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Blogue Parade - L'annuaire des blogues francophones - BlogueParade.com

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30.3.08

Last.fm: une radio internet 2.0

Les radios Internet sont de plus en plus présentes, mais la plupart ne sont que trop semblables aux radios similaires. Certes, elles diffusent de la musique de manière plus indépendante, mais le peu d'auditeurs s'explique probablement par le format très semblable aux radios à ondes. Voilà où Last.fm me semble offrir quelque chose de nouveau, dans la lignée du Web 2.0, c'est-à-dire où l'auditeur prend une place plus importante, où le DJ devient un véritable algorithme personnalisable.

Il y a deux manières d'écouter cette radio. Soit simplement entrer le nom d'un de vos artistes favoris, pour que la radio propose de jouer des artistes semblables. Sinon, plus complexe, il s'agit d'installer une application sur votre ordinateur qui garde en mémoire ce que vous écoutez (avec plusieurs lecteurs, notamment Lecteur Windows Media, Winamp, iTunes, ...), pour pouvoir vous proposer de nouveaux artistes semblables à vos habitudes d'écoute. Il s'agissait au départ d'un plug-in, qui s'appelait Audioscrobbler, mais il semble que Last.fm ait acheté l'ancien site. On peut sauter la chanson en cours si elle ne nous plaît pas (mais on ne peut pas retourner en arrière: ça reste une radio, et non un répertoire de musique).



L'autre fonction est de pouvoir calculer et ré-écouter ce qu'on écoute le plus, ou encore de se créer des listes d'écoute (playlists), qu'on peut diffuser par exemple sur son blogue. Ce qui devient très utile pour:
  • partager ce qu'on écoute avec les gens qu'on connaît;
  • écouter sa musique peu importe sur quel ordinateur (et chez qui) on se trouve.
Question droits d'auteurs, la radio fonctionne (en principe) en accord avec les artistes: ceux-ci téléversent (uploadent) leur musique dans leur compte, et c'est uniquement celle téléversée qui peut être jouée sur leur radio (leurs singles, par exemple). En principe, bien sûr, car quelques indices laissent croire que tout n'est pas de leur initiative.

Les titres contiennent parfois des fautes, des parenthèses mal placées, des accents absents, des expressions différentes (pour les featurings, feats., avec, etc.), ce qui fait que si on n'a pas la même typographie que le titre téléversé, Last.fm les prendra pour deux chansons différentes. La question, souvent importante dans le rap, de l'artiste officiel (dans le cas de collaborations sur des mixtapes) rend d'autant plus difficile d'avoir la combinaison titre/artiste identique à celle du site.

Quelques problèmes qui restent donc à régler pour les programmeurs, mais le principe est là, et je crois bien que ce type de mode d'écoute prendra la relève de la radio FM standard, avec animateurs parfois peu intéressants et chansons inquiétantes (désolé, c'est le qualificatif qui m'est venu spontanément). Reste à voir quand et comment la publicité sonore s'y intégrera...

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29.3.08

La chose ou l'effet esthétique comme définition d'une discipline artistique?


J'ai assisté hier, sous l'invitation d'Amélie Paquet, à une table ronde sur la question des "nouveaux objets de la littérature". La discussion globale fut très intéressante, davantage sur le mode de "exposons quelles sont les problématiques reliées à la question de ces fameux nouveaux objets" que "débattons sur la question de leur littérarité", ce qui, somme toute, a ses bons côtés et ses mauvais côtés.

La question de leur appartenance à la littérature et, par ricochet peut-être, des possibilités d'études de leur cas avec les outils des études littéraires s'est tout de même ouverte. Je crois qu'il y a une indépendance importance de ces deux définitions: ne suis-je pas en train d'étudier le jeu vidéo avec les outils des études cinématographiques, tout en sachant très bien qu'un jeu vidéo n'est pas un film?

