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Suivant l'hyperlien proposé par Michelle Blanc, je vous invite à aller prendre connaissance d'une discussion autour de la différence entre le journalisme et les blogues, par rapport notamment à la conformité à un code de déontologie.
Je n'ai pas beaucoup le temps de commenter, vous m'en excuserez, mais j'y vais d'une citation trouvée dans l'article Le poids du blogue de Marie-Andrée Chouinard, hyperlié dans les commentaires du blogue en question.
Blogueur qui, faut-il le dire, se présente sous divers visages: aux côtés de celui qui pratique le blogue journalistique en utilisant Internet comme un média, comme il écrirait dans un journal, il y a celui qui fait de la chronique, puis celui qui s'adonne à l'impressionnisme partisan en affichant son inclinaison -- les Blogging Tories, par exemple. Mais il y a l'autre, plus pernicieux, qui se livre en répondant à des intérêts qu'il ne confie pas! (Je souligne)
Désolé encore que ça rejoigne mes idées sur les intentions. Quelqu'un qui confie ses intentions nous met-il plus à l'abri de ses propos? Je crois que la plupart des gens ont intérêt à se méfier de ce qui est écrit, peu importe de quelle allégeance la personne se dit garante (qu'elle soit d'allégeance partisane, ou d'allégeance "intérêt public", s'il était vraiment possible de l'être).
Libellés : Blogs, Intentionnalisme, Journalisme, Politique
publié par Simon Dor @ 10:12
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Le cours Cinéma, littérature et médias m'a emmené à me questionner sur la question de la "prétention" des textes. Autour de la notion d'essai, nous avons discuté autour de l'idée qu'un texte puisse prétendre ou non à l'exhaustivité par rapport à son objet d'étude.
J'ai beaucoup de présupposés qui me sont instinctifs, qui sont des croyances je l'admets, mais qui me dirigent dans ce que je fais, que ce soit à l'université ou ailleurs. Je ne crois pas à la nature ou à l'essence des choses (à l'être). Dans un ordre d'idées semblable, je ne crois pas que l'intention d'un auteur soit une clef qui prenne le dessus sur le reste pour l'interprétation d'un texte. J'ai donc des présupposés, des raisons de ne pas faire quelque chose, sans toutefois être capable de prouver pourquoi. J'attends de le lire quelque part ou d'être en mesure de moi-même en faire une preuve valable. Je crois que si ce genre de présupposés n'existait pas en moi, rien ne m'inciterait à faire des études.
Tout ça pour dire que, dans le cadre du séminaire, je me posais la question à savoir si un texte peut prétendre par lui-même? C'est dans des considérations formelles que je crois qu'il peut y avoir "prétention". Je ne veux pas détailler, juste parce que c'est long, mais je veux mentionner mon idée que, si la forme peut mener à une perspective où l'auteur semble prétentieux, c'est le jugement du lecteur qui a le dernier mot.
Je crois donc que, néanmoins, on peut aborder un texte sans le voir comme "prétentieux". Autrement dit, si un texte nous incite à le considérer prétentieux ou non, je ne crois pas qu'il soit "par essence" prétentieux. En ce sens, je ne prétends rien avec mon blogue.
Certains ont pu prétendre que je prétendais maîtriser, mais je n'en crois rien. Et peu importe ce que j'en croirais, je ne crois pas que ça changerait quoique ce soit pour vous. Je crois que de ne pas remettre en question la pensée de l'auteur sur son propre blogue est une convention, que je vous invite ici à transgresser.
Voilà pourquoi, dans le cadre de ce blog, je ne prétends pas avoir la vérité. Je ne prétends pas avoir "plus raison que vous autres". J'invite les lecteurs à remettre en question ce que je dis, même si vous n'êtes pas certains, même si vous croyez n'avoir qu'une partie d'un problème (ex: "Ce que tu dis là n'a pas de sens, pour telle raison, mais je ne sais pas ce qui serait mieux".). Je ne vous prêterai aucune intention dans vos actions, je ne ferai que considérer l'ensemble comme un espace de discussion, comme des "mondes possibles", où chacun de toute façon peut prendre et laisser ce que bon lui semble. N'hésitez pas à poser des questions si ce que je dis n'est pas clair pour vous, n'hésitez pas à commenter si vous voulez apporter autre chose dans la même lignée, n'hésitez pas à mettre des hyperliens si vous croyez qu'ils enrichissent le sujet. Je ne veux pas être le juge de ce qui est vrai ou non, n'hésitez pas à me faire mentir, voilà l'un de mes objectifs avec ce blogue, et je crois que les lecteurs comme moi-même n'en seront que plus intéressés.
