L’art contemporain n’est pas un sida de civilisation

Comme je suis le blogue de Renart L’éveillé, je suis tombé sur un texte qu’il a écrit en réponse à un de ses collègues du groupe Les 7 du Québec, un collectif de sept blogueurs qui parlent de politique sans ligne éditoriale. Le texte en question de Yan Barcelo tente de démontrer que l’art contemporain est un sida pour une civilisation. Pour lui, l’art contemporain est un échec radical financé par l’état: pour échouer, encore faut-il avoir un objectif commun et clair. Le texte s’étale en six parties, que je vais brièvement commenter. Mon objectif ici ne sera pas, comme Renart, de faire un plaidoyer de l’art contemporain, car je ne crois pas que ce soit faisable dans le format du blogue; je vais plutôt tenter de voir pourquoi les arguments de Barcelo ne tiennent pas la route.

La popularité, la reconnaissance de leurs contemporains et l’influence prévisible

Dans la première partie, Barcelo soutient que personne n’écoute la musique contemporaine, que personne n’apprécie, que personne ne connaît les artistes. Il anticipe le contre-argument peut convaincant du « quelqu’un les découvrira un jour », en disant que, contrairement à d’autres (Van Gogh, Schubert, Mozart…), cela fait bien longtemps qu’on aurait dû les découvrir. Pour lui, cette ignorance du grand public envers les musiciens du XXe siècle est la preuve que la musique contemporaine est un échec.

Or, là ne pouvait être moins la question. Demande-t-on au public d’expliquer le fonctionnement d’un système informatique pour juger de l’influence qu’a eu l’ordinateur sur notre vie quotidienne? Jouer avec la « matérialité » du son, comme l’on fait plusieurs « musiciens concrets », est maintenant monnaie courante dans la musique populaire, avec l’utilisation du sample. De toute manière, comment peut-on concevoir qu’à un moment x dans l’histoire, on puisse prévoir quelle sera l’influence de quelque chose? Autrement dit, quel système de financement peut-on proposer qui anticipe l’avenir?

L’argent, les règles de l’art et le sens

Petit commentaire sur l’argent: Pollock peut-il quoique ce soit au fait que son art se vende 147 millions? Là n’est, encore une fois, pas la question, puisqu’au moment du financement d’une œuvre, le montant d’une de ses ventes futures n’est pas fixé. Barcelo semble aussi connaître les règles de base de l’art, et juger que certains y dérogent beaucoup trop.

Je me rappelle le manifeste d’un certain Jean-Pierre Perreault, que certains critiques saluaient comme un génie de la danse, où celui-ci disait qu’il ne se vouait plus qu’au geste de la marionnette, au mouvement cassé, brisé, déchu. Exactement le contraire de l’impulsion la plus élémentaire de la danse, qui procède de la joie, de l’exultation, de la tentative d’exprimer l’esprit libéré de la chair (Barcelo, 28 juin 2009).

Peut-on d’avance déterminer pour toujours quelle sera « l’impulsion élémentaire de la danse »? Je me demande quelle autorité sur le monde se confère quelqu’un qui juge que tout ce qui n’entre pas dans son cadre appelé « danse » est mauvais. Barcelo juge que la littérature ne pouvait rester longtemps dans ce type de modernité, car elle est rattachée au sens, de par le fait qu’elle sollicite une langue. Sa conception du mot « sens » me semble limitée: le sens n’est-il que contenu dans le langage parlé? Ne pourrait-il pas y avoir d’autres manières de véhiculer du sens, ou de trouver du sens? Il n’y a pas que la figurativité en arts visuels et l’harmonie en musique qui ne soit sensée.

Ne pas réinventer le langage

Dans cette troisième partie, Barcelo juge qu’on peut faire de belles choses sans réinventer le langage; pour cette raison, il ne faudrait pas le réinventer. Il faudrait « au moins » utiliser le langage commun : sans davantage de raison. Là où il ne voit que « le bizarre, l’horreur et le désarroi », d’autres voient des réflexions sur la manière dont le sens est créé en art. Cette section repose davantage sur l’arbitraire et le goût personnel.

