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10.12.07

La suprématie de l'auteur sur l'oeuvre

Lors de ma lecture d'un entretien avec Abbas Kiarostami, je suis surpris de constater qu'il semble adhérer à l'idée qu'un auteur doit tout connaître sur son univers diégétique, même ce dont le texte filmique n'évoque pas:
Cela me fait penser à une anecdote sur Balzac qui, lors d'un Salon, s'attarde devant un tableau représentant une ferme avec une cheminée fumante dans un paysage neigeux. Il demande au peintre combien de personnes vivent dans cette maison. Le peintre répond qu'il ne sait pas. Balzac rétorque: "comment cela se fait-il? Si c'est toi qui a peint ce tableau, tu dois savoir combien de personnes y habitent, quel âge ont les enfants, si leur récolte a été bonne cette année et s'ils ont suffisamment d'argent pour donner une dot de mariage à leur fille. Si tu ne sais pas tout sur les personnes qui habitent cette maison, tu n'as pas le droit de faire sortir cette fumée de leur cheminée. (Kiarostami, cité dans Nancy, 2001 : 93)
Difficile d'être d'accord avec lui, dans la mesure où ces éléments ne sont ni dans le texte, ni déductibles de celui-ci.
Un peintre doit connaître ce qu'il ne montre pas. Sur ce petit cadre qui lui appartient, il doit tout savoir. (Kiarostami, cité dans Nancy, 2001 :93)
Au-delà de ma rétience face à l'aspect prescriptif de son intervention (l'utilisation du verbe "devoir"), l'auteur a-t-il le contrôle sur le hors-champ, cet espace par définition déduit par le spectateur? Dans certains cas, son intervention sur l'information qu'il donne au spectateur peut entraîner un hors-champ assez précis, mais certaines déductions sont incontrôlables. A-t-il de toute façon l'autorité de déterminer ce qui est vrai ou faux parmi ce qui n'est pas montré ni déductible? Roland Barthes s'est déjà penché sur la question, sur laquelle j'aime bien revenir de temps en temps (et sur laquelle je reviendrai probablement beaucoup plus exaustivement un jour).

J'avoue que tout ceci m'a fait pensé à la controverse récente à propos de l'homosexualité de Dumbledore. Difficile de dire que Dumbledore est homosexuel, puisque rien n'est spécifié dans le texte [je ne viserais pas à prouver qu'il est hétérosexuel, car rien n'est mentionné là-dessus non plus]. Je ne suis pas adepte de la théorie qui veut que l'auteur, lorsqu'il dit quelque chose sur son oeuvre, en soi le maître même une fois celle-ci terminée. Même Rowling met des nuances, rejetant de ce fait l'idée que son intervention hors du texte soit prise comme une vérité absolue: «Pour être franche, j'ai toujours pensé que Dumbledore était homosexuel» (c'est moi qui souligne).

Tout ceci pour revenir à Kiarostami qui, un peu plus tôt que son intervention précédente, donnait les clefs qui permettaient de le contredire.
Chacun construit son propre film, qu'il adhère à mon film, le défende ou s'y oppose. (Kiarostami, cité dans Nancy, 2001 : 89;91)
Référence: Jean-Luc Nancy, L'évidence du film: Abbas Kiarostami / The evidence of film : Abbas Kiarostami, Bruxelles, Yves Gevaert, 2001, 95 p.

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26.10.07

Falloir avoir vu quelque chose

En faisant mes recherches pour mon texte du cours Cinéma documentaire, je tombe sur un article dont l'introduction vient particulièrement faire écho à certaines de mes réflexions. En réponse donc à tout ceux qui me disent la fameuse phrase: "Mais, tu es en cinéma et tu n'as jamais vu ce film...?", je leur répondrai dorénavant:
J'ai du mal à aller voir les films dont on dit qu'il faut les avoir vus: j'attends que m'en vienne le désir. Ainsi je laisse passer sans les voir des films qui parfois m'intriguent; je les laisse mûrir au loin dans le temps; tôt ou tard vient le moment où le film est prêt à être cueilli. Ou plutôt c'est moi qui me sens libéré de toute allégeance quand le film a passé son temps de conquête et qu'il s'éloigne enfin dans l'imparfait. (Biette, 1992: 129)
Je voudrais ajouter un petit bémol, sans vouloir faire de l'ombre à ce passage. L'article que je citerai probablement pour mon texte - autre chose que ce passage, vous aurez compris - ne sera pas utilisé de par ses qualités analytiques (ici, par rapport au film Nema-ye Nazdik d'Abbas Kiarostami (Close-Up, 1990)), qui sont plutôt manquantes, mais par le fait que l'article est écrit peu après la sortie du film en salles (en 1991 en France), et qu'il est un exemple de réception du film par la critique.

Référence: Jean-Claude Biette, "À pied d'oeuvre", Trafic, no 2, printemps 1992, p.129-139.

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21.7.07

La suprématie du fun: un exemple

J'attire simplement votre attention sur un article d'André Habib dans le Hors Champ, que je n'avais pas lu au moment où il était d'actualité (septembre 2006). L'article traite d'une intervention de deux individus à Tout le monde en parle, à propos des films Le goût de la cerise de Kiarostami et Free Zone d'Amos Gitaï. En voici une citation pour vous préparer au pire:
Selon lui, ce film, « en plus d'être plate », de « raconter une histoire déprimante » (« c'est l'histoire d'un gars qui cherche quelqu'un pour l'enterrer parce qu'il veut se suicider… C'est-tu déjà assez déprimant à ton goût ! (sic) », expliquait-il, provoquant immédiatement l'hilarité de tous les invités), le film aurait le démérite supplémentaire, aux yeux visiblement aguerris de M. Sauvé, d'avoir « gagné la palme d'or à Cannes » !
On semble en être rendus là.

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