Je remercie d'ailleurs Dominic Arsenault d'être allé en ce sens dans certains billets, en remettant en question mon idée des "stratégies dominantes" et de l'intentionnalisme. Il est fort à parier que je vais répondre aux commentaires - et que j'aurai l'air de mal le prendre en y répondant peut-être amèrement -, mais ça ne veut pas dire que le commentaire ne m'aura pas pousser à réfléchir pour modifier ma pensée.
Merci aux lecteurs de ne pas tout approuver. Mais je vous remercierais une seconde fois lorsque vous vous manifesterez en n'approuvant pas.
Je pourrais résumer ce post en trois mots: "Come on, commentez."
Libellés : Auteur, Blogs, Intentionnalisme
publié par Simon Dor @ 10:27
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Libellés : Analyse, Intentionnalisme, Van Dormael
4 ans après sa rédaction, j'ai plusieurs réserves sur mon texte sur la temporalité dans Toto le héros de Jaco Van Dormael. En voici une claire et nette:Puisqu’il possède des éléments irréalistes et plus ou moins incohérents, que nous verrons particulièrement par la temporalité des séquences et de la narration, qu’est-ce que le réalisateur, Jaco van Dormael, avait comme objectif en rendant son film déroutant?
Certains connaissent mon penchant anti-intentionnaliste qui s'est manifesté à plusieurs reprises à travers ce blogue.
Reste que, comme d'autres textes publiés entre 2002 et 2005, je n'en avais pas encore fait de lien à partir de mon blogue. Ce lien permettra aux gens qui veulent intervenir sur ce film (ou cette analyse) en particulier de le faire.
N.B. Il en manque un schéma, que je tenterai d'intégrer lorsque j'aurai le temps de me pencher sur les problèmes technologiques que cela implique.
Image tirée de http://www.cinergie.be/endvd.php?action=display&id=11.
publié par Simon Dor @ 18:55
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Je déteste l'expression "leçon de cinéma", encore moins "classe de maître" ("master class" en anglais). Je n'ai jamais assisté à une telle activité. Elle consiste globalement, selon ce que j'en sais, à une rencontre avec un cinéaste, qui parle de la manière dont il fait ses films. Rien de personnel envers Arnaud Desplechin, dont je ne connaissais jusqu'à présent ni le nom, ni la filmographie. De telles rencontres ont eu lieu énormément par le passé et auront encore lieu longtemps. Libellés : Auteur, Cinéphilie, Desplechin, Hagiographie, IntentionnalismeLe film comme médiateur indésirable des intentions d'un Auteur
J'entame donc mon reproche en bonne et due forme.La leçon de cinéma donne à entendre ce que l’écran dissimule: les intentions intimes du réalisateur, ses références et ses influences ou encore sa méthode d’écriture et de direction des acteurs.
Je réitère pour une énième fois mon idée sur les intentions des auteurs. J'aime particulièrement l'expression "donne à entendre ce que l’écran dissimule". Elle entend que le film cache quelque chose, qui implicitement est peut-être à chercher. Notons que l'écran ici n'est pas fondamental: il joue un rôle d'inhibiteur, il bloque l'accessibilité aux intentions de l'auteur, au lieu de nous permettre d'y accéder. Comme si notre activité cinéphilique n'avait pour objet que d'accéder à un univers, dont l'essence serait donnée dans ce type de rencontres. Film, écran, ne seraient que médiateurs d'une pensée, une pensée qui, dans un monde idéal, se transmettrait directement de personne à personne. La présentation prétend en quelque sorte que la parole atteint mieux le même objectif que le film. Dans ce cas, parlons au lieu de faire des films.L'atmosphère hagiographique
J'ajouterais aussi la présence d'une atmosphère hagiographique qui se dégage du texte de présentation, qui je suppose teinte aussi la conférence elle-même:Arnaud Desplechin, scénariste de la vie, dialoguiste aux mots implacables, grand maître de la direction d’acteurs et metteur en scène d’un quotidien en bouleversement, révèlera quelques secrets de réalisation aux étudiants en cinéma et au grand public.