Le « nous » versus le « on »

Dans la troisième partie, Barcelo espérait que « nous » pourrions un jour apprécier certains artistes contemporains (le « nous » référant à un groupe indéfini). Dans la quatrième partie, c’est le « on » qui prime : ce groupe qui s’exalte devant tout l’art contemporain. Le quatrième texte parle de la recherche d’originalité à tout prix: peut-être Barcelo devrait-il aller voir certaines oeuvres contemporaines qui misent sur l’intertextualité : Douglas Gordon, Janet Cardiff, Cindy Sherman, …

La suprématie de la beauté en art

Encore une fois, Barcelo généralise sa propre expérience de ce qu’est l’art à celle que tout le monde devrait ressentir:

Et cette petite exclamation « c’est beau! » est à la source de toute l’expérience esthétique de l’art.

Il n’y a pas nécessairement de lien logique ou causal entre l’art contemporain et ce qu’on appelait « art » avant. Et il ne faut pas les relier pour trouver le sens ou l’objectif que chaque art se donne envers lui-même. Autrement dit, si la beauté était le critère avant (j’ai bien dit: « si », car nous pourrions en en discutant convenir que c’est bien relatif), pourquoi toujours tout relier à la question de la beauté? Tout son argument de cette cinquième partie tient à l’inspiration que lui procure certaines oeuvres d’art. Presque spirituelle est son expérience de la beauté.

Une des définitions les plus simples et les plus éloquentes de l’œuvre d’art tient au mot d’ordre que tentait d’appliquer Molière dans sa création théâtrale : plaire tout en instruisant. Il y a là beaucoup de sagesse et de vérité, je crois, et la formule vaut certainement pour les arts de la parole et de l’écriture.

Ici, Barcelo nous donne une définition de l’oeuvre d’art que nous devrions accepter. Peut-être qu’il devrait réfléchir au fait que ce n’est pas tout l’art qui fonctionne de cette manière, et ce, même si on excluait l’art depuis le début du XXe.

Et qu’en est-il de l’inspiration que l’œuvre pourrait susciter chez le spectateur? Rien.

Se base-t-il sur des sondages pour affirmer cela? Il y a un public pour l’art contemporain, et il faudrait être borné pour ne pas le reconnaître. Ce public est sans doute, du moins en partie, inspiré par les oeuvres. Il serait étrange d’en douter – du moins sans amener une argumentation un peu plus convaincante.

L’art au service de la beauté et de la vérité?

Pour le dire succinctement, l’art qui ne cherche pas la beauté et la vérité, plus encore la beauté de la vérité, n’est que simagrées, grimaces et gesticulations dérisoires.

La beauté de la vérité? Et cette vérité, comment la reconnaître? Qui distinguerait l’art « vrai » de l’art « faux »? Cette dernière partie tente de montrer que l’art contemporain a détruit notre civilisation. En se basant sur de vulgaires oppositions :

D’un côté, on trouve un art savant et sur-sophistiqué qui s’est coupé de ses sources métaphysiques de beauté et de vérité; de l’autre, un art populaire qui se complaît trop souvent dans la facilité, la sentimentalité, même la vulgarité.

Encore une fois, le monde est pris entre deux types d’art, qui n’ont aucun lien et qui luttent l’un contre l’autre. La meilleure façon de vulgariser une situation qui est beaucoup plus complexe. Sa solution? Subventionner l’art « qui pogne le plus », rien de moins. Bien sûr, plutôt que de laisser la liberté artistique aux artistes, on devrait créer une « formule » qui calculerait leur public. Ainsi, plus d’art de snob qui se sépare de son public. Plus de recherche artistique non plus, malheureusement.

Pourquoi ne pas faire la même chose en science? On pourrait payer les scientifiques en fonction du lectorat de leurs articles spécialisés. Peut-être que, comme ça, ils expliqueraient plus clairement et feraient des jokes une fois de temps en temps, dans leurs textes. Science et vie pourrait se payer tout ce qu’ils veulent, tandis que les périodiques scientifiques mourraient. Tant mieux pour eux, tant et aussi longtemps que les choses aient un public, c’est ça l’important.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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14 commentaires

  1. Je ne crois pas, comme toi, que faire un plaidoyer n’est pas faisable dans le format du blogue, puisque rien dans la définition de ce terme n’indique justement le format : « Exposé oral ou écrit en faveur de qqn, de qqch » (selon Antidote). Et cette définition est assez semblable aux autres que j’ai pu voir à quelques endroits.

