L’intellectuel et le débat public

Dans Le Devoir cette semaine, Christian Nadeau, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, s’interroge sur la question de la vérité dans le débat public. L’article est en fait à l’origine paru dans la revue Découvrir, la revue de l’Acfas, en mai 2013. Pour avoir été très présent dans les médias lors du printemps étudiant de 2012, Nadeau explique un peu plus en détails les motivations et les conditions de son engagement.

Juvénal, représenté en gravure sur bois vers 1400 (source)
Juvénal, représenté en gravure sur bois vers 1400 (source)

C’est la maximeVitam impendere vero formulée par Juvénal, « consacrer sa vie à la vérité », qui sert de base à sa réflexion. Si l’université est souvent vue comme une tour d’ivoire où les professeurs ne confrontent pas leurs recherches à la vie quotidienne, s’impliquer dans un débat public n’implique pas nécessairement qu’on se rapproche de la vérité.

Les conditions du débat public, d’abord, ne sont pas toujours optimales pour l’atteinte de la vérité. Le temps limité par les interventions publiques et la formule spectacle qui l’emporte sur la pertinence nuisent nécessairement au débat sain.

À travailler dans la blogosphère, je me rends souvent compte de la difficulté qu’il y a à tenter d’expliquer son travail, sa pertinence et ses résultats. Je cherche parfois à échanger à gauche et à droite sur différents sujets, mais je me rends compte que la recherche de la vérité est souvent absente de ces débats. Pour plusieurs, un débat signifie la confrontation de deux points de vue opposés, pas la recherche de la compréhension du point de vue de l’autre pour comprendre plus profondément la vérité sur laquelle il se base, la vérité qu’il implique et, surtout, la vérité qu’il espère.

Parce qu’au fond, une opinion sur une question sociale implique bien souvent non pas uniquement la vérité actuelle, mais un espoir d’une situation meilleure. La question, disons, qui oppose souvent la droite et la gauche n’est pas strictement de savoir qui a raison dans sa description actuelle du monde, mais qui a raison d’espérer son monde futur. Et là, l’espace de discussion est grand, si on veut bien l’ouvrir.

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