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17.4.08

Un héritage d'Aimé Césaire dans le rap

Je viens d'apprendre la nouvelle de la mort d'Aimé Césaire. Il a fait partie de ceux qui ont prôné la négritude, c'est-à-dire de la conscience d'être Noir, et de revendiquer en quelque sorte la fierté de cette différence. J'en fais peut-être une mauvaise lecture, mais j'ai toujours vu le rap dans cette lignée, évidemment surtout lorsque le phénomène était plutôt exclusif aux Afro-Américains. Le "n word" me semble par ailleurs être dans la lignée de cette négritude: péjoratif lorsqu'un Blanc l'emploi pour un Noir, il devient signe d'une fraternité lorsqu'il est employé carrément comme synonyme de "homie". Utiliser un mot péjoratif pour le rendre positif est un geste de résistance. C'est dire: "Oui, je reconnais être différent de toi, mais je suis fier d'être différent de toi." Cette résistance a été vu par d'autres - notamment Fanon - comme négative, car elle ne permettait pas au "colonisé" de se réapproprier la culture du colonisateur pour s'unir contre lui. Fanon semblait plus croire qu'on ne pouvait complètement ignorer qu'il y a eu une colonisation, prônant notamment les frontières nationales telles que les colonisateurs les ont faites, pour éviter la balkanisation de l'Afrique. La négritude ne va pas nécessairement à l'encontre de cette idée, mais bon, de toute façon, une discussion là-dessus pourrait être trop longue et ce ne serait pas sage dans le contexte d'une étude pour un examen.

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24.3.08

Empire ISIS: Manifeste du rap commercial

L'artiste Empire ISIS signait en automne dernier un éditorial pour le site Hiphopfranco, qu'il m'a fait plaisir de traduire, véritable manifeste pour le rap commercial, où elle passe en revue les étapes qui semblent nécessaires pour que le rap d'une certaine région se démarque par rapport au reste. Il me semble pourtant que le fait qu'elle s'attaque à des éléments qui changent directement la musique peut entraîner un changement irréversible pour ceux qui aiment les artistes qui n'ont pas peur d'explorer.



Elle ne le signe pas en tant que manifeste, et ce n'est qu'en y réfléchissant que j'ai pu le décrire de cette manière, mais au fond son texte fonctionne d'une manière semblable. Elle constate une certaine situation, "déplorable" et dont pratiquement tout le milieu hip-hop est d'accord pour la changer, puis propose des solutions. Sa démarche est valable en quelque sorte, voire très fondée: elle se base sur ses observations qui, bien que sans sources explicites, sont tout de même cohérentes et logiques. Là où l'aspect manifeste me semble ressortir, c'est que, si toute son argumentation est logique, elle se base sur un présupposé: celui que la manière de changer les choses pour le mieux passe nécessairement par la commercialisation du rap. Elle propose de faire des changements sur la musique elle-même (en plus des moyens de commercialisation) de sorte de faire ressortir un style québécois.

Je crois que - heureusement ou malheureusement - ce type d'aspirations de la part des artistes deviendra quelque chose de nécessaire. Plusieurs artistes comme Malik Shaheed revendiquent leur statut commercial, ou encore, comme Malicious, admettent que leur musique peut (et devrait peut-être) se changer légèrement si le résultat est que plus de gens peuvent les entendre.

Mon avis est que, quand ça fonctionnera pour vrai pour quelques artistes, on pourrait voir changer le style de rap au Québec dans la lignée de ce que les auditeurs revendiquent, au lieu de l'inverse. Oui, les artistes ont des styles qui se font copier, et oui, plusieurs artistes suivent les pas stylistiques d'artistes qui les précèdent, mais tant et aussi longtemps qu'aucun d'eux ne pouvait vendre, ça n'affectait pas le milieu hip-hop lui-même. Sans dire que le rap ne continuera pas d'innover (et ce n'est pas ce qu'Empire ISIS prône), il reste que, si certains artistes sont capables d'assumer leur rôle commercial et de trouver un style qui puisse devenir une recette, d'autres suivront au lieu de devoir battre leur propre sentier.

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21.1.08

Cyrano, Joe BG, Dupuis & Showme: Critiques d'octobre à décembre

Depuis le mois de septembre, je n'ai pas affiché les critiques que j'ai publié dans un billet spécifique, tel que je l'avais fait pour les critiques du mois d'août et septembre.

Il semble que j'aie perdu l'assiduité que j'avais, et que j'ai oublié d'ajouter un message à chaque mois depuis ce mois de septembre. Je vais donc devoir me reprendre ici, pour mieux réembarquer dès la fin du mois de janvier [j'omets donc les critiques du mois de janvier, je reviendrai là-dessus].

Pour Cyrano de Montréal, avec Chambre 11, présente un court album, intéressant sous plusieurs points, relativement varié, du moins assez pour bien présenter le style et les "skills" de l'artiste tout en ciblant ce qui fait sa particularité.