La question de "Qu'est-ce que la littérature?" s'impose donc (décidément, toutes les disciplines se seront posées la question, art et cinéma étant les exemples qui me viennent spontanément). En fait, je crois qu'on pose une question relativement inutile, dans la mesure où on a probablement défini la littérature a posteriori de leur existence (et encore plus assurément les études littéraires). Ce qui fait qu'on décide de "trancher" des catégories n'est pas naturellement divisible, sauf lorsqu'il est question d'aspects formels précis et spécifiques.

Je m'explique. Quelques textes du 18ème siècle parlant des arts parlent de peinture et poésie [1] au lieu de parler d'art pictural et de littérature, ce qui se base davantage sur des aspects formels précis (le médium employé, la rime, etc.). Ce serait en quelque sorte après qu'on a déterminé des points communs entre chacun de ces médiums différents (ex: placer la peinture, la gravure, le dessin, etc. dans les arts picturaux). Le problème, c'est que, comme aujourd'hui certains objets se mettent à exister après la définition de la discipline artistique, cette dernière a de la difficulté à se les approprier, voire à rester légitime quant ses objets remettent en question les points communs initialement observés.

Pourquoi discuter, par exemple, de la question du blogue comme objet du littéraire? Justement, par son aspect "objet" au sens où il se distingue d'une "chose". Parce qu'un sujet en fait l'expérience, il se définit comme objet. Ainsi, parce qu'un sujet en fait l'expérience littéraire, il devient un objet littéraire. C'est donc la question de l'effet esthétique plutôt que la chose elle-même qui, à mon sens, définit l'objet de la discipline artistique.

Il y a bien sûr aussi toute la question de l'intermédialité: ces "nouveaux objets" (qu'il faudra peut-être nommer) n'appartiennent rarement davantage à une discipline plutôt qu'à une autre, et sont assez hétéroclites pour qu'ils soient difficiles à regrouper entre eux. Chaque discipline peut donc ajouter sa perspective particulière à leur étude, ce qui, à mon sens, paraît plus qu'intéressant.

Tout ceci rejoint donc la question de la définition d'une discipline de recherche avec l'objet ou la méthode, que je me pose dans mon introduction aux études cinématographiques.

Content de pouvoir placer un visage et une voix à l'auteure de déprime explosive!

1. Je fais référence ici à Abbé Jean Baptiste Dubos, Réflexions critiques sur la poésie et la peinture, Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, 1993 [1719] et à Gotthold Ephraim Lessing, Laocoon ou Des frontières de la peinture et de la poésie (1766), Paris, Hermann, 1990, 240 p.

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26.3.08

Affirmation au premier degré

En surfant sur le web, je suis tombé sur un manifeste qui prône le premier degré, c'est-à-dire qui tente d'enlever les équivoques de sens en stipulant que les signataires parleront toujours sans signifier autre chose que le premier sens de ce qu'ils disent.

Je trouve intéressant cette démarche, bien qu'elle ne puisse pas s'appliquer à moi. D'abord parce qu'il serait en quelque sorte trop facile de se "backer" en utilisant l'excuse du premier degré. Mais aussi, et surtout, parce qu'il est si plaisant de parler au second degré! L'existence même du manifeste semble être à la base un effet au second degré: si on était quelques amis à avoir signés, je serais le premier à jouer avec cette signature comme authentification du sens littéral, en suggérant des significations intéressantes (voire compromettantes) au deuxième degré!

Dans le principe, ça permet quand même de s'assurer aussi de ne pas sur-interpréter les propos des autres, que ce soit dans la vie de tous les jours et aussi (surtout) quand il s'agit de lire un texte, par exemple. Ce n'est pas tant qu'il ne faut pas voir d'autres possibilités de sens dans un texte, mais plutôt qu'il ne faut pas assumer que ces autres sens sont collés au texte lui-même. Transformer "L'auteur dit..." en "On pourrait voir que...".

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24.3.08

Empire ISIS: Manifeste du rap commercial

L'artiste Empire ISIS signait en automne dernier un éditorial pour le site Hiphopfranco, qu'il m'a fait plaisir de traduire, véritable manifeste pour le rap commercial, où elle passe en revue les étapes qui semblent nécessaires pour que le rap d'une certaine région se démarque par rapport au reste. Il me semble pourtant que le fait qu'elle s'attaque à des éléments qui changent directement la musique peut entraîner un changement irréversible pour ceux qui aiment les artistes qui n'ont pas peur d'explorer.