    Sinon, je trouve que ton texte est un excellent complément à mon billet. Et avec ta finale en lien avec la science, on voit bien qu’il y a quelque chose d’absurde à prôner l’assujettissement de la connaissance aux préférences individuelles dans son sens le plus large (eh! oui! malheureusement, Yan Barcelo, même les oeuvres d’art qui ne cadrent pas dans tes goûts sont partie prenante de la connaissance!). Avec cette logique, on pourrait en venir à affirmer que le summum du langage musical se trouve dans les oeuvres que chapeaute le prénom Celine…

  2. Oui, c’est vrai. Je voulais plutôt dire que ce n’était pas la vocation que j’accordais à ce billet, en ce sens que je ne crois pas que ce que j’ai fait aujourd’hui est un plaidoyer pour l’art contemporain (bien qu’il le soit par la force des choses, comme tu le dis); j’ai plutôt tenter d’expliquer en quoi les six billets de Yan Barcelo ne sont pas fondés sur des arguments pertinents pour juger de l’art contemporain. Je ne crois pas avoir la prétention d’expliquer ici en quoi l’art contemporain est pertinent: je crois juste que là n’est pas la question, car l’art contemporain n’est pas un groupe de recherche commun, c’est un nom qu’on a donné pour tenter d’expliquer un phénomène différent de l’art qui le précède. Bref, merci pour le lien!

  3. @Simon Dor
    Avant de commenter un texte, vous devriez vous occuper de le lire avec un minimum de bonne foi.
    Vous me faites dire, par exemple, que « l’art contemporain est un sida pour une civilisation ». Erreur. Je dis que l’art contemporain est un symptôme parmi plusieurs autres (économique, social, politique, scientifique) dont j’envisage parler ultérieurement, symptôme d’un mal général que je qualifie de SIDA de civilisation. L’art contemporain n’est qu’une manifestation parmi plusieurs autres de cette affliction. (Je vous invite à lire la suite de mes chroniques qui en traiteront).

    Vous dites : « Demande-t-on au public d’expliquer le fonctionnement d’un système informatique pour juger de l’influence qu’a eu l’ordinateur sur notre vie quotidienne? »
    Vous semblez proposer que la valeur d’une pratique artistique devrait se calculer au degré d’influence qu’elle peut avoir sur la société. Cela peut être un critère intéressant, mais très-très marginal et secondaire. À ce compte, je peux vous assurer que le langage musical auquel se rattachent Bach, Beethoven et Fauré exerce une influence bien plus déterminante sur la musique populaire que les explorations de « matérialité sonore » de Boulez ou de Stockhausen. Seriez-vous d’accord, sur la base d’un tel critère, pour dire que l’art de Beethoven est immensément supérieur à celui de Boulez? J’en doute. Et dites-moi : en quoi le fait qu’une technique exerce une influence quelconque – dans ce cas-ci la matérialité sonore – est-il un gage de sa valeur artistique? Parce que le « M » des affiches de Macdonald’s a influencé nombre d’autres commerçants dans leurs pratiques publicitaires, faut-il conclure à une valeur artistique de cet emblème qui enlaidit maintenant tous nos paysages civiques?

    Vous écrivez : « Sa conception du mot “sens” me semble limitée: le sens n’est-il que contenu dans le langage parlé? Ne pourrait-il pas y avoir d’autres manières de véhiculer du sens, ou de trouver du sens? Il n’y a pas que la figurativité en arts visuels et l’harmonie en musique qui ne soit sensée (sic). » Là encore vous n’avez évidemment pas bien lu mon texte. Il est évident que le sens n’est pas contenu uniquement dans le langage parlé. La musique, la peinture, plus encore, la simple gestuelle humaine de tous les jours, sont la preuve flagrante que le « sens » n’est la propriété d’aucun langage particulier. Le sens, en fait, précède tout langage. Une simple inclinaison imperceptible du corps nous dit qu’une personne veut fuir un échange avant même qu’elle n’ait ouvert la bouche pour nous dire qu’elle doit se rendre à un autre rendez-vous. Par contre, si cette personne ouvre la bouche pour dire qu’elle trouve « très intéressant » notre échange, elle ment. Je dirais que c’est ce type de mensonge que fait une grande partie de l’art contemporain quand il affuble d’épithètes comme « profondeur », « inventivité », voire même « beauté » ce qui ne rélève que de la cacophonie, du désordre et de la laideur, bref du non-sens. À moins, bien sûr, qu’on veuille à tout prix repérer dans la cacophonie, le désordre ou la laideur un sens quelconque, mais à ce moment-là, on souffre d’un sérieux problème philosophique.

    Vous demandez : « Qui distinguerait l’art “vrai” de l’art “faux”? » Je vous propose justement de réfléchir à cette question, car il me semble que votre texte manifeste justement un manque flagrant de réflexion fondamentale sur ce qui constitue l’art véritable.