Décédé peu de temps avant la sortie de son album, Joe BG (Prévisions locales) s'écoute avec en mémoire un événement assez lourd pour ceux qui l'écoutent. En effet, rares sont les gens qui écoutent du rap québécois sans avoir connaissance du milieu. Chaque chanson prend donc un sens différent, et l'écoute de certaines chansons déjà tristes dans leur triste en prend une dose de plus.

Des réponses de Dupuis n'est pas un album rap. Reste qu'il gravite autour du milieu hip-hop, ayant notamment collaboré avec NSC Records sur Sans rimes ni raisons, avec L'Assemblée pour leur single "Turn Your Head Around", ainsi qu'avec Damien sur "J'veux plus travailler". Il s'inscrit davantage dans le pop, mais avec un style "émergent" (c'est-à-dire "jeune artiste ou groupe qui joue à la radio et qui fait un hit le temps d'un été, avec de la guitare, une voix québécoise et qui parle d'amour": je me risque à un nom, Kaïn).

Showme (Omniprésence) m'a vraiment étonné. Ses paroles sont remplies de culture, et même s'il s'agit la plupart du temps de "pluggage de culture", reste que ça rafraîchit d'entendre de la musique qui en contient ("Rien à foutre que t'aies la peau bronzée, comme un Rodin"). Style semblable à ses acolytes de la capitale, avec qui il collabore, ça sonne très bien et c'est pour moi une révélation.

Même si j'ai eu moins de cours cette session-ci, j'ai quand même eu moins de temps à consacrer à la rédaction d'articles (travail rémunéré, volonté d'améliorer ou du moins de maintenir ma moyenne actuelle). J'ai encore beaucoup de disques sur mes tablettes, en attente d'être écoutés et "jugés". Je vais faire un blitz de sorte de rattraper mon retard.

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16.1.08

L'aspect formel "classique" du rap

Quand j'ai commencé à m'intéresser au rap, à l'âge de 12 ans, je ne me rendais même pas compte que leurs textes rimaient. J'ai eu un deuxième choc au moment où j'ai constaté que non seulement les rappeurs rimaient, mais qu'en plus il y avait des "règles" beaucoup plus complexes qui régissaient leurs vers. En effet, il y a une complexité que je n'avais jamais vue auparavant (ni dans la poésie traditionnelle), et qui repose sur le fait que le rap soit en audio.

Je vous réfère donc à deux textes. Le premier est intéressant dans sa forme: il s'agit d'un thread sur le forum de discussion d'Hiphopfranco.com, où l'auteur n'avait pas accès aux accents. Il semble fait rapidement, mais explique clairement et directement certains concepts présents un peu partout dans le rap. Je vous réfère donc au thread de slutw0n sur les multis, punchlines et autres. Les exemples qu'il évoque sont plutôt louches, mais ont l'avantage d'être clairs.

Une version plus "officielle" a été tentée par Sinis, qu'il nomme le Battlerap 101. Il se base sur une intervention de Joey sur le forum [qui a probablement été effacée, puisqu'elle date d'un vieux tournoi de Marche à la mort]. Quoique son texte soit plus clairement divisible, il semble plus prescriptif (même s'il affirme ne pas déterminir la vérité ultime) et ne cite pas ses sources (notamment le thread de slutw0n et les sites anglophones similaires). Il sera peut-être plus facile à lire pour certains d'entre vous. Ses exemples sont par contre plus flous que ceux de slutw0n.

J'appelle ces "règles" (ou conventions) celles du rap classique. Il est très rare que le rap les applique systématiquement. Certains artistes rap plus marginaux s'en détachent encore davantage, mais il est intéressant de voir que plusieurs d'entre eux, au contraire, restent très semblable à cette forme qui me semble "classique". Je n'ai par contre aucune information sur le moment officiel où ces "règles" (multis, punchlines, ...) sont apparues, sauf cette citation:
Del’s « No Need for Alarm » is released in December; he used multi-syllabisms, which soon start a whole new form of rhymes in the underground community. (365hiphoplive history)
Si quelqu'un a plus d'informations là-dessus, il serait le bienvenue de les communiquer en commentaires ici.

Je vous invite donc à vous initier à ces deux textes, qui seront essentiels dans mon introduction au hip-hop. Ce dont ils parlent est "à la base d'une certaine forme de rap", d'une culture musicale/lyrique. Même le rap qui s'en détache se définit jusqu'à un certain point par elles.

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3.1.08

Définir ses termes: rap versus hip-hop

Avant de pouvoir débuter ma série de textes qui introduiraient à mieux expliquer voire définir le hip-hop, il est important de savoir bien définir la terminologie que j'emploierai. Je débute donc par deux mots très simples, distinguer le rap du hip-hop.

Je me souviens que, quand j'étais au secondaire, je devais défendre cette distinction face à des gens qui ne voyaient pas les choses comme ça. Combien de fois ai-je entendu la fameuse phrase: "Moi, j'aime mieux le hip-hop que le rap." Et bien sachez que c'est presque impossible par définition!