Privilégiés seront ceux qui capteront ces secrets, révélés par le maître, celui qui sait et qui connaît ce dont tout le travail des chercheurs en cinéma vise à mettre en lumière.La fonction de ce type de rencontres
Je suis conscient qu'il y a une fonction à ce type de rencontre, qu'elle procure probablement quelque chose de différent que l'audiovision d'un film. Le problème que j'y vois, c'est qu'elle donne des "clefs de lecture approuvées" des films du réalisateur, une sorte de "regarde, peu importe ce que tu en dis, le réalisateur a dit que c'était ce qu'il voulait faire à la rencontre". Mais je sais que des gens peuvent apprécier ce genre de rencontres, notamment car, si on aime les films qui nous portent à réfléchir sur la manière dont les choses sont construites en images et en sons, pourquoi une rencontre plaçant une réflexion intéressante là-dessus ne serait-elle pas pertinente aussi? Mais en quoi une "leçon de maître à élève" est-elle une réflexion?
Personnellement, êtes-vous déjà aller ou iriez-vous à ce genre de rencontres? Pourquoi?
publié par Simon Dor @ 22:39
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Libellés : Intentionnalisme, Jeux vidéo, Juul, Signification, Éthique
Un jeu vidéo, intitulé Muslim Massacre, met en scène un personnage américain qui doit tuer tous les musulmans du monde. Pour des questions éthiques, je n'aurais pas fait ce jeu, mais la question de "ce jeu est-il xénophobe?" est quand même intéressante, puisqu'il s'agit de savoir comment un jeu peut signifier.L'amoralité des jeux en eux-mêmes?
Jesper Juul semble défendre l'idée qu'un jeu - en lui-même - ne vient pas signifier une chose précise. Il prend l'exemple du Monopoly, qu'il compare à un jeu qui tenta d'aller à l'inverse moral du jeu, Anti-Monopoly. Sur le plan des règles, comme sur le plan de la fiction du jeu (acheter des terrains, ruiner les autres, etc.), les deux jeux sont identiques, sauf pour le nom des pièces (en gros, on brise des monopoles au lieu de les créer). Juul en déduit que le jeu peut être interprété à la fois comme promotion et rejet de la création de monopoles (Juul, 2005: 192-193). Une interprétation du Monopoly devrait être plus complexe que "c'est bien ou c'est mal de faire ce que le jeu nous propose de faire".
Le changement des noms est pour moi un changement important dans la fiction, voilà pourquoi je crois qu'il y a une signification. Je ne crois pas qu'un jeu a à proposer une signification complète pour qu'il y ait une signification. Le fait que le monde soit composé exclusivement de monopoles dans le jeu est en soit signifiant, qu'on l'interprète comme positive ou négative. Elle propose des pistes de signification qui laissent le choix au joueur d'interpréter d'un côté ou de l'autre. La démarche de Juul se conclut en disant qu'il ne faut pas faire des interprétations littérales et naïves de jeux.Le sens de Muslim Massacre
Difficile dans le cas de Muslim Massacre de dire ce que représente le jeu. Chose qui est sûre, il devient difficile de se baser sur les intentions de l'auteur:Chacun est libre d'interpréter le jeu comme il veut. Je ne sais plus moi-même ce qu'il représente. J'ai eu du plaisir à le créer et c'est amusant à jouer, un point c'est tout. (Sigvatr, cité dans Mali Ilse Paquin, Un jeu vidéo invite à tuer tous les musulmans de la planète)
Il semble que "[b]eaucoup l'interprétaient comme une parodie poussée à l'extrême de la politique étrangère américaine", ce qui est une interprétation qui se tient. Par contre, l'argument de "provocation" se tient aussi. Je ne crois pas qu'il faille dans ce cas assumer que le jeu fait l'un ou l'autre, mais qu'il fait les deux à la fois, ou chacun leur tour, car c'est précisément l'effet qu'il cause, et il me semble que l'effet est plus intéressant que la recherche de l'intention.Référence
Juul, Jesper, "What a Game Means", Half-Real. Video Games between Real Rules and Fictional Worlds, Cambridge, MIT Press, 2005, p.191-196.
Paquin, Mali Ilse, Un jeu vidéo invite à tuer tous les musulmans de la planète, http://www.cyberpresse.ca/article/20080912/CPMONDE/809120873/-1/CPMONDE (page consultée le 12 septembre 2008).
publié par Simon Dor @ 12:00
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En d'autres mots: est-ce possible de ne pas considérer l'idéologie explicite d'un auteur - que celle-ci transparaisse dans le texte ou non - en lisant son œuvre? Libellés : Céline, Heidegger, Idéologie, Intentionnalisme, Rohmer
Par exemple, j'ai de la difficulté à ne pas grincer des dents chaque fois que j'entends le nom de Céline. J'essaie aussi de ne pas juger trop rapidement Heidegger, qui à prime abord m'intéressait. La tentation (voire l'embrassement) du nazisme de ces deux auteurs m'emplit d'une haine à leur égard.