  4. Votre projet de mettre en évidence le sida de notre société est intéressant : je vais parcourir le sommaire une fois terminé. Le fait que vous ne mentionniez ce projet nulle part dans votre texte m’a bien évidemment fait mal interpréter votre titre, qui me semblait pourtant éloquent : « SIDA de civilisation – Les arts ». J’ai interprété ce tiret comme étant un deux points, je ne crois pas qu’il s’agisse de mauvaise foi. Reste que, sida ou symptôme du sida, le portrait que vous faites de l’art contemporain n’est pas très beau, et c’est plutôt à cela que je m’en prenais, peu importe ce qu’était le « sida » dans votre allégorie.

    Sur la question de l’influence, je n’affirme pas non plus que ce soit une bonne manière de juger l’art contemporain. En fait – et c’est une des raisons pourquoi je juge que ce que j’ai fait n’est pas un plaidoyer – je ne viens pas proposer une manière de juger l’art, notamment parce que je crois qu’en tant que société, ce n’est pas notre rôle de faire cela. Nous n’avons pas à juger ni vérifier l’utilité de l’art qu’on finance, il faut laisser une certaine liberté artistique aux artistes (c’est donc une question de « peer-review » qui importe, encore une fois un système semblable aux sciences).

    Pour la question du sens et du langage: je suis bien entendu de votre avis là-dessus, tel que je l’affirmais dans le billet au départ. Le sens existe ailleurs que dans le langage parlé, il existe donc aussi dans d’autres arts que la littérature.

    Je ne vois pas en quoi il y a un problème philosophique à voir du sens dans la laideur ou la cacophonie, très honnêtement. Je ne vois même pas le rapport entre le sens et la beauté.

  5. Je suis globalement d’accord avec le texte de Yan Barcelo, et ton texte ne m’a pas vraiment convaincue. Malgré cela, je crois que vos deux textes manquent de nuances chacuns à leur façon. L’art contemporain est un vaste débat et tout n’est pas noir ou tout blanc dans ce domaine.

    J’ai fait des études universitaires en arts visuels contemporain, j’ai eu des cours de philosophie de l’art, et etc… Toutes ces questions ont été vues dans mes cours. L’art contemporain est remplis de contradictions.

    On dirait que mêmes les artistes eux-même n’y croient plus et sont écoeurés. Leurs oeuvres visent la plupart du temps à critiquer l’art lui-même et ses institutions (mais ils s’abstiendront bien sûr de critiquer la main qui les nourrit). On n’a qu’à penser au courant Post moderne ou à l’urinoir de Duchamp et la « merde d’artiste » de Manzoni. L’art contemporain se déteste lui-même (mais pas toujours, il faut des nuances). L’art ne doit plus être beau, il ne doit plus avoir une narration, il ne doit plus trouver des acheteurs, il ne doit plus plaire au public, il ne doit plus être exposé dans « l’institution », il ne doit plus être un artisanat, etc… Alors on peut se demander, qu’est-ce qui motive ces artistes à continuer de faire de l’art?

    C’est dans ce sens-là, que je comprend les propos de Yan Barcelo, quand il dit que l’art contemporain est un des symptômes du Sida de la société. L’art est le reflet de la société. Si la société est malade, l’art aussi.

    L’art est à l’image du système économique, bien que la plupart des artistes refusent de le croire. Ce que je déplore particulièrement, c’est la disparition des cultures au profit de la modialisation. L’art contemporain est un art « mondialisé ». C’est toujours les mêmes « pantantes » que vous alliez à Tokyo, New York, Mexico, etc… Il n’est plus le reflet de la culture, et les oeuvres qui le sont encore, sont qualifiées d’artisanat ou « d’art touristique ».En plus, l’art s’est de plus en plus dépolitisé, donc il ne sert plus vraiment à améliorer la société.

    Je me suis bien amusée le jour ou je me suis présentée au département des arts accompagnée d’un ami africain, qui a eu des discussions avec d’autres étudiants en arts. Les étudiants étaient frustrés de son point de vu « non-occidental ». Pour lui cela n’a pas de sens d’enseigner les arts dans des universités. Cela devrait se transmettre d’un artisant à un autre pour perpétuer la culture. Plus on s’éloigne des origines de l’art, plus on s’éloigne aussi de sa raison première d’exister.