Elle ne le signe pas en tant que manifeste, et ce n'est qu'en y réfléchissant que j'ai pu le décrire de cette manière, mais au fond son texte fonctionne d'une manière semblable. Elle constate une certaine situation, "déplorable" et dont pratiquement tout le milieu hip-hop est d'accord pour la changer, puis propose des solutions. Sa démarche est valable en quelque sorte, voire très fondée: elle se base sur ses observations qui, bien que sans sources explicites, sont tout de même cohérentes et logiques. Là où l'aspect manifeste me semble ressortir, c'est que, si toute son argumentation est logique, elle se base sur un présupposé: celui que la manière de changer les choses pour le mieux passe nécessairement par la commercialisation du rap. Elle propose de faire des changements sur la musique elle-même (en plus des moyens de commercialisation) de sorte de faire ressortir un style québécois.

Je crois que - heureusement ou malheureusement - ce type d'aspirations de la part des artistes deviendra quelque chose de nécessaire. Plusieurs artistes comme Malik Shaheed revendiquent leur statut commercial, ou encore, comme Malicious, admettent que leur musique peut (et devrait peut-être) se changer légèrement si le résultat est que plus de gens peuvent les entendre.

Mon avis est que, quand ça fonctionnera pour vrai pour quelques artistes, on pourrait voir changer le style de rap au Québec dans la lignée de ce que les auditeurs revendiquent, au lieu de l'inverse. Oui, les artistes ont des styles qui se font copier, et oui, plusieurs artistes suivent les pas stylistiques d'artistes qui les précèdent, mais tant et aussi longtemps qu'aucun d'eux ne pouvait vendre, ça n'affectait pas le milieu hip-hop lui-même. Sans dire que le rap ne continuera pas d'innover (et ce n'est pas ce qu'Empire ISIS prône), il reste que, si certains artistes sont capables d'assumer leur rôle commercial et de trouver un style qui puisse devenir une recette, d'autres suivront au lieu de devoir battre leur propre sentier.

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Analogie sur les droits d'auteur et Internet

Voilà donc une habile allégorie sur le téléchargement et les droits d'auteur, où l'auteur discrédite l'idée que les fournisseurs d'accès Internet devraient contrôler les fichiers téléchargés par les internautes, en les comparant à des propriétaires de ponts qui devraient contrôler le transport d'alcool de contrebande. Difficile de prendre une telle décision en connaissance de son argument, qui par ailleurs insiste sur le fait qu'au final, les mêmes gens [convergents] vont en profiter...

Une autre "solution" à ce problème, dont plusieurs possibilités ont déjà été discutées.

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19.3.08

Ces mots dont on oublie les définitions...

Il y a de ces mots qu'on retrouve souvent dans nos lectures et qui, mystérieusement, chaque fois qu'ils apparaissent, font surgir une sorte de "ah oui, ce mot-là..." suivi d'un "ça voulait dire...?". Parfois, ils veulent dire des choses plutôt simples mais donnent davantage de points au Scrabble... quoiqu'il en soit, il est nécessaire de s'en rappeler au moment où on lit quelqu'un qui nous bat toujours à ce jeu de lettres. Le pire, c'est que lorsqu'on a du temps devant nous ("Tiens, je voudrais consulter un peu le dictionnaire pour le fun..."), on oublie toujours quels mots nous voulions mieux connaître. Voici donc quelques définitions tirées du Robert de mots dont j'oublie les définitions.

Prolégomènes

"Ample préface contenant les notions préliminaires nécessaires à l'intelligence d'un livre." => introduction, préface. "Notions, principes préliminaires à l'étude d'une question."

Heuristique

1. Didactique. "Qui sert à la découverte." Pédagogique. "Méthode heuristique, consistant à faire découvrir à l'élève ce qu'on veut lui enseigner." Inform. [informelle? informatique?] "Qui procède par évaluations successives et hypothèses provisoires, en parlant d'une méthode d'exploration (cf. Système expert*)." 2. "Partie de la science qui a pour objet la découverte des faits." Inform. "Méthode de recherche fondée sur l'approche progressive d'un problème donné."

