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Libellés : Akhenaton, Documentaire, Gangs de rue, Métro
Il y a des exemples très explicites pour voir comment la manière de présenter les faits affecte la réception de ceux-ci sur un public. Le quotidien gratuit Métro m'en a donné un bon exemple il y a quelques jours.Si la criminalité a diminué globalement, les crimes violents reliés aux gangs de rue sont en hausse à Montréal.
On passe quand même de 12 sur 42 à 14 sur 41. En gros, sur un homicide en moins, il y a deux homicides de plus reliés aux gangs de rue. Si l'introduction attire l'attention, il faut noter qu'ils mettent un bémol pour la suite:
Sur 41 homicides, 14 étaient reliés aux gangs de rue en 2007 comparativement à 12 sur sur 42 en 2006 (Métro, 1er-3 février 2008: 4, je souligne)Toutefois, 10 de ces 14 homicides ont été commis au cours des deux premiers mois de 2007.
Dix crimes sur les deux premiers mois, donc, quatre dans les dix mois qui suivent. Sur une échelle de mois, on note donc une diminution des crimes, et pas une augmentation. Le responsable du dossier des gangs de rue au SPVM (Service de police de la Ville de Montréal), Mario Plante, note que "les gangs de rue n'ont pas fait de victimes innocentes en 2007." (rapporté indirectement dans Métro, ibid., p.4)
On peut donc supposer que la nouvelle aurait pu être présentée de manière plus optimiste: au lieu du titre actuel, "Gangs de rue à Montréal. Hausse des crimes violents", on aurait pu présenter de manière tout aussi factuelle en disant "Gangs de rue à Montréal. Diminution des crimes au cours des derniers mois", ou encore, "Gangs de rue à Montréal. Les victimes ne sont pas innocentes", quelque chose comme ça.
Si, dans "Marseille la nuit" (IAM), Akhenaton disait: "j'suis photographe, développe des clichés sur du phonographe", c'était bien sûr pour métaphoriquement dire que son rap représente une situation aussi fidèle à la réalité que ne le ferait une photographie*. Dire que les médias développent des clichés sur une réalité prend un tout autre sens.
Jean Philippe Angers, "Gangs de rue à Montréal. Hausse des crimes violents", Métro, 1er-3 février 2008, p.4.
* bien sûr, c'est une figure de style, on comprend bien que tout discours sur quelque chose est partial.
publié par Simon Dor @ 13:35
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Je viens de comprendre ce qui faisait que j'avais une énorme réticence lorsqu'on parlait de Jean Rouch, et particulièrement lorsque je lisais des textes sur son oeuvre. Il est au centre de plusieurs des séances du cours Cinéma documentaire, et c'est dans un texte du recueil que j'ai vu une contradiction intéressante qui m'a révélé ce qui me tracassait. Libellés : De Latour, Documentaire, Ethnologie, Hagiographie, Piault, Rouch, Études cinématographiques
Je commence donc en vous présentant un doute que l'auteur, Marc Henri Piault, exprime quant à un film de de Latour:Lorsqu'en 1984, Éliane de Latour filmait, au Niger et en pays mawri, la vie d'un souverain dont la fonction s'était réduite à celle de chef de canton[26], le risque également était, par proximité avec un personnage habitué à la représentation et détenant encore un certain pouvoir, de fabriquer un portrait plus hagiographique que critique. (Piault, 2000: 206, c'est moi qui souligne)
Piault pointe du doigt les risques d'un projet tel que celui de la cinéaste, et est parfaitement conscient qu'il y a un risque d'hagiographie. Et voilà qu'il continue, à la page suivante:Certains cinéastes, comme Jean-Luc Godard, pensent que Jean Rouch a ouvert la voie de la Nouvelle Vague du cinéma français et c'était, bien entendu, parce qu'il tarabustait les règles et inventait une nouvelle façon de filmer. De la même façon, parce que ce cinéaste parle l'Afrique comme sa langue maternelle et que ses contes sont naturellement enchantés, on se demande presque si l'Afrique n'aurait pas été inventée par Rouch: c'est qu'il est sorti des façons conventionnelles de la considérer. (Piault, 2000: 207-208, l'italique est de l'auteur)
Le risque d'hagiographie semble toujours très grand lorsqu'on se met à parler de Jean Rouch, mais Piault va plus loin que s'aventurer sur un terrain glissant: il arrose le terrain et glisse les yeux fermés sur la banane glissante qu'il vient d'y installer.
Texte: Marc Henri Piault, Anthropologie et cinéma, Paris, Nathan Cinéma, 2000.
publié par Simon Dor @ 22:42
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En faisant mes recherches pour mon texte du cours Cinéma documentaire, je tombe sur un article dont l'introduction vient particulièrement faire écho à certaines de mes réflexions. En réponse donc à tout ceux qui me disent la fameuse phrase: "Mais, tu es en cinéma et tu n'as jamais vu ce film...?", je leur répondrai dorénavant: Libellés : Cinéphilie, Critiques, Documentaire, Kiarostami, Études cinématographiquesJ'ai du mal à aller voir les films dont on dit qu'il faut les avoir vus: j'attends que m'en vienne le désir. Ainsi je laisse passer sans les voir des films qui parfois m'intriguent; je les laisse mûrir au loin dans le temps; tôt ou tard vient le moment où le film est prêt à être cueilli. Ou plutôt c'est moi qui me sens libéré de toute allégeance quand le film a passé son temps de conquête et qu'il s'éloigne enfin dans l'imparfait. (Biette, 1992: 129)
Je voudrais ajouter un petit bémol, sans vouloir faire de l'ombre à ce passage. L'article que je citerai probablement pour mon texte - autre chose que ce passage, vous aurez compris - ne sera pas utilisé de par ses qualités analytiques (ici, par rapport au film Nema-ye Nazdik d'Abbas Kiarostami (Close-Up, 1990)), qui sont plutôt manquantes, mais par le fait que l'article est écrit peu après la sortie du film en salles (en 1991 en France), et qu'il est un exemple de réception du film par la critique.
Référence: Jean-Claude Biette, "À pied d'oeuvre", Trafic, no 2, printemps 1992, p.129-139.
publié par Simon Dor @ 22:53
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La plupart des textes de Gilles Marsolais me laissent froid. Je trouve qu'il manque souvent d'objectivité, et, surtout, qu'il manque de sources, de repères précis qui donneraient une plus grande "scientificité" à ses textes. Un extrait d'un de ses textes tiré de la revue d'études cinématographiques CINéMAS montre par contre un point de vue intéressant par rapport au documentaire : Libellés : Documentaire, Focalisation, Histoire, Marsolais, Subjectivité, Études cinématographiquesConsentir à un tel choix, proposer un point de vue ou une piste de lecture des événements revient sans doute, sous un angle théorique, à "fictionnaliser" l'Histoire. D'un côté comme de l'autre. Dès lors, au nom de quel principe en privilégier un seul?. (sic) Ce refus borné conduit au résultat que le jeune spectateur d'aujourd'hui, privé de repères, constitue ou croit constituer sa propre vision de l'Histoire, qui lui est de fait imposée à son insu à travers les "histoires" que lui racontent la télévision ou le cinéma dominant. (Marsolais, 1994)
Un point de vue très intéressant.
Gilles Marsolais, "Les mots de la tribu", dans Cinémas (Montréal), vol.4, no 2, hiver 1994, p. 146. Le texte m'a été présenté par le recueil du cours Cinéma documentaire (CIN2104).
publié par Simon Dor @ 21:41
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