J’ai trouvé quelques phrases clefs pour mieux expliquer ma conception du rôle de l’auteur lorsque je parle d’une œuvre, dans Du littéraire du filmique d’André Gaudreault. J’ai déjà tenté de définir plus clairement quelques raisons qui font que je veux me dissocier de la figure de l’auteur pour expliquer une œuvre. Ici, Gaudreault spécifie que, parce que le lecteur est au centre de la situation de lecture, c’est vers lui que l’activité de la narratologie doit se centrer.

D’où la nécessité de « bouter » l’Auteur hors de la Narratologie, qui est au premier chef une science s’occupant du récit et des récitants, pas de ceux qui les créent! [Gaudreault, 1999, p. 139]

L’explication plus détaillée se situe dans la note de bas de page qu’il fait à la suite de cette même phrase.

Qu’on me comprenne bien. Il n’y a là aucune forme de mépris à l’endroit de l’auteur que le narratologue peut d’ailleurs questionner, mais à titre d’auteur et non pas de narrateur. Répétons-le, Proust ou Griffith ne sont pas des narrateurs (malgré ce que voudrait faire croire la spécification entre parenthèses de la définition du Petit Robert – voir supra -). L’un est écrivain, l’autre cinéaste. La seule concession que l’on pourrait faire serait de considérer qu’ils ont en quelque sorte été narrateurs au moment (aux moments plutôt) où ils ont pris, qui sa plume, qui sa caméra, pour composer leur œuvre. Quand cette œuvre est consommée, ce n’est plus l’auteur qui me parle. La preuve (j’espère ne pas donner dans la facilité): j’ai lu hier À la recherche du temps perdu après avoir vu Naissance d’une nation (quelle journée chargée!) et pourtant Proust et Griffith sont, bel et bien, morts. [Gaudreault, 1999, p. 139, en note de bas de page]

Après un tel exemple tiré du livre d’un chercheur en études cinématographiques spécialiste en narratologie, comment essayer de mieux expliquer ma position là-dessus?

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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5 commentaires

  1. Intéressant. Ceux qui étudient le récit et le récitant doivent alors faire attention de ne pas déraper et de respecter certaines balises. Par exemple quand je lis des trucs comme «l’auteur avait l’intention de faire ci» ou alors «on voit des influences de ci et de ça», je suis toujours dubitatif si ce n’est pas appuyé. Par exemple dans une entrevue des Cahiers avec Kitano Takeshi, «ah ouais votre film, les influences de Bunuel, blabla». -Je n’ai jamais vu de film de Bunuel. Et toc. Combien de fois aurions-nous eu l’heure juste avec les auteurs, des théories entières se seraient effondrées. 😉

  2. En effet 🙂 Je fais particulièrement attention pour ma part à ne jamais, systématiquement, dire: « Ici, le réalisateur nous montre telle chose », et ce, même s’il s’agit d’éléments formels. Si le réalisateur avait toujours le dernier mot, pourquoi y aurait-il des « Director’s Cut »? Je ne crois pas qu’on puisse savoir vraiment qui nous montre ces images et ces sons…

  3. je pense qu’il y a un espèce de contrat sous-entendu qui rend le réalisateur responsable des images d’un film et ce même s’il ne l’a pas filmé (ou planifié) lui même, il l’a sélectionné pour faire parti du montage final.

    évidemment les director’s cut c’est des versions alternatives supposément plus proches des intentions du réalisateur. Mais le cinéma c’est l’art du compromis, alors je rend personellement le réalisateur responsable de tout (s’il admet avoir resté jusqu’au bout du processus).

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