Exégèse

"Interprétation philologique, historique ou doctrinale d'un texte dont le sens, la portée sont obscurs ou sujets à discussion." => commentaire. 2. critique, herméneutique. "Exégèse historique, fondée sur l'étude des documents." Par extension. "Commentaire détaillé, analyse (d'un texte)."

Épistémologie

1. Philosophie. "Étude critique des sciences, destinée à déterminer leur origine logique, leur valeur et leur portée. => philosophie (des sciences)." 2. Didactique. "Théorie de la connaissance et de sa validité."

Parfois, même les définitions portent à confusion, mais on catch pareil. Une fois placées ici, je suis certain que plus jamais je n'aurai à en consulter les définitions (c'est un peu comme ça que fonctionne ma mémoire, on dirait). Je vous invite ici à partager vos propres définitions toujours égarées.

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17.3.08

Analyse stylistique: la question de l'interprétation

Hier, j'ai regardé Eyes Wide Shut (Kubrick, 1999) avec Marie, film dont je devais m'imprégner à nouveau pour en faire éventuellement une analyse autour de la question du mythe (dans mon cours Mythologies du cinéma donné par Julie Beaulieu).

Après le visionnage complet, je propose quelques pistes de réflexion par rapport à une certaine "interprétation" du film. Ma blonde argumente que je vais peut-être "trop loin" par rapport à tout ça, et que les prémisses de cette pré-analyse sont celles que j'ai une certaine idée du réalisateur et que je ne pourrais pas admettre que tout n'ait pas un "sens". Elle apporte par ailleurs le point que je tente trop d'aller vers une "interprétation", idée qui n'est pas inhérente à une œuvre, contrairement à, par exemple, l'analyse de l'effet d'une œuvre, qu'elle prise comme approche en Histoire de l'art. Opposition intéressante, qui m'a fait réfléchir:
  1. à la fonction d'une analyse (interpréter un film?);
  2. à la méthode utilisée à cette (ou ces) fin(s).

Mon point est que ce que je faisais était véritablement une "pré-analyse"; il s'agissait de faire ressortir des éléments "remarquables" pour éventuellement peut-être y voir des fonctions. J'allais dans l'optique de l'analyse stylistique proposée et expliquée par David Bordwell et Kristin Thompson:
  1. Déterminer la nature de l'organisation structurelle du film et de son système formel (narratif ou non-narratif). [...]
  2. Identifier les procédés techniques remarquables. [...]
  3. Décrire les modes d'organisation de ces procédés techniques remarquables. [...]
  4. Proposer des fonctions pour les procédés techniques remarquables et les ensembles structurés qu'ils constituent. [...] [Bordwell et Thompson, 2000, p.434-437]
Le point 1 va de soi dans la plupart des films, surtout pour le "cinéma narratif classique" qu'est Eyes Wide Shut. Après un visionnage, j'aime bien proposer ces fonctions d'éléments qui m'ont semblé ressortir, qui m'ont intrigué, ou dont je n'ai pas vu de fonctions "dramatiques" immédiates. Arriver au quatrième point est probablement le plus difficile, et c'est là que ça prend une analyse stylistique plus détaillée, c'est là où tout le travail se fait au fond. Mais je crois qu'il nécessite de proposer "à tort et à travers" des fonctions aux éléments intrigants, d'autant plus que, pour ma part, ce genre de pré-analyses (sans prétentions, ce que je spécifie à Marie) est une partie constitutive de ma cinéphilie.

Référence: David Bordwell et Kristin Thompson, L’art du film. Une introduction, Paris, de Boeck, 2000, 637 p.

