L’opinion conditionnelle

Sur son blogue de Branchez-vous!, Pascal Henrard note qu’il y a une tendance chez les journalistes à employer le conditionnel. Comme la nouvelle n’est pas confirmée, mais supposée, le conditionnel marque une manière d’être modeste par rapport à ce que le journaliste avance, tout en sortant une nouvelle. Je suis personnellement un adepte du conditionnel, car il me semble que c’est un temps de verbe essentiel pour remettre ce qu’on dit en contexte, qu’il soit un fait ou une opinion.

Nous qui ne sommes pas journalistes abhorrons le conditionnel auquel nous préférons le catégorique. Les opinions se conjuguent en effet bien mieux à l’affirmatif formel. Et vous, lecteurs assidus, êtes bien placés pour le savoir.

Je ne sais pas, justement, si les opinions se conjuguent vraiment à l’affirmatif formel. Je suis d’accord pour dire que la phrase: « Je suis d’accord avec cela. » est un affirmatif formel. Mais, pour ma part, mon opinion se formule le plus souvent du temps sur du factuel conditionnel. Autrement, on se lance dans une guerre de faits. Trop souvent s’obstine-t-on sur les faits qu’on a pas compris de la même manière plutôt que sur les opinions.

Prenons une situation, peu importe, disons un ministre qui affirme quelque chose d’horrible. Je dis que je suis d’accord [que c’est horrible]. Je vais baser mon opinion sur un fait au conditionnel, strictement au cas où, finalement, ses propos n’étaient pas si tranchés que ce qu’on pouvait laisser paraître dans la manière dont la nouvelle a été rapportée. À mon sens, utiliser le conditionnel est essentiel pour être modeste par rapport à sa propre opinion : c’est démontrer que nous ne sommes pas contre catégoriquement et pour toujours, mais plutôt en fonction de certains éléments très précis, qui peuvent, si notre recherche n’est pas complète (ou si nous avons été trompés par un journaliste qui a tourné les coins ronds), s’avérer finalement différents. Le conditionnel ouvre la question d’un monde possible : si les conditions sont telles que je les décris dans ce monde possible, je suis pour ou je suis contre.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2016), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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4 commentaires

  1. En effet, les nuances m’intéressent toujours! Je vais bien souvent trop dans les détails, mais je trouve ça pertinent de s’arrêter à cela dans certains cas.

  2. Sur le conditionnel, il faut absolument lire le livre de Lapoujade, Fiction du pragmatisme, paru aux éditions de Minuit. Grâce à lui, j’ai découvert la densité philosophique du conditionnel dans les existences

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