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En surfant sur le web, je suis tombé sur un manifeste qui prône le premier degré, c'est-à-dire qui tente d'enlever les équivoques de sens en stipulant que les signataires parleront toujours sans signifier autre chose que le premier sens de ce qu'ils disent. Je trouve intéressant cette démarche, bien qu'elle ne puisse pas s'appliquer à moi. D'abord parce qu'il serait en quelque sorte trop facile de se "backer" en utilisant l'excuse du premier degré. Mais aussi, et surtout, parce qu'il est si plaisant de parler au second degré! L'existence même du manifeste semble être à la base un effet au second degré: si on était quelques amis à avoir signés, je serais le premier à jouer avec cette signature comme authentification du sens littéral, en suggérant des significations intéressantes (voire compromettantes) au deuxième degré! Dans le principe, ça permet quand même de s'assurer aussi de ne pas sur-interpréter les propos des autres, que ce soit dans la vie de tous les jours et aussi (surtout) quand il s'agit de lire un texte, par exemple. Ce n'est pas tant qu'il ne faut pas voir d'autres possibilités de sens dans un texte, mais plutôt qu'il ne faut pas assumer que ces autres sens sont collés au texte lui-même. Transformer "L'auteur dit..." en "On pourrait voir que...". Libellés : Auteur, Rhétorique, Signification
Voilà donc une habile allégorie sur le téléchargement et les droits d'auteur, où l'auteur discrédite l'idée que les fournisseurs d'accès Internet devraient contrôler les fichiers téléchargés par les internautes, en les comparant à des propriétaires de ponts qui devraient contrôler le transport d'alcool de contrebande. Difficile de prendre une telle décision en connaissance de son argument, qui par ailleurs insiste sur le fait qu'au final, les mêmes gens [convergents] vont en profiter... Une autre "solution" à ce problème, dont plusieurs possibilités ont déjà été discutées. Libellés : Auteur, Internet, Téléchargement
J'ai trouvé quelques phrases clefs pour mieux expliquer ma conception du rôle de l'auteur lorsque je parle d'une œuvre, dans Du littéraire du filmique d' André Gaudreault. J'ai déjà tenté de définir plus clairement quelques raisons qui font que je veux me dissocier de la figure de l'auteur pour expliquer une œuvre. Ici, Gaudreault spécifie que, parce que le lecteur est au centre de la situation de lecture, c'est vers lui que l'activité de la narratologie doit se centrer. D'où la nécessité de "bouter" l'Auteur hors de la Narratologie, qui est au premier chef une science s'occupant du récit et des récitants, pas de ceux qui les créent! [Gaudreault, 1998, p.139] L'explication plus détaillée se situe dans la note de bas de page qu'il fait à la suite de cette même phrase. Qu'on me comprenne bien. Il n'y a là aucune forme de mépris à l'endroit de l'auteur que le narratologue peut d'ailleurs questionner, mais à titre d'auteur et non pas de narrateur. Répétons-le, Proust ou Griffith ne sont pas des narrateurs (malgré ce que voudrait faire croire la spécification entre parenthèses de la définition du Petit Robert - voir supra -). L'un est écrivain, l'autre cinéaste. La seule concession que l'on pourrait faire serait de considérer qu'ils ont en quelque sorte été narrateurs au moment (aux moments plutôt) où ils ont pris, qui sa plume, qui sa caméra, pour composer leur œuvre. Quand cette œuvre est consommée, ce n'est plus l'auteur qui me parle. La preuve (j'espère ne pas donner dans la facilité): j'ai lu hier À la recherche du temps perdu après avoir vu Naissance d'une nation (quelle journée chargée!) et pourtant Proust et Griffith sont, bel et bien, morts. [Gaudreault, 1998, p.193, en note de bas de page] Après un tel exemple tiré du livre d'un chercheur en études cinématographiques spécialiste en narratologie, comment essayer de mieux expliquer ma position là-dessus? Libellés : Auteur, Gaudreault, Narration, Narratologie, Théories du cinéma
 L'une des choses que l'on a critiqué en quelque sorte de la psychanalyse en art, c'est probablement qu'elle se centre beaucoup sur la figure de l'auteur, et particulièrement sur son inconscient qui crée au-delà des intentions de l'auteur lui-même. J'ai déjà parler de la limite des intentions d'un auteur, qui impliquait en quelque sorte une partie de "l'inconscient", quoique ce n'est pas du tout la même notion (je voulais plutôt dire: ce qui est inconnu de l'individu). Néanmoins, l'une des choses qui est intriguant sur cet aspect à propos du livre de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées (1976), c'est qu'il fait une lecture psychanalytique d'un corpus d'oeuvres qui, dans leur définition même, n'ont pas d'auteur précis (bien qu'il se réfère souvent à des versions "officialisées sur papier", et souvent celles des Frères Grimm). Intéressante perspective. Libellés : Auteur, Bettelheim, Conte, Psychanalyse
Juste quand je posais la question de l'auteur dans ma précédente intervention, le blog de Raccoon ajoute un extrait de l'entretien avec Daniel Dennett de Monster and Critics qui traite de la même question. Je ne connais pas Daniel Dennett, mais son intervention est plutôt intéressante pour cette réflexion. Il amène une réponse claire et précise: Nobody is completely original or should want to be; we all build our little contributions on the efforts of others. Ô combien logique d'une certaine façon, et aller plus loin dans la réflexion nécessiterait probablement d'embarquer dans le débat du déterminisme et du libre-arbitre. La question à se poser est plutôt: rendu à ce point-là, voulons-nous vraiment aller plus loin? Libellés : Art, Auteur
" J'fais pas qu'est-ce que tu veux, parce que ce serait toi qui le ferait." - SemiBruce, "Ma craie", Bouche à oreilles vol.IV. Une chose m'intéresse particulièrement dans cette phrase que Bruce utilise dans le refrain de cette chanson: la question de l'auteur, ou, pour être plus précis, celle du "qui fait?". En effet, selon le cas, on définit souvent le créateur soit dans l'intention ou soit dans l'acte. Parlons d'abord des interprètes de chansons ou d'instruments de musique. On ne les nomme pas "auteurs" de leurs oeuvres, et ce, même si on associe généralement les oeuvres à leur interprète, mais on les qualifie en général d'artistes. Ils sont définis non pas par leurs intentions mais par leurs actes. À l'inverse, un réalisateur est souvent considéré comme l'unique créateur de son oeuvre, et même trop par certains qui voient nécessairement tout comme intentionnel et directement relié à son auteur. Ceux-là sont intéressés par l'oeuvre, mais encore plus par les entrevues que le réalisateur peut donner pour expliquer ce qu'il voulait faire. Pourtant, un film est fait avec une équipe technique considérable - et part souvent de la tête d'un scénariste. Le rap a probablement de la difficulté à se définir dans l'art en général de par la suppression de l'aspect action au niveau de la musique: un producteur/beatmaker (les termes ne sont pas unanimement définis) n'interprète rien en spectacle (la plupart du temps), il crée d'avance. Pourtant, son travail est aussi considérable. Enfin, nous reviendrons sur les idées d'auteur, et sur la question des "beatmakers". Libellés : Auteur, Beatmaking, SemiBruce
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