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14.3.08

L'auteur dans l'approche narratologique

J'ai trouvé quelques phrases clefs pour mieux expliquer ma conception du rôle de l'auteur lorsque je parle d'une œuvre, dans Du littéraire du filmique d'André Gaudreault. J'ai déjà tenté de définir plus clairement quelques raisons qui font que je veux me dissocier de la figure de l'auteur pour expliquer une œuvre. Ici, Gaudreault spécifie que, parce que le lecteur est au centre de la situation de lecture, c'est vers lui que l'activité de la narratologie doit se centrer.
D'où la nécessité de "bouter" l'Auteur hors de la Narratologie, qui est au premier chef une science s'occupant du récit et des récitants, pas de ceux qui les créent! [Gaudreault, 1998, p.139]
L'explication plus détaillée se situe dans la note de bas de page qu'il fait à la suite de cette même phrase.
Qu'on me comprenne bien. Il n'y a là aucune forme de mépris à l'endroit de l'auteur que le narratologue peut d'ailleurs questionner, mais à titre d'auteur et non pas de narrateur. Répétons-le, Proust ou Griffith ne sont pas des narrateurs (malgré ce que voudrait faire croire la spécification entre parenthèses de la définition du Petit Robert - voir supra -). L'un est écrivain, l'autre cinéaste. La seule concession que l'on pourrait faire serait de considérer qu'ils ont en quelque sorte été narrateurs au moment (aux moments plutôt) où ils ont pris, qui sa plume, qui sa caméra, pour composer leur œuvre. Quand cette œuvre est consommée, ce n'est plus l'auteur qui me parle. La preuve (j'espère ne pas donner dans la facilité): j'ai lu hier À la recherche du temps perdu après avoir vu Naissance d'une nation (quelle journée chargée!) et pourtant Proust et Griffith sont, bel et bien, morts. [Gaudreault, 1998, p.193, en note de bas de page]
Après un tel exemple tiré du livre d'un chercheur en études cinématographiques spécialiste en narratologie, comment essayer de mieux expliquer ma position là-dessus?

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13.3.08

Le paradoxe de "l'étude"

J'ai constaté en regardant rapidement les projets de recherche du groupe Ludiciné qu'avant de faire des recherches plus en profondeur, la constitution d'un corpus de travail semble être la méthode prisée. Très pertinent en effet de se familiariser avec l'objet d'études avant de pouvoir en attaquer l'étude comme telle; il me semble dans cette lignée que les études de premier cycle fonctionnent sur un principe semblable, comme si trois ans de baccalauréat servaient principalement à se forger une bonne connaissance de son objet d'étude, sans encore l'étudier (j'exagère, mais bon, la situation me fâche, j'apprécierais donc que le lecteur me laisse extrapoler, pour que je puisse regarder les décombres une fois la poussière tombée).

Pourtant, il me semble qu'il y a un problème quant à inciter les gens à apprendre les notions par cœur. Cette méthode me semble aller relativement à l'inverse de l'idée de rigueur intellectuelle. Je m'explique: lorsque j'écris des idées prises d'un contenu de cours que j'ai apprises par cœur, je tente le plus fidèlement possible de restituer ce contenu sur la feuille (lorsque c'est ce qu'on demande, trop souvent il me semble). Or, dans le cas où je serais moindrement rigoureux intellectuellement et que j'avais à faire le même travail pour quelque chose "dans la vraie vie" (dans un contexte où c'est pertinent), je m'assurerais de coller le mieux possible au texte en ayant avec moi une copie de celui-ci.

L'idée d'apprendre les choses par cœur me semble d'une autre génération, celle où l'information n'était pas aussi accessible, celle où les livres n'avaient pas des milliers d'exemplaires, celle où les photocopieurs ne nous permettaient pas de travailler le texte "physiquement", et celle - bien évidemment - où l'Internet n'était pas accessible en tant que source d'information. Car plusieurs textes pertinents - auxquels portait l'examen qui, aujourd'hui, me fait faire "couler de l'encre", pour employer une expression pertinente vis-à-vis de l'époque qui me semble lointaine - étaient accessibles par Internet.

Je marche plus que jamais sur des œufs si, par exemple, on me pose une question sur quelque chose que je ne maîtrise pas parfaitement. Et il est impossible de maîtriser parfaitement la matière d'un cours au complet, et ce, même si l'objectif de ce type d'apprentissage est sans doute de tendre vers.