Cette opinion relativement ancrée de manière émotionnelle en moi contredit légèrement voire fondamentalement ce que je dis sur les intentions des auteurs et leur considération pour analyser des œuvres. En même temps, je me dis que je déteste les auteurs, mais pas leurs œuvres nécessairement. En plus que, objectivement (dans certains cas), on ne peut pas savoir quels étaient les réels sentiments qui les ont poussé à s'aventurer dans le national-socialisme (ou s'ils y ont plaidé réellement allégeance). Pourtant, difficile de regarder objectivement des films d'Éric Rohmer sachant ses tendances d'extrême-droite.
C'est un exemple de choses qui fonctionnent en théorie mais difficilement en pratique.
publié par Simon Dor @ 13:10
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Je suis souvent réticent face aux "règles de l'art", c'est-à-dire des méthodes plus ou moins considérées comme infaillibles pour qu'un certain art fonctionne. Je m'explique de plus en plus pourquoi ces règles de l'art peuvent fonctionner. Libellés : Intentionnalisme, Photographie, Rabinowitz, Règles de l'art, Suspense
Par exemple, dans son article qui se veut une introduction à la composition en photographie, Yanik Chauvin parle des règles de composition qui font qu'une photo est belle. À la base, il parle de beauté sans la définir, mais il serait lourd de devoir à ce point définir ses termes à chaque fois. Cette idée de beauté ne pose pas nécessairement problème à mon sens. On comprend que ce qu'il expose permettra à en arriver à quelque chose qui s'approche du beau (ou que du moins la plupart des gens trouveront beau).
Mais, Chauvin décrit plus en détails ce qu'il entend par "beau", très rapidement, lorsqu'il décrit la règle de la simplicité:Remember that you want to draw your viewer to the main subject of the photo as quickly and instinctively as possible.
Là où je vois un problème, c'est qu'il ne parle plus ici de faire quelque chose de beau, mais qu'il spécifie en détails que, ce qu'on veut, c'est mettre en évidence notre sujet. Bref, une chance que quelqu'un me rappelle quelle était mon intention, je l'avais oublié.
Au fond, bien sûr que la règle de "rester simple" fonctionne dans tous les cas où on assume que l'artiste veut que le regardeur porte un regard rapide sur le sujet principal. En ce sens, la règle en question s'arrange pour que les prémisses sur lesquelles elle repose sont les intentions de l'auteur.
Idem pour les règles d'un suspense. Oui, il faut garder dans tout suspense l'attention sur les détails importants (Rabinowitz), mais uniquement parce qu'on assume l'intention que l'auteur veut faire un suspense. Par définition, c'est ce qu'est un suspense. Dès que quelqu'un dérogerait de l'idée de garder l'attention de son spectateur, on ne parlerait plus de suspense. La règle ne se contourne donc jamais, puisqu'elle ne fonctionne que dans un contexte où elle existe par définition.
J'ai déjà affirmé être plutôt contre les idées intentionnalistes, et je crois bien que tout ceci fait partie des raisons. Il semble que la plupart du temps, les intentions d'un auteur sont assumées plutôt que réellement sues.
publié par Simon Dor @ 13:35
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L'une des questions où j'ai le plus pris position autour des réflexions de mon cours Introduction à la philosophie de l'art est la question de l'intention. À quel point est désirable la connaissance des intentions de l'auteur dans l'interprétation d'une œuvre d'art? Il y a deux questions qui sont nécessaires à remplir avant de pouvoir aller plus loin. D'abord, dans quelle optique utilise-t-on les intentions? Dans l'idée d'une interprétation? Dans l'idée d'un jugement? Ensuite, la question qui pousse le questionnement plus loin : qu'est-ce qu'une interprétation? Commençons par la première question, à propos d'un discours anti-intentionnaliste. Wimsatt et Beardsley, dans leur texte En allant vers le « Qu'est-ce qu'une interprétation? », je crois qu'on relativise le questionnement. C'est vers là que je veux tendre ici. Une analyse formelle d'un film, par exemple, peut souvent se structurer de la sorte : mise en évidence de certains éléments du langage cinématographique structurés entre eux, puis proposition d'une interprétation de leurs rapports logiques, ou proposition d'une fonction. C'est d'une manière très semblable que Bordwell et Thompson parlent d'une analyse stylistique. Il reste qu'on peut se poser une question très simple : qu'est-ce qu'une interprétation? Qu'est-ce qu'une fonction? Pour plusieurs, trouver une