Du « je » au « on »: une mauvaise habitude de la critique cinématographique

Il s’opère souvent une translation que je juge plutôt indésirable mais difficile à éviter de la part des critiques de cinéma. Plutôt que de parler de leur expérience cinématographique au « je », ils emploient davantage le « on », non pas au sens de « nous » tel qu’il est commun au Québec, mais en tant que « statut général des choses ». Un peu pour les mêmes raisons que ce que j’évoquais précédemment à propos des « principes universels », il est bien difficile de dire quoique ce soit à propos de l’expérience que les autres en font avant d’avoir au moins un certain « pouls » de leurs impressions. Phrase typique:

En sortant de ce film, on ne peut pas ne pas être touché.

Phrase clichée, qui est plus signifiante qu’elle n’est vraie.

Le « nous » des textes universitaires

Remarque, je dis cela, mais il semble être habituel pour les chercheurs universitaires d’employer la formule « nous » dans leurs textes (les miens aussi d’ailleurs). Il faut comprendre quelque chose: le « nous » des chercheurs universitaires ne sert pas à généraliser leur expérience subjective à celle de n’importe qui (quoique…), mais sert plutôt à créer en l’espace de lecture une expérience qui est celle partagée entre le lecteur et le « narrateur » incarné dans le texte. Comme si, « nous postulons telle hypothèse » facilite l’identification du lecteur, et suppose qu’il se place dans la position du chercheur le temps que son expérimentation ou sa démonstration se fasse.

La subjectivité par définition dans l’expérience cinématographique

Quand on parle de cinéma, on ne peut pas vraiment ne s’en tenir qu’au film en tant qu’objet. Le spectateur existe et c’est par son action qu’il se passe quelque chose (ne serait-ce que de la diégétivisation). C’est une sorte de contradiction. Pour régler ce problème, on ne peut qu’assumer que la plupart des actions entreprises par le spectateur (ou le joueur…) font partie d’une institution (au sens de Roger Odin, j’y reviendrai) fondée sur des conventions auxquelles prend part le spectateur. Tout individu qui s’y prendrait autrement pourrait créer quelque chose d’intéressant (ex: voir une fiction comme un documentaire), mais l’infinité des possibilités étant impossible à prendre en compte, on s’en tient à ce qui nous intéresse (en mentionnant ne pas tout avoir couvert).

Dans le cas qui m’intéresse pour ma maîtrise, il y a différentes manières de jouer au jeu, de prendre part à l’action (déjà, « entrer dans le jeu » ou tenter de le désamorcer, on pourrait dire). Je ne suis sûrement pas le seul, étant jeune, à avoir pris plaisir à attaquer mes propres unités dans Warcraft II, par exemple (ou à attaquer son allié dans Duke Nukem 3D). Il y a de nombreuses manières d’aller à l’encontre de la fonction « institutionnelle » du jeu, et voilà pourquoi il est plutôt impossible de toutes les prendre en considération.

2 réponses sur “Du « je » au « on »: une mauvaise habitude de la critique cinématographique”

  1. Dans un tout autre ordre d’idées, je commence à m’intéresser à Gadamer et j’ai su tout récemment qu’un spécialiste du philosophe était professeur à l’udem (sa biographie sur Gadamer fait, parait-il, autorité en Allemagne). Quelle surprise de voir que c’était l’auteur de l’excellente introduction à la métaphysique qui m’a été fortement utile et qui l’est toujours pour mes cours au bac… Bon, tout ça pour dire que je me souviens que tu recherchais une référence pouvant t’être utile pour lire Vérité et Méthode:
    Introduction à Hans-Georg Gadamer, de Jean Grondin.

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