L’artiste Empire ISIS signait en automne dernier un éditorial pour le site Hiphopfranco, qu’il m’a fait plaisir de traduire, véritable manifeste pour le rap commercial, où elle passe en revue les étapes qui semblent nécessaires pour que le rap d’une certaine région se démarque par rapport au reste. Il me semble pourtant que le fait qu’elle s’attaque à des éléments qui changent directement la musique peut entraîner un changement irréversible pour ceux qui aiment les artistes qui n’ont pas peur d’explorer.

Elle ne le signe pas en tant que manifeste, et ce n’est qu’en y réfléchissant que j’ai pu le décrire de cette manière, mais au fond son texte fonctionne d’une manière semblable. Elle constate une certaine situation, « déplorable » et dont pratiquement tout le milieu hip-hop est d’accord pour la changer, puis propose des solutions. Sa démarche est valable en quelque sorte, voire très fondée: elle se base sur ses observations qui, bien que sans sources explicites, sont tout de même cohérentes et logiques. Là où l’aspect manifeste me semble ressortir, c’est que, si toute son argumentation est logique, elle se base sur un présupposé: celui que la manière de changer les choses pour le mieux passe nécessairement par la commercialisation du rap. Elle propose de faire des changements sur la musique elle-même (en plus des moyens de commercialisation) de sorte de faire ressortir un style québécois.

Je crois que – heureusement ou malheureusement – ce type d’aspirations de la part des artistes deviendra quelque chose de nécessaire. Plusieurs artistes comme Malik Shaheed revendiquent leur statut commercial, ou encore, comme Malicious, admettent que leur musique peut (et devrait peut-être) se changer légèrement si le résultat est que plus de gens peuvent les entendre.

Mon avis est que, quand ça fonctionnera pour vrai pour quelques artistes, on pourrait voir changer le style de rap au Québec dans la lignée de ce que les auditeurs revendiquent, au lieu de l’inverse. Oui, les artistes ont des styles qui se font copier, et oui, plusieurs artistes suivent les pas stylistiques d’artistes qui les précèdent, mais tant et aussi longtemps qu’aucun d’eux ne pouvait vendre, ça n’affectait pas le milieu hip-hop lui-même. Sans dire que le rap ne continuera pas d’innover (et ce n’est pas ce qu’Empire ISIS prône), il reste que, si certains artistes sont capables d’assumer leur rôle commercial et de trouver un style qui puisse devenir une recette, d’autres suivront au lieu de devoir battre leur propre sentier.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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