Mais, ma déception est toujours grande quand je constate que cette distinction n'est toujours pas claire aujourd'hui pour la plupart des gens. J'espère donc que l'intervention que je ferai ici permettra à plus de gens de se renseigner sur la nature de ces mots.

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31.12.07

Les médias et la médiation / Clermont

Récemment, parmi les articles sur Hiphopfranco, j'ai décidé d'amener une nouvelle manière de faire des entrevues: sous la forme d'entrevues téléphoniques. Ça se fait beaucoup dans le contexte radiophonique, et je me suis dit que ça pourrait être:

1) Intéressant pour les internautes. On peut l'écouter et faire autre chose. C'est plus rapide pour certains à télécharger que les vidéos. Je les fais aussi plus courtes et plus "spontanées".

2) Plus rapide à faire pour moi. Dans le cas de l'entrevue avec Clermont, j'ai mis l'entrevue sur le site 20 minutes après avoir raccroché.

Les médias et la médiation (5 novembre 2007)

L'idée de médias et médiation m'apparaissait intéressante. En effet, je discute avec le Doc Déziel sur l'impact d'Internet dans les événements en lieux réels. Bloqué par des caméras qui visaient à faire un reportage pour le net, je me suis demandé si le net n'était pas mis en priorité plutôt que ceux qui se déplacent. Est-ce que, ainsi, les gens seront incités à moins se déplacer?

Discussion téléphonique avec Clermont autour de J'fais shaker l'block (28 novembre 2007)

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29.12.07

Dix ans de hip-hop, cinq ans de cinéma

IAM - L'école du micro d'argent (1997)Il fait maintenant dix ans que j'ai reçu ma première cassette de rap, L'école du micro d'argent d'IAM (1997), et cinq ans que j'étudie le cinéma.

Pour l'occasion, j'ai reçu le CD du même album. Petite déception: il y a une modification majeure : la piste 15, "Libère mon imagination", est remplacée par le single "Independenza" (qui date de l'année suivante).

Je trouve d'abord très dommage que cette piste en particulier ait été remplacée: avec comme sujet entre autres l'esclavage, comme racines du hip-hop, mais aussi une puissance évocatrice du rap au niveau musical:
Dans les cales d'un négrier, corde au coup
Odeur de mort, ces percus sont la mémoire d'alors
Et chaque coup de grosse caisse blesse dans le cerveau
La caisse claire rappelle ce fouet qui lacère la peau [Akhenaton]
[...]
L'échantillon sans cesse revient
Fait de nous des victimes du quotidien
Combien de gens connaissent déjà leur avenir
Travailler dur pour à peine gagner de quoi survivre
Pour que l'esprit s'apaise il est nourri de libertés fictives
Nous voilà, esclaves sans chaînes [Shurik'n]
Ils entâment par ailleurs une réflexion sur le pouvoir des mots, et particulièrement lorsque ceux-ci sont de vive voix plutôt que par écrit. À l'inverse du fameux "les paroles s'envolent et les écrits restent".
À l'Ouest rien de nouveau
Les clés sont des mots
Sinon pourquoi les nazis auraient-ils fait des autodafés
A Toulon, les livres se vendraient en toute liberté
Mais nos textes par voie hertzienne prennent le chemin des airs
Nos voix ne seront pas prisonnières
Parti pris pour la musique, cette atmosphère unique
Casse les lois de l'asservissement psychique (Akhenaton)
Je vous suggère donc d'écouter l'ensemble de la piste, c'est probablement l'une de mes meilleures.

Mais, "Independenza" est distinct de cet album de par son esthétique: il s'agit davantage d'un single, par rapport à l'album où chaque piste a sa place et prend du sens en relation avec les autres. C'est au niveau musical que ce single se démarque particulièrement: entraînant, dans une forme classique (couplet-refrain-couplet-etc.), contrairement à plusieurs pistes de L'école du micro d'argent.

Par exemple, "Libère mon imagination" répète les refrains un nombre de fois presque incalculable, amenant dans la forme une signification semblable à l'idée évoquée dans la même chanson, dans la citation de Shurik'n plus haut. L'audace va probablement plus loin sur "Demain c'est loin", piste de 9 minutes sans refrain, avec deux couplets (un pour chaque rappeur) de 4 minutes 30 chaque. Je crois par contre que cette dernière a eu plus de succès que "Libère mon imagination", ce qui justifierait son retrait pour cette nouvelle version.

Enfin, bref, je crois quand même que certains classiques ne devraient pas être touchés.

Ces deux anniversaires presque simultanés me font réfléchir à la transmission de mes réflexions ici. Je me place dans la position d'un lecteur qui ne connaît rien au rap, voire aux études cinématographiques [rares sont ceux qui ne connaissent rien au cinéma], et qui tenterait de s'intéresser au contenu du site. Je vais donc probablement essayer de créer des pages sous forme d'un "cheminement" pour rendre plus claires mes idées. Je pourrai donc donner un ordre logique ("chronologique") à mes observations et réflexions sur le hip-hop et sur le cinéma.

