Ces jeux que je n’ai pas finis et les habitudes stratégiques

La chose est assez différente pour les jeux. Il est tout à fait normal de ne pas terminer les jeux qu’on commence. Il est toujours plaisant d’essayer quelque temps certains jeux sans nécessairement avoir pour intention d’en faire le tour. J’ai fait quelques niveaux de Shining Force pour essayer un tactical-RPG sur console autre qu’Ogre Battle et je ne sais pas si je le finirai.




En général, je termine les films que je commence. Deux exceptions dont je me rappelle (sans compter les films vus à la télé): La chute de la maison Usher de Jean Epstein et L’Anglaise et le duc d’Éric Rohmer.

La chose est assez différente pour les jeux. Il est tout à fait normal de ne pas terminer les jeux qu’on commence. Il est toujours plaisant d’essayer quelque temps certains jeux sans nécessairement avoir pour intention d’en faire le tour. J’ai fait quelques niveaux de Shining Force pour essayer un tactical-RPG sur console autre qu’Ogre Battle et je ne sais pas si je le finirai.

De toute façon, dans plusieurs cas, le jeu n’est pas terminable en soi. On termine une partie de Civilization, mais on ne termine pas le jeu car il n’y a pas qu’une progression dont on ferait le tour. C’est comme un jeu de société: on rejoue une seconde fois, mais on ne « passe jamais au travers » du Monopoly ou de RiskSimCity est un exemple encore plus patent, où une seule partie ne se termine jamais.

Mais récemment, je me suis rendu compte qu’il y avait des jeux que non seulement je ne finissais pas, mais qu’il y en avait quelques-uns que j’avançais énormément — parfois jusqu’au dernier boss — sans toutefois les finir.

Ogre Battle / Final Fantasy VII / Final Fantasy Tactics

C’est le cas d’Ogre Battle pré-cité, où j’en suis dans les derniers niveaux mais dont la difficulté de recruter beaucoup d’armées et de maintenir leur alignement bas me rebute.

Dans Final Fantasy VII, je crois ne pas avoir fait assez de quêtes optionnelles pour vraiment m’en sortir devant Sephiroth. Mais je n’ai pas trop envie de me lancer dans l’élevage de chocobos. Je ne dis pas que je ne le ferai pas par contre.

Pour Final Fantasy Tactics, le jeu est assez difficile que je m’en suis épuisé. À chaque moment où je me suis buté à un obstacle de taille, où je me rendais compte que je n’avais pas mis assez d’expérience dans les classes qui me sont nécessaires pour affronter le défi, j’ai pris le temps de donner les habiletés à mon groupe de personnages pour réussir à me confronter aux niveaux plus difficiles. Mais on dirait qu’à chaque fois que j’arrive à un autre combat difficile, finalement, c’était d’autres habiletés qui pouvaient régler le problème. D’autant plus que les combats aléatoires sont immensément plus faciles que les boss. Pour l’instant, j’en ai ma dose.

Compatibilité des signes du Zodiac dans Final Fantasy Tactics.

Je ne suis plus sûr non plus si j’avais vraiment fini Final Fantasy V. Je m’étais rendu au boss final et je crois que je l’avais terminé, mais comme le jeu ne sauvegarde pas après et que je ne me souviens plus de la cinématique finale, je ne me rappelle pas l’avoir terminé.

L’habitude stratégique

Mais l’un des problèmes, c’est que dès qu’on quitte un certain temps un jeu, on en perd certaines habitudes stratégiques (dont j’ai parlé ici, p. 67) qui seront difficiles à reprendre lorsqu’on cherche à continuer notre partie où on l’a laissée. Dans Ogre Battle, l’organisation de chaque équipe est importante et il faut planifier quelles unités déployer à quels moments. Même avec un tableau Excel, la tâche reste ardue. Dans Final Fantasy Tactics, il faut se rappeler quelles classes chaque personnage a développé, quels objets on lui équippait, etc. L’organisation des materias de Final Fantasy VII est un peu le même principe. On peut bien sûr laisser ces éléments comme ils l’étaient la dernière fois qu’on a joué, mais dans bien des cas, on a quitté justement car notre organisation n’était pas optimale. Il devient donc doublement difficile de raccrocher à un jeu qui implique ce type de stratégie une fois qu’on l’a laissé de côté pour un temps.

L’échelle de difficulté des jeux n’est évidemment pas toujours une belle ligne droite ascendante, c’est-à-dire que son apprentissage requiert à certains moments un effort supplémentaire avant d’en arriver à avoir une stratégie qui fonctionne bien pour un temps. Mais c’est à une difficulté double qu’on se heurte lorsqu’on a perdu les habitudes stratégiques développées au cours d’un long jeu relativement complexe comme ceux de Square/Enix.

Image tirée de: http://www.avforums.com/forums/retro-gaming/1310122-final-fantasy-tactics-playstation-1-appreciation-thread-personal-choice.html

À propos de Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2016), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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