Ça ne prend pas [de travail] pour [voir de la connaissance]

Souvent, je lis ou j’entends des formules qui me font me questionner sur la compréhension des gens par rapport à la connaissance. J’ai parfois l’impression que les gens voient la connaissance comme un chemin tracé d’avance, comme une progression linéaire où on peut aisément situer les gens les uns par rapport aux autres. Peut-être est-ce lié à l’idée de l’université comme un « marché » de la connaissance, où on sait d’avance ce qu’on va y chercher et où on paie pour l’avoir?

Il me semble impératif de se rappeler que ce n’est pas parce que j’interprète quelque chose d’une situation que j’ai les connaissances associées à ce même quelque chose. « Pas besoin d’une analyse en détails pour constater que… » Effectivement. Cela ne veut pas dire qu’une analyse en détails aurait conduit au même résultat. C’est comme si, dès qu’on percevait de la connaissance, on évitait d’aller en chercher davantage en profondeur.

C’est quelque part ce que critique Frédéric Bastien dans ce texte publié dans Le Devoir, où, pour lui, il faudrait que les historiens s’intéressent aux choses qui feront vendre des livres d’histoire. Sans se questionner où vont nous mener les connaissances qu’on peut faire émerger de sujets « peu sexy ».

Interconnectivité et intertextualité

Voilà pourquoi j’adore ce passage de la thèse de Samuel Archibald (2008, p. 31-32). Il critique une tendance à voir les hypertextes comme une manifestation de certains concepts décrivant l’acte de lecture proposés chez les poststructuralistes comme Bakhtine, Barthes, Kristeva ou Derrida. Si ces derniers se sont intéressés à la lecture comme une « polyphonie » de plusieurs textes, pour Michael Heim et George P. Landow notamment, l’hypertexte en serait l’incarnation matérielle. Archibald voit ceci comme une confusion entre « interconnectivité » et « intertextualité« , le premier étant une oeuvre où des éléments sont connectés entre eux et peuvent être reliés matériellement par un utilisateur, alors que le second est le fait qu’un lecteur lit toujours un texte en ayant en tête un bagage d’autres textes déjà lus qui lui permettent d’éclaircir le texte actuel.

Il cite puis critique ces propos exemplaires de Yellowlees Douglas:

« Nor do you need to be fantastically well versed in the writings of Roland Barthes to recognize hypertexts in his description of “From Work to Text” of print text as a network of references to and reflections of other works. » (2000: 18) En fait, il est impératif de ne pas avoir lu Barthes en profondeur pour replier sans détour Texte et hypertexte: une telle assimilation ne peut procéder que d’une lecture cursive (p. 34).

Ce qui est frappant, c’est ce discours où on croit savoir les choses d’avance, sans être vraiment aller les chercher.

Référence

Samuel Archibald. 2008. « Le texte et la technique. La lecture à l’heure des nouveaux médias ». Thèse de doctorat. Montréal: Université du Québec à Montréal. 349 p.

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