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L’état d’esprit d’un moment précis

Mon dernier billet « sur » la page blanche mérite peut-être quelques explications. Non pas nécessairement que je sois en train de souffrir du syndrome de la page blanche, mais plutôt que je trouvais que ça illustrait bien un sentiment un peu connexe que j’éprouve ces temps-ci.

J’ai l’impression qu’il y a des choses sur lesquelles je ne peux pas écrire; pas parce que j’en suis incapable techniquement, mais parce que l’état d’esprit dans lequel je suis quand je veux écrire à ce sujet n’en est pas un où je prends le temps d’écrire.

D’où l’idée de la page blanche. On n’écrit pas sur la page blanche parce que quand on sait quoi écrire on n’en est plus affecté.

J’ai longtemps écrit de la fiction. J’ai rarement écrit dans des moments où je me sentais bien, heureux, parce qu’en général, je n’avais pas envie de me pencher sur ma feuille à ces moments-là. Mes textes s’en ressentaient nécessairement. En regardant mon travail artistique rétrospectivement, je crois que je n’ai jamais été en mesure d’avoir un état d’esprit « cohérent » entre les trois étapes que sont l’écriture, le tournage et le montage d’un film, tout en ayant en tête un quatrième état d’esprit de spectature tout aussi en phase avec les trois étapes précédentes.

C’est un questionnement qui est, finalement, comme l’ethnologue qui est obligé de se questionner sur le biais de sa participation à un travail d’observation sur le terrain. Comme l’expérience du chat de Schrödinger, décrite sommairement sur ce premier résultat Google. Comme le fait qu’aujourd’hui mon objet d’études soit quelque chose de performatif.

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5 Comments

  1. Sylvain

    J’ai l’impression que c’est vrai des artistes en général. Il est plutôt rare de lire un texte où exalte une joie de vivre débordante, où aucun malaise profond ne transparaît de manière importante. En même temps, ça recoupe une réalité plus vaste : ce sont les malheurs qui méritent d’être racontés. L’histoire humaine est l’histoire des guerres, des révolutions, des famines et de tous les tourments que les humains ont vécus. Quand une société vit de façon paisible et prospère, il n’y a pas grand-chose à en dire…

    Mais ce serait peut-être un bienfait que, parfois, certains auteurs se donnent la peine d’écrire lorsqu’ils sont heureux, question de transmettre un peu de leur bonheur!

    Donc, si je comprends bien, la raison pour laquelle tu peines à écrire en ce moment est parce que tu es trop heureux? 😛

  2. Simon Dor

    Non, ça ne s’applique pas à moi en ce moment 🙂

    En fait, et c’est peut-être l’exemple que j’aurais dû utiliser dans ce billet (c’est l’exemple que j’avais en tête au départ), je trouvais que le manque de temps était un sentiment qui me rentrait dedans très souvent et que je manquais justement de temps pour en retranscrire quelques effets. Certains artistes sont sans doute en mesure de s’inspirer de leurs émotions passées pour écrire des lignes plus tard là-dessus, mais je me rends souvent compte que dans mon cas (moi qui ne me dit pas artiste), j’ai de la difficulté à me placer dans un autre état d’esprit (et surtout à ne pas être affecté par l’état d’esprit que j’ai à un moment précis où j’écris).

    Déjà, la paisibilité laisse le temps d’écrire ou de filmer.

  3. Julia

    Je comprends ce sentiment.
    Mais il m’est déjà arrivé d’écrire lorsque j’étais très heureuse quelques mots griffonés en vitesse. Afin de me souvenir de ce moment plus tard.
    Dans ce cas, j’évite les détails, je vais à l’essentiel.

  4. Simon Dor

    C’est en effet probablement la meilleure stratégie. Peut-être aussi essayer de prendre du temps pour écrire malgré cela, que ce soit pour justement me sortir de ce sentiment.

  5. Pingback:Naissance de mon fils. Différents types d'actions | Simon Dor

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