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À la suite d'Yvan, c'est à mon tour de manifester mon appui à l'intervention d'André Habib sur le formatage d'un documentaire. Les producteurs du film Hommes à louer de Rodrigue Jean, documentaire sur la prostitution masculine, veulent ainsi obliger son réalisateur et son monteur à en faire une version écourtée, adaptée peut-être à un certain public.
J'apprécie particulièrement les propos d'André Habib, pour l'avoir lu un peu et l'avoir eu comme prof pour le cours Courants du cinéma contemporain. Vous avez peut-être constater que mon blog a très peu de billets d'opinion: je ne me sens pas encore une autorité pour être capable d'argumenter sur des questions qui touchent le jugement des oeuvres elles-mêmes: j'admire le fait qu'Habib sache argumenter avec une rigueur exemplaire.
Il est intéressant de noter que le "manque" de point de vue est l'un des éléments qu'on reproche au film. Comme si l'exposition de faits avec prise de position était la seule manière valable d'exposer une situation problématique, alors que bon nombre de cinéastes ont prouvé qu'ils étaient capables du contraire (que Bazin appelait les cinéastes de la réalité versus les cinéastes de l'image).
Que reproche-t-on au film ? Son absence de « point de vue », la multiplication des « personnages » qui rend difficile « l'identification » (c'est leurs mots, qu'on me les explique). Car pour eux un film, tout film, est potentiellement un arbre livré par le réalisateur qu'il s'agit d'émonder afin qu'il cadre avec une forme que les producteurs-distributeurs-télédiffiseurs ont dans leurs têtes, et qui serait la seule, la vraie, l'unique façon de parler de « ce monde-là » pour que ça « pogne », pour qu'ils puissent mettre leur estampille d'approbation sur un film : « si tu me coupes tel ou tel personnage, si tu enlèves celui qui est violent, celui qui a été abusé, si tu tailles dans les références trop nombreuses à la drogue, si tu me ramènes ça à une heure et quart, on pourra plus facilement s'identifier et ton film sera plus "punché" » (c'est leur idée). (Tel quel)
Il importe qu'il persiste un cinéma qui conserve une certaine vision de la réalité, une vision où la prise de position ne tente pas d'émaner du film lui-même mais de la tête du spectateur.
Libellés : Bazin, Censure, Habib, Rodrigue Jean, Réalisme
publié par Simon Dor @ 22:13
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J'attire simplement votre attention sur un article d'André Habib dans le Hors Champ, que je n'avais pas lu au moment où il était d'actualité (septembre 2006). L'article traite d'une intervention de deux individus à Tout le monde en parle, à propos des films Le goût de la cerise de Kiarostami et Free Zone d'Amos Gitaï. En voici une citation pour vous préparer au pire: Libellés : Actualités, Habib, Hors Champ, KiarostamiSelon lui, ce film, « en plus d'être plate », de « raconter une histoire déprimante » (« c'est l'histoire d'un gars qui cherche quelqu'un pour l'enterrer parce qu'il veut se suicider… C'est-tu déjà assez déprimant à ton goût ! (sic) », expliquait-il, provoquant immédiatement l'hilarité de tous les invités), le film aurait le démérite supplémentaire, aux yeux visiblement aguerris de M. Sauvé, d'avoir « gagné la palme d'or à Cannes » !
On semble en être rendus là.
publié par Simon Dor @ 14:11
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