N'hésitez donc pas à me faire signe par voie de commentaire ou par courriel s'il y a des questions particulières que vous avez eues sur le hip-hop ou sur le cinéma en lisant ce que j'ai écrit ici.

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5.12.07

Misogynie du rap: une question de préjugés

Je me souviens de la vague de protestations contre Omnikrom et leurs textes misogynes. J'ai déjà parlé à quelques reprises du deuxième degré de leurs textes. Je viens de réaliser que toute cette histoire est une question de préjugés et de stéréotypes, car ce type de deuxième degré existe ailleurs, et est absolument toléré, voire approuvé.

Ainsi, Nathalie Petrowski approuve le deuxième degré d'Yvon Deschamps et de Martin Matte, lorsque, par exemple, Deschamps "disait que c'était des incapables et des niaiseuses qui étaient juste bonnes à rester à la maison et à torcher".

Mais, on se pose la question à savoir si le rap dérape. On ridiculise leur deuxième degré, comme s'ils n'étaient pas assez intelligents pour tourner en dérision l'image projetée par d'autres créateurs d'une musique semblable. Mettre tous les jeunes dans le même paquet. Le rap dérape, pas Omnikrom.

Encore une fois victimes des stéréotypes. Entourés de deux baby-booms, je me demande sérieusement si ma génération aura une voix.

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1.12.07

Quand le stéréotype prend le dessus

La plupart des gens qui me connaissent dans un contexte universitaire sont surpris lorsqu'ils apprennent que j'écoute du rap. Il m'arrive de me faire dire quelque chose comme: "une chance qu'il y a des gens qui écoutent du rap mais qui peuvent avoir un discours si cohérent". Jusqu'à récemment, je le prenais comme un compliment, et je suis sûr et certain qu'il est dans l'intention de ceux qui le disent de me faire ce compliment. Or, justement, je me suis rendu compte de l'absurdité de ce commentaire, voire du caractère stéréotypant qu'il sous-entend. Comme si je faisais figure d'exception parmi le "milieu hip-hop", ou même parmi tout ceux qui écoutent du rap. Ce qui me ramène à Akhenaton, sur "Métèque et mat" (Métèque et Mat, 1996):
On nous a fait croire que l'on était des merdes et à force on l'a cru
Le stéréotype a pris le dessus
Aucun héros à notre image, que des truands
Akhenaton - Métèque et mat (1996)Ici, Akhenaton fait plutôt référence au stéréotype du "métèque". Je ne connais pas parfaitement son utilisation actuelle, mais "métèque" fut une classe sociale dans l'Athènes antique, classe sociale d'immigrés qui n'étaient pas considérés comme citoyens à part entière. Je vous suggère d'écouter la chanson en entier (ou l'album, pour ceux qui n'y sont pas initiés), car le propos est plus que pertinent et mérite une attention plus approfondie. En voici le refrain, qui résume bien évidemment l'idée générale de la chanson:
Nous avons subi la loi des visages pâles
Car Mat est le métèque
Pour dix balles, accomplis les tâches et les travaux les plus sales
Car Mat est le métèque
Fascinés, par le mirage des idéaux de modernité, nos peuples se sont acculturés
C'est pourquoi, la fierté demeure toute seule dans nos sacs, de métèques et mats
Vous allez me dire que j'extrapole et que je place une situation raciale extrême à un stéréotype musical et vestimentaire. Mais, quand un jeune écoute une musique qui l'instruit sur des problèmes de société et qui l'amènerait peut-être à vouloir en savoir plus, mais qu'un stéréotype sur ses goûts vient lui coller à la peau, comment peut-il vouloir et se donner les moyens de progresser intellectuellement? Rares sont ceux qui apprécient le rap d'abord et avant tout pour son discours intellectuel (je ne me compte pas dans ce nombre non plus), mais je crois que sans ce stéréotype, la jeunesse aurait davantage confiance en son propre jugement pour ce qui est des éléments culturels.

Je me fais donc un devoir d'un jour légitimer le rap aux yeux de la société.

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28.11.07

Jeff Chang et Can't Stop, Won't Stop, fiches résumés

Plusieurs le savent, Jeff Chang a publié un ouvrage intitulé Can't Stop, Won't Stop, qui scrute l'histoire de la "génération hip-hop" de la fin des années 60 aux années 2000. Mon collègue bloguiste R., qui publie sur Des piranhas dans le bocal, s'est donné pour mission de faire des résumés du livre sous forme de fiches, de sorte que son contenu puisse être plus accessible au grand public. Je vous recommande fortement de lire son contenu (que je lirai moi-même une fois la session terminée!), pour ceux qui aiment le hip-hop et veulent en connaître davantage, et pour ceux qui ne le connaissent pas et voudraient se pencher sur ce phénomène qui entraîne à mon avis des réflexions prolifiques.

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6.10.07

Critiques du mois de septembre: Sir Pathétik & Billy Nova / M.I.G.

