellés : Akhenaton, Diégèse, Hip-hop, IAM
 Afin d'expliquer clairement le concept de la mise en abîme, j'aurai recours à l'exemple de la piste "Le fainéant" de Faf Larage, paru sur la compilation de Kheops Sad Hill (1998). Je mets en contexte: il y a un personnage diégétique (le fainéant), "incarné" par Faf Larage, qui l'interprète donc en parlant au je. Il s'introduit et nous décrit son mode de vie, où sa compagne "l'entretient" en lui permettant de rester chez elle à ne rien faire. Et voilà qu'à un moment, sacrifiant même la rime, le personnage dit: Y'a eu ce rappeur l'autre soir à la télé Pas mauvais, je dois dire le petit, Faf Larage qu'il s'appelle Le type me ressemble comme deux gouttes d'eau La meuf a cru que c'était moi, je l'ai joué: "c'était pour te faire une surprise" L'intérêt de tout ça est dans la confusion qui s'opère pour l'auditeur, pris dans un questionnement à propos du rapport entre le monde diégétique de l'oeuvre et le monde réel: "y a-t-il deux personnes identiques, Faf Larage et le fainéant, ou est-ce que Faf Larage se joue de nous?". Bien évidemment, la réponse est à la limite évidente. Mais le jeu continue: Ce Faf Larage, il a écrit un texte, on dirait moi en plus vulgaire Ainsi, la piste "Le fainéant" est-elle ce morceau plus vulgaire dont le personnage nous parle, où Faf Larage, rappant, serait conscient de faire parler son personnage comme si celui-ci n'était pas conscient qu'il est en ce moment même le personnage principal dans une chanson? Si on entre pleinement dans le monde diégétique de l'oeuvre, tout se passe bien, car il n'y a pas de contradiction à ce qu'un personnage parle d'un autre, identique physiquement, qui aurait fait une chanson sur lui. Mais, ici, le fait que le fainéant spécifie beaucoup de détails sur la chanson et sur Faf Larage, allant même jusqu'à évoquer le fait que sa compagne "a acheté l'album de Kheops", album qu'on est en temps normal en train d'écouter au même instant, nous rappelle notre statut d'auditeur. Toute cette confusion entre monde diégétique supposé et monde réel nous rappellent sur quoi tient la diégèse, soit sur toute la structure musicale et lyrique. Cet effet de mise en abîme, où l'oeuvre existe et est évoquée à l'intérieur d'elle-même (comme lorsqu'on filme un téléviseur qui affiche ce qu'on filme) devient un effet autoréflexif ( self-reflexive), c'est-à-dire qu'il nous renvoie à notre position en tant qu'auditeur d'une oeuvre audio. Libellés : Diégétique, Faf Larage, Hip-hop, Mise en abîme, Réflexivité
Un peu à la manière dont je le soulignais en disant que le cinéma est un art de performance, je voulais exprimer mon avis sur le fait que les études cinématographiques ont "la production bien chevillée au corps", pour faire un clin d'oeil à la fameuse expression de Metz. En effet, sauf lorsqu'on baigne dedans, on distingue rarement les études cinématographiques des cours techniques de cinéma. Pour faire le parallèle rapide, si je disais que j'étudiais en littérature, est-ce que quelqu'un penserait que la plupart de mes cours seraient concentrés sur la manière d'écrire des livres? Puisque le cinéma implique une certaine connaissance technique, on semble le dissocier d'un art "pur"/"simple"/"sans moyens techniques préalables*", en croyant qu'il est plus important de donner une formation technique qu'un aperçu historique/structurel/narratologique du médium filmique/cinématographique. * Évidemment, ce "préalable" ne l'est pas nécessairement, certains cinéastes - expérimentaux, par exemple - n'ont pas tout ce bagage technique. Libellés : Metz, Études cinématographiques

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