    De plus, j’ai bien connue « l’endoctrinement universitaire » sur l’art. Je comparerais l’université à une secte. On nous répète toujours les mêmes mensonges avec lesquels nous sommes obligés d’être d’accord et la vraie réflexion n’est pas encouragée.

    Par exemple, toute cette histoire autour de la notion du beau. On nous a dit que l’art ne doit pas être « beau », et qu’il ne faut jamais dire « c’est beau » en voyant une oeuvre. On nous a fait croire que le beau n’existe pas, que le beau varie selon nos propres critères personnels et culturels. J’y ai crû longtemps…

    Pourtant, il y a dans le beau, des critères universels et immuables.

    Ce n’est pas par hasard que la majorité des monuments classés patrimoine mondial de l’UNESCO sont religieux. Dans toute les cultures, et dans toutes les époques, l’humain a utilisé son savoir artistique pour représenter la perfection, le divin et il a voulu y mettre le meilleur de lui-même, et le meilleur de la technique de l’époque. Et ces critères du beau sont ont toujours plusieurs points en communs:

    -La couleur. Tous les humains du monde sont sensibles à la couleur.

    -La nature

    -La créativité (on repproce souvent à l’art contemporain, son manque de créativité).

    -Des sculptures et images compliquées nécessitant beaucoup de travail, ou au contraire la simplicité Zen ou la sobriété. Le beau peut être dans la simplicité.

    -Les structures énormes et impressionnantes.

    -La lumière

    -Les symboles universels: la nourriture, l’eau, la nativité, la maternité, l’amour, la vie ou encore la mort et la souffrance. Il faut que ça parle aux émotions humaines.

    Ces critères universels du beau sont encore aussi très présents dans l’architecture et le design moderne. Il peut y avoir du beau même dans les formes les plus minimalistes. L’important est de comprendre l’humain et ses besoins, ce que les architectes comme le Corbusier ont oubliés avec leurs structures en béton déshumanisantes et froides.

    J’ai résumé partiellement ma pensée, mais il y aurait tant d’autres choses à dire sur l’art contemporain.

  6. « Pourtant, il y a dans le beau, des critères universels et immuables. »

    Je vous dirai d’emblée en donnant l’exemple de cette phrase que je trouve que votre commentaire aussi manque de nuance. Plusieurs personnes, souvent des artistes, sont aussi d’accord que l’art ne devrait pas s’enseigner à l’université. Ce que je fais personnellement comme recherche ne concerne absolument pas « l’enseignement de l’art » au sens de la production/artisanat, il s’agit de quelque chose d’un ordre tout autre qui concerne principalement la perception des œuvres. Pour cette même raison, je ne crois pas en un universel en ce qui concerne l’art. Par ailleurs, s’il y avait un universel en ce qui a trait à la beauté, pourquoi voudrions-nous défendre le point de vue de transmettre l’art à partir des artisans, considérant qu’il n’y aurait pas de particularités culturelles aux aspects de la beauté? Je crois à la différence et à la beauté de la différence et il me semble que celle-ci passe par une phase où mes repères (notamment ceux de beauté) sont brouillés.

    Pour moi, le rap est beau, mais je dois reconnaître qu’il ne l’est pas universellement. Que faire à ce propos? Mon jugement est-il « perverti » par la « secte universitaire » à laquelle j’appartiens? Sachez qu’il y a des êtres humains derrière cette institution, qui font tout un travail pour réfléchir d’une manière honnête et sincère sur ce qui les fait vibrer d’une façon unique et singulière. J’espère tout de même que vous avez pris le temps de lire quelques textes qui émergent des réflexions universitaires sur l’art pour avoir cette prise de position si radicale sur notre travail.

    Le seul fait que je puisse travailler sur les jeux vidéo au sein d’un département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques me convainc que je peux penser librement et que je n’y suis pas « endoctriné ».

    Par contre, l’université, en effet, n’encourage pas la vraie réflexion. À mon sens, une « vraie réflexion » n’est pas une réflexion qui a besoin de l’encouragement d’une institution. Pensons par nous-mêmes, ça n’empêche pas que l’université nous encourage à échanger nos réflexions.

    Vous pouvez bien dire qu’une chose est belle en art. L’idée, c’est plutôt que la beauté n’est pas ce qui définit l’art. L’art n’a pas qu’une seule fonction à mon sens.