M.I.G. – Gemini, Me, Myself and High LPAlors, voilà, je vous laisse quelques mots sur les critiques du mois de septembre que j'ai publiée. Deux cette fois-ci: Mauvaize frékentation de Sir Pathétik & Billy Nova et Gemini, Me, Myself and High LP de M.I.G. Sir Pathétik & Billy Nova ont quand même fourni, malgré la "limite" que Pathétik peut faire, en ce sens qu'il y a beaucoup de points négatifs, que ce soit au niveau du flow ou des paroles (plutôt du côté des rimes). Les sujets et quelques innovations pour les beats viennent sauver l'ensemble. Pour M.I.G., le problème est plutôt dans la transition qu'il y a entre le style de BMC (son groupe) et un style plus classique, lequel n'est pas complètement maîtrisé pour sa part. Il aurait peut-être eu plus avantage à miser complètement sur son ancien style, ou mieux paufiner cet album. Quelques bonnes tracks quand même.

Sir Pathétik & Billy Nova – Mauvaize frékentationJe tiens aussi à vous informer de la publication d'une entrevue que j'ai réalisé avec Red1, du groupe Rascalz, de Vancouver.

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10.9.07

Le deuxième degré de l'utilisation des mots

J'attire votre attention sur un texte fort intéressant traitant de "l’utilisation du mot pute par la jeune femme moderne". Il tente de s'expliquer un phénomène que certains - dont moi-même dans mes précédentes interventions à propos de TTC et d'Omnikrom - associent à un second degré. Enfin, bref, même si son point de vue est relativement opposé au mien, il fait un peu le tour de la question et amène vers une réflexion intéressante.

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29.8.07

Critiques du mois d'août: Negsayo, PeeZee, Pythagore

Quelques mots sur quelques critiques que j'ai récemment publié sur Hiphopfranco.

De Negsayo (Bump ça dans ton whip!), j'ai apprécié l'aspect "personnage" derrière les paroles oui, mais aussi le flow. On ressent la touche, chacun ayant rendu ses verses reconnaissables et les ayant maîtrisés pour qu'on les ressente vrais. Le DVD, composé entre autres d'entrevues mais aussi de clips, vient dans la même lignée. "Bâton" et "Il fait chaud" sont deux tracks que je trouve particulièrement excellentes, principalement car les beats sont impeccables, et le flow bien évidemment réussit. Par contre, même si ça dépasse le niveau "mixtape", ce ne serait pas un excellent "album" (tiens, il sera intéressant de revenir sur la différence entre ces deux concepts).

PeeZee (The Mayor) a un style très près de Justin Timberlake: chanté au point où ça donne un look "pop", mais avec une inspiration hip-hop importante. Son originalité se trouve dans ses beats, inspirés par la musique des années 80. À écouter, mais sans plus.

Pythagore (Remixes LP vol.1) a un intérêt principal: il s'agit de remix. Il nous offre une "relecture" de tracks classiques, en changeant bien souvent l'atmosphère pour quelque chose de plus étrange. On a ici un bel exemple de ce que Pythagore peut faire, mais on se lasse en quelque sorte du fait qu'il s'agisse de reprises. Il ne dépasse pas vraiment les originaux.

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7.8.07

La fiction des textes de rap

À propos de la "potentielle fiction" derrière les propos d'un rappeur, Akhenaton en donnait un exemple éloquent:
Ce que le cinéma se permet, la télé
Les livres, et les magazines pour nous c'est prohibé
Incitation à la violence
C'est comme si pour chaque meurtre on inculpait Jack Palance ("Dangereux", L'école du micro d'argent, 1997)
Il s'agit de donner le bénéfice du doute à l'artiste quant à un écart entre ses propos et sa vie réelle. Le rap, comme les autres arts narratifs ou figuratifs, créent une diégèse, mais a un préjugé négatif qui fait que la plupart des gens n'y distinguent pas la fiction de la réalité.

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3.8.07

Faf Larage et la mise en abîme

Sad Hill (Kheops, 1998)Afin d'expliquer clairement le concept de la mise en abîme, j'aurai recours à l'exemple de la piste "Le fainéant" de Faf Larage, paru sur la compilation de Kheops Sad Hill (1998).

Je mets en contexte: il y a un personnage diégétique (le fainéant), "incarné" par Faf Larage, qui l'interprète donc en parlant au je. Il s'introduit et nous décrit son mode de vie, où sa compagne "l'entretient" en lui permettant de rester chez elle à ne rien faire.