interprétation à un film se résume à la phrase suivante : « Trouver un sens entre les éléments qui se rapproche le plus possible du sens visé par l'auteur. » Dans cette optique, bien sûr qu'il faut tenir compte des intentions. Je crois dans ce cas-ci que, tenir en compte des intentions est relatif à la question qu'on tente de mettre en lumière dans une analyse. Je crois qu'il s'agit de « preuves » uniquement dans la mesure où on les tient comme « axiomes relatifs » à notre analyse. Tentons de voir comment ça peut fonctionner. Par exemple, je regarde tel film, je lis telle entrevue avec le réalisateur, et il me semble que ce qu'il nomme ses « intentions » ne concordent pas avec ce que je vois. Je fais donc une analyse comparative entre les éléments de l'entrevue en question et le film lui-même. Ou, avec une phrase du genre, « en prenant les entrevues avec Tarkovski comme prémisses, nous tenterons de voir jusqu'où on peut pousser notre interprétation de la zone dans Stalker comme la religion au sein du régime de l'URSS ». Dans celle-ci, sans que les intentions ne soient notre norme, ils deviennent une prémisse que l'on tient pour acquis et qui permet de trouver un sens à des éléments du film qui n'ont pas nécessairement été mis en lumière par des entrevues avec le réalisateur. Tant et aussi longtemps que personne ne vienne dire : « Mais la roche attachée avec une corde qu'ils lancent ne peut pas symboliser la Foi, car le réalisateur a dit que ça symbolisait la libération du culte de Staline. » Là où le raisonnement devient fallacieux, c'est quand on tente de proposer des fonctions à des éléments d'un film, mais qu'un étudiant dans le cours trouve le moyen de constamment revenir à l'entrevue avec le réalisateur dans le DVD. Comme si cette entrevue devenait une « norme » (terme de Wimsatt et Beardsley) pour savoir ce qui reste et ce qui doit être écarté. Malheureusement, encore beaucoup d'étudiants du cinéma fonctionnent de cette manière. Par ailleurs, il faut se rappeler que, dans beaucoup d'analyses, les intentions ne viennent pas tenir un rôle important. Si, par exemple, je veux mettre en évidence comment tel élément du montage est exploité dans tel film, ou comment tel film joue avec nos attentes en terme de genre filmique. Souvent, c'est d'un point de vue de spectateur que l'analyse tente de mettre en évidence certains éléments. Ce type d'analyse peut-il être considéré comme une interprétation d'une œuvre? Difficile d'en être tout à fait convaincu, mais quelqu'un qui répondrait que « non » consoliderait l'idée que l'interprétation n'est question d'intention que puisque l'on définit « interprétation » comme ce qui se rapproche le plus de l'intention de l'auteur. Cette dernière définition serait une définition fallacieuse d'interprétation, car elle ne ferait que jouer sur les mots. Bien sûr que l'intention doit être prise en compte dans une interprétation si cette dernière n'est que ce qui est lié à l'intention. Il semble donc que, ce qui est fallacieux, ce n'est pas simplement la prise en compte de l'intention, mais aussi carrément l'emploi du mot « interprétation ». Je dois encore décortiquer les sens possibles de ce mot, notamment en me référant à la distinction compréhension-interprétation de Bordwell (merci à Dominic!) Référence : William K. Wimsatt Jr. et Monroe C. Beardsley, « L'illusion de l'intention » (trad. de l'anglais de « Intentional Fallacy »), in Danielle Lories, Philosophie analytique et esthétique, Paris, Klincksieck, 1988, p.223-237. Libellés : Auteur, Beardsley, Bordwell, Intentionnalisme, Philosophie, Tarkovski, Thompson, Wimsatt
« L'illusion de l'intention », précisent qu'ils parlent de la prise en compte des intentions dans l'optique d'un jugement : Nous soutenions que le dessein ou l'intention de l'auteur n'est ni disponible ni désirable comme norme pour juger du succès d'une œuvre d'art littéraire […]. (Wimsatt et Beardsley, 1988, p.223).
Leur argumentation soutient donc que, dans une critique littéraire, les intentions sont à éviter, pour plusieurs raisons qui seraient longues à expliquer (l'article de Wikipédia sur l'« intentional fallacy » peut en donner un aperçu). Je soutiens personnellement un point de vue semblable à Wimsatt et Beardsley, car je crois que les intentions d'un auteur ne sont par ailleurs pas nécessairement claires, voire elles ne sont pas du tout accessibles (même à lui-même). Il devient donc « fallacieux » de prétendre pouvoir en tenir compte dans une interprétation.
publié par Simon Dor @ 11:33
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