L'objectif de l'étude de cette manière me semble donc complètement désuet et surtout pas en phase avec l'idée de rigueur intellectuelle qui est au centre de ma conception des études supérieures. J'ai probablement tort, et je ne vois pas la poutre dans mon oeil, reste néanmoins que ça m'intéresse de savoir comment je verrai cette situation plus tard, et comment vos commentaires pourront ajouter à cette idée.

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9.3.08

Rendre "punché" au détriment de la liberté d'expression

À la suite d'Yvan, c'est à mon tour de manifester mon appui à l'intervention d'André Habib sur le formatage d'un documentaire. Les producteurs du film Hommes à louer de Rodrigue Jean, documentaire sur la prostitution masculine, veulent ainsi obliger son réalisateur et son monteur à en faire une version écourtée, adaptée peut-être à un certain public.

J'apprécie particulièrement les propos d'André Habib, pour l'avoir lu un peu et l'avoir eu comme prof pour le cours Courants du cinéma contemporain. Vous avez peut-être constater que mon blog a très peu de billets d'opinion: je ne me sens pas encore une autorité pour être capable d'argumenter sur des questions qui touchent le jugement des oeuvres elles-mêmes: j'admire le fait qu'Habib sache argumenter avec une rigueur exemplaire.

Le reproche du manque de point de vue

Il est intéressant de noter que le "manque" de point de vue est l'un des éléments qu'on reproche au film. Comme si l'exposition de faits avec prise de position était la seule manière valable d'exposer une situation problématique, alors que bon nombre de cinéastes ont prouvé qu'ils étaient capables du contraire (que Bazin appelait les cinéastes de la réalité versus les cinéastes de l'image).
Que reproche-t-on au film ? Son absence de « point de vue », la multiplication des « personnages » qui rend difficile « l'identification » (c'est leurs mots, qu'on me les explique). Car pour eux un film, tout film, est potentiellement un arbre livré par le réalisateur qu'il s'agit d'émonder afin qu'il cadre avec une forme que les producteurs-distributeurs-télédiffiseurs ont dans leurs têtes, et qui serait la seule, la vraie, l'unique façon de parler de « ce monde-là » pour que ça « pogne », pour qu'ils puissent mettre leur estampille d'approbation sur un film : « si tu me coupes tel ou tel personnage, si tu enlèves celui qui est violent, celui qui a été abusé, si tu tailles dans les références trop nombreuses à la drogue, si tu me ramènes ça à une heure et quart, on pourra plus facilement s'identifier et ton film sera plus "punché" » (c'est leur idée). (Tel quel)
Il importe qu'il persiste un cinéma qui conserve une certaine vision de la réalité, une vision où la prise de position ne tente pas d'émaner du film lui-même mais de la tête du spectateur.

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6.3.08

La publicité est la propagande des entreprises privées

J'avoue qu'à la base je voulais donner une réponse à un billet sur un blog, mais il semble que les commentaires se soient rapidement fermés. C'est déjà assez rare qu'une réflexion qui me trottait dans la tête entre parfaitement en phase avec un billet de blog au moment où je le lis, s'il faut en plus que ce soit dans les trois derniers mois, il me sera bien difficile d'ouvrir un dialogue.

Les commentaires en quelque sorte semblaient tendre vers l'idée qu'un cinéma de publicité est à condamner (à partir de iPidiblue et le recul du temps). Je cite donc Ludovic (qui m'excusera de ne pas pouvoir mieux le citer):
C'est en partie vrai, mais même si les prétextes et les sous-entendus, les slogans, s'estompent avec le temps, je ne suis pas certain que le cinéma qui les a servis, en demeure "indemne"; il me semble que les films faits pour démontrer et par là vendre quelque chose, sciemment, ne passent justement pas l'épreuve du temps et peuvent alors paraître outranciers, démodés voire irregardables, justement parce que ce qui les tenait, leur échine, n'était rien d'autre que de l'illustration, certes parfois somptueuse. C'est du cinéma à durée déterminée.
Je suis plutôt du côté d'iPidiblue, pour les mêmes raisons qu'on peut apprécier un film d'Eisenstein ou de Riefenstahl sans être communiste ou nazi!