Et voilà qu'à un moment, sacrifiant même la rime, le personnage dit:
Y'a eu ce rappeur l'autre soir à la télé
Pas mauvais, je dois dire le petit, Faf Larage qu'il s'appelle
Le type me ressemble comme deux gouttes d'eau
La meuf a cru que c'était moi, je l'ai joué: "c'était pour te faire une surprise"
L'intérêt de tout ça est dans la confusion qui s'opère pour l'auditeur, pris dans un questionnement à propos du rapport entre le monde diégétique de l'oeuvre et le monde réel: "y a-t-il deux personnes identiques, Faf Larage et le fainéant, ou est-ce que Faf Larage se joue de nous?". Bien évidemment, la réponse est à la limite évidente. Mais le jeu continue:
Ce Faf Larage, il a écrit un texte, on dirait moi en plus vulgaire
Ainsi, la piste "Le fainéant" est-elle ce morceau plus vulgaire dont le personnage nous parle, où Faf Larage, rappant, serait conscient de faire parler son personnage comme si celui-ci n'était pas conscient qu'il est en ce moment même le personnage principal dans une chanson? Si on entre pleinement dans le monde diégétique de l'oeuvre, tout se passe bien, car il n'y a pas de contradiction à ce qu'un personnage parle d'un autre, identique physiquement, qui aurait fait une chanson sur lui. Mais, ici, le fait que le fainéant spécifie beaucoup de détails sur la chanson et sur Faf Larage, allant même jusqu'à évoquer le fait que sa compagne "a acheté l'album de Kheops", album qu'on est en temps normal en train d'écouter au même instant, nous rappelle notre statut d'auditeur.

Toute cette confusion entre monde diégétique supposé et monde réel nous rappellent sur quoi tient la diégèse, soit sur toute la structure musicale et lyrique. Cet effet de mise en abîme, où l'oeuvre existe et est évoquée à l'intérieur d'elle-même (comme lorsqu'on filme un téléviseur qui affiche ce qu'on filme) devient un effet autoréflexif (self-reflexive), c'est-à-dire qu'il nous renvoie à notre position en tant qu'auditeur d'une oeuvre audio.

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11.7.07

Rapide comme un serpent

Et voilà! Je voulais seulement vous faire part du fait que j'ai trouvé une track que j'ai écouté sans doute une seule fois durant mon secondaire, mais que j'ai cherché pendant longtemps. Il s'agit de la première partie de "Rapide comme un serpent". J'avais la deuxième partie (appelée "deuxième morsure"), mais seulement le début, suite aux désagréments du téléchargement par modem 33.6K avec WinMX.



Update: Pour ceux qui auraient de la difficulté avec les "embed" de Imeem, vous pouvez écouter la chanson sur le Myspace de M Group (alias MG).

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10.7.07

Busta Flex à 20 ans

Je n'ai encore jamais été "angoissé" par l'âge, comme certains lorsqu'ils atteignent 20 ans et se sentent vieux. Je viens de réentendre "L'esprit mafieux" d'Oxmo Puccino, avec Busta Flex, et ce dernier m'a ramené à la réalité de mon âge en disant:
J'ai 20 ans, quatre ans de rap, et 16 ans de questions...
Je viens d'atteindre 22 ans dimanche dernier. Je me souviens parfaitement quand j'avais 14 ans et que j'écoutais cette track: je commençais à rapper et je m'imaginais être capable d'en être rendu à quelque chose dans le rap à 20 ans. Me voilà aujourd'hui, ayant mis de côté le chant tout en gardant l'intérêt, et à remettre en question mes choix comme tout le monde bien évidemment. Honnêtement, ça ne fait pas grand effet quand on ne connaît pas la track, mais sachant ce que Busta Flex a démontré être capable de faire, il y a de quoi commencer à se sentir angoisser...

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Le rap et le "régionalisme" (ou "localisationnisme")

Je crois qu'une des choses caractéristique du rap est qu'il ne fait pas nécessairement attention aux "régionalismes" (qu'on peut appeler "localisationnisme", au sens où il s'agit de choses comprises par les gens qui viennent d'un endroit), que ce soit au niveau de termes de langage, d'expressions, ou même simplement de choses qui pourraient être inconnus à l'extérieur. Je prends, par exemple, la piste "Rien à perdre". Lorsqu'Akhenaton fait référence à la RTM (Régie des Transports de Marseilles), il ne s'attarde pas à expliquer ce qu'est la RTM: on comprend par le contexte, ou, à la limite, on saute et on comprendra plus tard. Même des éléments associés à la France de façon plus large, par exemple les références aux CRS entre autres sur "16'50 contre la censure" (ou sur Ma 6-T va crack-er), peuvent ne pas être accessibles aux gens outre-mer.

Pourtant, à l'inverse, c'est ainsi que j'ai appris le peu que je connais de la politique française, des banlieues de Paris ou de Marseilles. D'autres artistes ont pu utilisé ce type de "régionalismes" hors du rap: Beau Dommage en est sans doute le meilleur exemple. Je crois qu'il y a avantage à parler de sa réalité telle qu'elle est, sans tenter de la faire comprendre à tout le monde.