  7. « J’espère tout de même que vous avez pris le temps de lire quelques textes qui émergent des réflexions universitaires sur l’art pour avoir cette prise de position si radicale sur notre travail. »

    T’inquiètes pas, j’ai passé assez d’années à étudier l’art contemporain, à lire, à faire des travaux de recherche, à aller voir des expos ici et ailleurs dans le monde, des événements de performances, des installations in-situ, concert de musique contemporaine, danse moderne, etc… Je ne prétend pas tout savoir, mais j’ai vécu mes propres questionnements sur le sujet et c’est la raison pour laquelle je sens le besoin de l’écrire et de le partager.

    Je vous invite sérieusement à revoir vos convictions par rapport au caractère universel du « beau ».

    Par contre, il y a un point sur lequel je suis d’accord avec vous: c’est que l’art ne sert pas seulement à être « beau ».

    Bien entendu, il y a aussi dans le beau des critères culturels ou personnels qui peuvent varier, mais certains critères ne changent pas. Qu’il soit en Inde, en Afrique, ou au Québec, l’humain n’est pas si différent que cela.

    Par exemple tu dis que tu aimes le rap. Certe, ce n’est pas tout le monde qui aiment le rap, mais il y a une raison au fait que le rap est autant populaire partout dans le monde. Il y a du rap africain, palestinien, sud-américain, etc… Le rythme de la musique rap, a des racines africaines, qui est le berceau de l’humanité et cela est un langage universel. Les paroles du rap livrent un messages et ne tournent pas autour du pot. On est bien loin ici de « l’art contemporain sans narration », composés de bruits cacophoniques et d’images vidéos floues.

    Même si l’art ne sert pas juste à être « beau » et à émouvoir (la publicité et le marketing le font amplement), alors il faudrait tout de même se demander pourquoi l’art contemporain n’a pas de public? Pourquoi l’art contemporain ne plaît qu’à une certaine élite universitaire, mais pas au peuple? Bien des artistes contemporains sont écoeurés de cela et ont essayés de se rapprocer du peuple, mais avec un succès limité. Et pourquoi les « institutions » n’enseignent et ne subventionnent que cette forme d’art sans public? Comment peut-on trouver de la motivation à créer sans public et à dépendre de subventions gouvernementales. Moi j’pouvais plus un moment donné là…

    J’ai essayé d’apporter quelques éléments de réponses, mais je ne prétend pas non plus connaître toute la réponse.

  8. J’allais dire: parce que la fonction de l’art n’est pas nécessairement de rejoindre un public? Dans une certaine mesure évidemment. Il faut aussi subventionner ce qui ne fonctionne pas, parce que c’est ce qui lui permet d’exister. Je crois qu’il existe des artistes qui font des choses étonnantes et innovatrices en art, ou qui prennent des risques essentiels, et qui influencent les artistes qui font des choses qui « marchent ». Autrement dit, être subventionnés leur permet de prendre des risques, d’offrir une perspective différente, qu’elle fonctionne ou non. Évidemment, certaines œuvres contemporaines sont tellement « institutionnalisées » dans le mode « art contemporain » que ça ne veut plus dire grand-chose en terme d’innovation et de recherche formelle. Mais je ne crois pas qu’il faille nécessairement rejeter tout l’art contemporain pour autant. Cela étant dit, peut-être en effet que l’art plus classique n’est pas assez reconnu par les institutions, il faut croire que la plupart des gens qui s’intéressent à l’art n’y portent pas grand attention et que ce sont eux qui « décident ».

    Le fonctionnement en mode « peer-review » doit-il être revu? Je suis ouvert à ça, mais il faut je pense le voit dans un ensemble plus grand. Pourquoi l’art, en tant que pratique subventionnée, a-t-il plus de comptes à rendre au public que, par exemple, la science (qui, théoriquement, ne doit pas être rentable pour être pratiquée)?

  9. Monsieur Simon Dor
    Bien plus qu’un commentaire, je me permets de vous déposer une œuvre d’art versée au catalogue du non-objet « Commentaires » sous le numéro : Pièce com86/avril/2010
    Artiste d’art contemporain,je travaille essentiellement sur le vide en collectant tous les événements de ma vie quotidienne qui pourraient éventuellement réussir à le remplir. Vous avez par cet article réussi quelque peu à rendre plus concrètes mes nombreuses œuvres absentes.
    Merci.
    Olivier Borneyvski-

  10. J’apprécie énormément ce commentaire. Votre travail met en évidence l’idée qu’une œuvre naît avec les textes qui en parlent, qui la rende légitime en lui créant un contexte, et j’apprécie que mon texte soit inclut dans votre sélection.

    Merci à vous.

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