Si on apprécie aujourd'hui les films qui, à une certaine époque, servaient à de la propagande, c'est probablement parce qu'on est capable de le sortir de son contexte, et, d'une part, comme le disait le commentaire de iPidiblue [j'ai l'air crédible à le paraphraser], on puisse en apprécier les "plaisirs" que nous offrent les propriétés audiovisuelles du film, mais aussi (et surtout il me semble) parce qu'on en admire les mécanismes qui font qu'il a pu tenter d'être un film de propagande (car il semble qu'ils n'aient pas particulièrement bien fonctionner... si quelqu'un connaît mieux l'état des recherches là-dessus que moi ce serait intéressant de l'ajouter).

L'appréciation de la pub fonctionne exactement de la même manière, il me semble. Puisque les réelles intentions derrière les œuvres nous sont inaccessibles: ils ne font certainement pas partie de ce qui nous fait juger une œuvre; à la limite, nos suppositions (voire nos préjugés) sont davantage ce qui nous fait juger.

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4.3.08

Kant et la finalité formelle objective

Note particulière: ici, je marcherai sur des œufs, car je suis loin d'être un spécialiste de la philosophie de Kant.

J'étais en train de lire "Analytique du beau" de Kant, quand un extrait m'a en quelque sorte "expliqué" clairement ce qui m'agaçait dans l'établissement de prix de "l'Académie" (Oscars, Jutras, Génies, Césars, ...). Kant parle en quelque sorte - à propos de la perfection - de l'idée d'une fin à une chose, et qu'on ne juge pas les choses en fonction d'une fin:
Ainsi en est-il, par exemple, quand je trouve dans la forêt une pelouse tout autour de laquelle des arbres sont disposés en cercle, et que je ne me représente pas en cela une fin, en songeant qu'elle pourrait servir à un bal campagnard: la forme à elle seule ne me fournira pas le moindre concept de (228) perfection. Or, se représenter une finalité formelle objective sans fin, c'est-à-dire la simple forme d'une perfection (sans nulle matière ni concept de ce avec quoi il y a accord, quand bien même ce ne serait que l'idée de la légalité en général), c'est une véritable contradiction.
Si ce qu'il dit est qu'on ne juge les choses que difficilement en fonction d'une fin précise, c'est pour dire que les choses seraient déclarées belles selon des critères qui ne dépendent pas de leur fonction (le cas échéant, on parlerait davantage de "bien" ou, justement, de "perfection"). Les prix visent rarement la beauté [de Kant, qui semble ne pas s'atteindre par définition] mais plutôt le "bien" et la "perfection", ce qui doit être fait en quelque sorte.

Donc, ce qui m'agace des remises de prix, c'est le fait que l'on ne peut tenir en compte aucune fonction inhérente à toutes les œuvres cinématographiques. L'idée, donc, de "meilleur film" ne fait pas sens, car on ne peut parler de "bien" et de "perfection" sans parler d'une fonction. Kant parle de la "beauté" comme de ne pas tenir en compte minutieusement les éléments formels, mais plutôt comme d'une impression personnelle à laquelle les autres doivent adhérer - tout en étant conscient que nous ne pouvons accéder aux pensées de tous, donc, créer une véritable subjectivité universelle.

J'avoue ne plus être sûr de suivre une ligne directrice dans mon texte, car on dirait que chaque mot me réfère à quelque chose d'autre qui demanderait davantage d'explication de ma part (et de réflexion, car tout n'est pas clair suite à ma lecture de ce texte). Il me semble du moins que la raison pourquoi je n'aime pas les remises de prix est claire, je m'en tiendrai donc là, jusqu'à ce qu'un commentaire vienne poser des questions ou expliquer des concepts (ce que je souhaite!).

Référence: Emmanuel Kant, "Analytique du beau", Critique de la faculté de juger (trad. Alain Renault), Paris, GF Flammarion, 1995, p.181-224.

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