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20.6.07

Damien reste lui-même

J'apprécie en général le rap que peut faire Damien, son dernier album n'en fait pas exception. Vous pouvez en lire mon commentaire sur ma critique de l'album Plus que jamais. Peu importe jusqu'à quel point Damien peut faire parler de lui négativement, on ne peut lui reprocher d'avoir changé depuis son premier album. Le style est à tendance pop, dans le genre "rap de guitare", mais Damien est plutôt l'instigateur de ce genre de rap. Il reste donc authentique à lui-même sur ce nouvel album, que je vous invite à aller écouter.

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11.6.07

La culture hip-hop par Public Enemy

J'ai ajouté un essai, écrit par Olivier Boisvert-Magnen, sur Hiphopfranco, qui concerne la culture hip-hop par le biais de Public Enemy. L'article en tant que tel est intéressant, même s'il n'est pas si rigoureux en tant que preuve. Il importe par contre que de plus en plus de gens se penchent sur le hip-hop en tant qu'objet d'étude, pour quelques raisons que ce soit.

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6.6.07

Cobna: plusieurs styles de rap

Cobna - Garde un oeil ouvert
J'ai rencontré hier Cobna pour une entrevue qui sera bientôt sur Hiphopfranco. Il m'expliquait que son album comportait plusieurs styles de rap, ce qui fait qu'il plaît à plusieurs, mais rarement au complet. Je le notais par ailleurs dans ma critique sur Garde un oeil ouvert, en affirmant que le beat suit avec justesse l'émotion que le sujet décrit.

L'entrevue sera sur le site très bientôt. D'ici là, voici donc, pour l'instant, l'entrevue que j'avais fait avec le Treizième étage en novembre 2006.

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6.5.07

Quand Omnikrom émule TTC

Certains ne se gênent pas à parler d'Omnikrom comme d'un groupe parmi plusieurs "satellites" de TTC, soit qui évoluent comme une entité dissociée, mais relativement dépendante du groupe français. C'est une vision simpliste d'un groupe plus complexe. Mais, selon ce qu'on peut lire dans l'actualité, jamais ce statut de satellite n'aurait pu être aussi vrai.

Dans l'extrait vidéo qui suit, que j'ai trouvé en surfant sur un blog, Tekilatex affirme vouloir faire un album beaucoup plus pop.



C'est d'ailleurs ce que Tekilatex affirmait en entrevue sur Hiphopfranco, décrivant le phénomène même comme une "popification". Cet aspect pop entrait par contre dans une certaine opposition avec le principe d'exagération tel que l'artiste le décrivait.

Et voilà qu'Omnikrom les suivent sur la même voix, tel qu'expliqué dans un article du Voir d'ailleurs titré Le monde est pop. L'intitulé décrit le groupe comme ayant amorcé "un virage pop prononcé".
"On veut s'amuser tout en divertissant le peuple et il est évident que l'on vise un public plus large avec ce disque. On a essayé de nouvelles façons de travailler, de construire des morceaux et même de chanter, mais, en bout de ligne, rien n'a vraiment changé. C'est clair qu'on veut toujours devenir riches. Plus on va faire d'argent, plus on sera heureux."
J'espère ne pas être déçu de l'album Trop banane!

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2.5.07

Gala MU 2007: un acte de présence plus qu'une performance sur scène

Je voulais glisser un mot sur le gala MU, quelques jours après son déroulement samedi dernier. Le gala s'est bien passé, malgré une rapidité de la présentation des prix, qui, une fois débutée, a défilé un peu comme une liste de mérites plutôt qu'une véritable performance. 4 D Society a certes donné au gala un aspect très performatif, la présence d'instruments de musique dans le groupe, mais elle n'était qu'éphémère au début du spectacle.

Je crois que, dans l'ensemble, ce qui importe le plus du gala MU est sa simple présence. Que Manu Militari, Anodajay ou Boogat remporte le prix n'est pas vraiment important, et je ne crois pas que ce soit ce que les gens retiennent d'un gala destiné à la musique urbaine au Québec. Ça permet entre autres que des médias à plus grande diffusion parlent un peu de la scène rap, notamment Le Devoir. Le gala reconnaît l'existence d'une scène locale en général, et je crois que c'est ce simple acte de présence qui mérite la reconnaissance du gala par le reste de la scène locale, que ce soit de la part des artistes, les médias ou le public.

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10.4.07

Omnikrom vend des salades

Omnikrom - FM2: 24 pouces glacésJe viens d'être frappé d'une ligne rappée par un des membres d'Omnikrom, qui est la suivante :
T'achètes tout ce que l'on te vend
Nos salades aussi, t'entends?
La ligne est tirée de FM2: 24 pouces glacés, sur la piste "Achète-moi". Au-delà du petit clin d'oeil au rappeur Roi Heenok, qui, de toute évidence, se joue de nous, j'aime bien la mise en évidence de leur propre ironie. Ça ridiculise en quelque sorte les journalistes/chroniqueurs qui ne croient pas en un deuxième degré dans le rap. Louise Leduc de La Presse a fait un compte rendu intéressant de la situation. Au moins, La Presse confirme que les gouvernements laissent la place à la liberté d'expression et à l'indépendance des Francofolies.

Omnikrom - Futurs millionnaires vol.1Je suis content d'avoir critiqué négativement Futurs millionnaires, qui m'est apparu une pure provocation. Leur deuxième EP me semblait plus accompli musicalement, et aller au bout d'une pensée, ce que je respecte. Je n'ai donc pas de scrupules à ne pas avoir "anticipé" le talent du groupe Omnikrom, talent qui n'était pas nécessairement audible dans leur premier disque.

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8.4.07

Phatcademics: une seconde lecture

Il est intéressant de constater comment le rap peut parfois offrir une seconde lecture d'une oeuvre. Que ce soit par l'action du sampling, où l'artiste modifie une oeuvre initiale, ou encore, la simple sélection/modification de pièces rap qui lui préexistent.

Tel que je le fais remarquer dans ma critique de Phatcademics de DJ Phatcat, une compilation reflète souvent une certaine réalité de la période où elle a été produite. Phatcat modifie des pièces qui existaient, notamment en remixant "Rien à perdre" avec un bpm légèrement plus rapide. Tout ceci nous baigne dans l'impression déjà-vu (entendu?), mais crée un effet très intéressant de "relecture" des oeuvres que nous semblions connaître.

Enfin, bref, même après bientôt 3 ans à écrire des articles pour Hiphopfranco, je continue de renouveller l'écoute que j'ai, même (et parfois surtout) lorsque je "réécoute" des classiques.

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16.3.07

Le rap revendique dans l'immédiat: un étalage de spéculations

Dans un texte traitant du rap français "de banlieue", Jean-Michel Devésa, le 30 juillet dernier, spéculait - c'est le cas de le dire - sur l'idée que les rappeurs "issus de l'immigration" revendiquent sans vouloir mettre les efforts. Une citation vaut mille mots (oui, une citation est faite de mots, tel est toute l'ambiguïté humoristique de ma phrase):

"Frustrés, discriminés, victimes d’injustices et du racisme, les rappeurs s’érigent en porte-parole d’une jeunesse qui veut pour elles ces privilèges, immédiatement, sans attendre. Et surtout sans fournir la contrepartie de travail, de mérite, d’efforts, d’implication et d’engagement personnels sans laquelle l’accès à ces privilèges, au pouvoir et à la richesse demeure interdit ou se perd rapidement. (Dévésa, 2006)"

Où tire-t-il toutes ces informations, ces sources? On ne parle sans doute pas du même rap. Le rap américain qui a le style "véhicule de clichés" peut bien évidemment avoir comme rôle de "mettre en évidence" le star système en étalant la richesse des artistes au maximum, dans l'optique bien évidente de vendre davantage.

Mais quand 2 Neg & Mystik scandent "Finis le temps des oppresseurs, passe la main aux opprimés" (sur Ma 6-T va Crack-er, 1997), l'idée est dans un changement de mentalité, bien évidemment. "La sédition est la solution", de 2 Bal Niggets (toujours le même album), scandent "on additionne les forces pour faire face à la menace de l'État bourgeois", je crois qu'ils sont parfaitement conscient qu'accéder à une modification de la distribution des richesses passe par une lutte.

Je me questionne donc à savoir pourquoi l'auteur n'a pas cité d'artistes ou de textes particuliers pour justifier son propos. Il ne semble pas parler de Ma 6-T va crack-er, puisqu'il parle de chansons récentes, mais citer ses sources a toujours permi de mieux se justifier.

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15.3.07

Le "coup d'éclat" de Classick: mise en évidence de l'allégorie

J'ai consacré un seul petit paragraphe, dans ma critique de l'album de Classick, sur la piste "Coup d'éclat". Voici un extrait pour vous expliquer le principe que je veux développer:

"Ce track a la particularité de mélanger deux genres : le posse track et le « story-telling ». On passe d'ailleurs constamment entre deux niveaux, soit la métaphore d'un cambriolage et celui de la recherche d'une subvention."

Définissons d'abord les deux genres: le posse track est lorsqu'il y a une collaboration, sur la même piste, de plusieurs rappeurs du même "crew", "clan", "groupe", selon le cas. Mais, généralement, un posse track n'a pas de sujet précis autre que la collaboration elle-même: les artistes ont donc la liberté d'enchaîner les punchlines et les jeux de mots comme bons leur semble et sur à peu près n'importe quoi. Ici, on utilise le "story-tellin'", en bref, la track qui raconte une histoire, un genre peu exploité au Québec, et dont le meilleur exemple serait sans doute "Territoire hostile" de Sans Pression (sur 514-50 Dans mon réseau).

En plus de ce mélange, on assiste à deux "niveaux de sens". D'abord, l'idée d'une histoire d'espionnage, où les rappeurs ont une mission d'infiltration. Mais, la narration des artistes passe sans cesse à l'idée de réclamer une subvention, révélant de fait l'allégorie derrière la piste. On passe ainsi sans cesse de l'un à l'autre, mettant en évidence la métaphore plutôt que de la masquer.

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