Réflexions et recherches d'un universitaire

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21.10.08

Pour la pureté des concepts théoriques

Il faut que j'explique ce que j'entends en disant que je prône la pureté des concepts théoriques, car ça ne signifie pas pour moi que ce soit dans une logique binaire; que, par exemple, il y ait une catégorie "Horreur" et qu'on puisse avec certitude dire quelque chose y entre. Je suis dans l'idée que, si on crée un concept, il vaut mieux le conceptualiser de sorte qu'il entre dans une définition claire et sans équivoque. À savoir si le monde réel entre dans notre concept, c'est une autre histoire. Mais tant qu'à créer un concept théorique, autant s'assurer qu'il a une définition qui fonctionne en elle-même, que le concept soit une chose "par définition".

Les choses "par définition"

Un exemple précis: pour le cours Cinéma, littérature et médias, donné par Silvestra Mariniello, nous avions comme premier travail à dire si un événement, selon une définition précise, était "représentable". Il aurait été vain de dire "ça dépend, les choses ne sont pas si claires, c'est selon chaque événement". Puisque le concept théorique "événement" n'existe pas dans la nature, à quoi ça sert de cultiver une ambiguïté? L'événement, par définition, n'est pas représentable. À savoir si l'événement théorique existe dans la vraie vie, hors des concepts théoriques, c'est une autre chose.

L'exemple de Todorov et des genres théoriques : la "pureté" théorique n'implique pas la distance d'avec la réalité

Todorov, dans sa conception des genres littéraires, proposait un modèle qui distinguait les genres théoriques des genres historiques. Le premier est une classification qui repose sur l'analyse a posteriori des œuvres littéraires, suivant une cohérence, tandis que le second type de genres tient compte de la manière dont on a appelé les œuvres dans leur contexte de réception initial.

Le problème avec cette conception, c'est qu'il faut réfléchir à la fonction des genres théoriques. À quoi ça sert, en effet, de créer des concepts de "genres théoriques" s'ils ne servent pas à l'analyse de genre. Si le genre théorique correspond à des critères de cohérence, c'est-à-dire à des liens observables entre des œuvres, ne fonctionne-t-il pas sous un principe tautologique de distinction? Autrement dit, tout film qui contient principalement de l'humour est une comédie, et toute comédie contient principalement de l'humour. Dans ces circonstances, à quoi sert le genre théorique? Quelqu'un connaissant davantage Todorov que moi pourra peut-être faire avancer la discussion là-dessus.

Conclusion: la pureté des concepts fonctionnels?

Au final, il me semble essentiel que, lorsqu'on veut définir nos concepts "théoriques", on les décrive sans équivoque, sans laisser d'ambiguïté quant à ce à quoi on fait référence, que cette idée abstraite puisse exister ou non dans la réalité. Par exemple, la justice est une idée qu'on est capable de conceptualiser, sans toutefois qu'on puisse toujours discriminer ce qui est juste et ce qui ne l'est pas dans la vraie vie. Par contre, il me semble essentiel de ne pas "sur-conceptualiser", c'est-à-dire créer des concepts sans être capable de leur trouver une fonction. Ça peut être utile, oui, de conceptualiser les choses sans nécessairement en avoir une idée claire immédiate; il me semble par contre que de s'embourber dans trop de concepts peut au contraire nous faire perdre de vue ce à quoi on veut réellement réfléchir.

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publié par Simon Dor @ 22:44   0 commentaires Liens vers ce message blog




17.10.08

Le jugement indéterminé de Lyotard

J'ai déjà affirmé chercher le "degré zéro" des choses, c'est-à-dire tenter de trouver des concepts qui puissent unifier une pensée en un système cohérent, suivant Socrate. Il semble que Jean-François Lyotard propose une manière de penser qui aille à l'encontre de celle-ci.

La définition générale versus le jugement indéterminé

Plutôt que de chercher une définition générale, des concepts bien définis, Lyotard préconise un jugement indéterminé, c'est-à-dire un jugement qui ne se base pas sur des préconceptions. Lyotard définit l'événement comme quelque chose qui ne s'inscrit pas dans une totalité, dans un "grand récit" qui lui confère un sens. En fait, une fois qu'on l'inscrit dans ce système logique de causalité, il perd quelque chose, que Lyotard nomme "l'événementialité".

Qu'est-ce que l'événement?

L'événement se définirait simplement comme tout ce qui ne peut se réduire à un système linguistique (ou autre) fondé sur des oppositions. Il brise les cadres référentiels qui tenteraient de l'englober (ou, à l'inverse, ces cadres référentiels le briseraient en tant qu'événement). On peut douter de son existence. Mais j'ai souvent l'impression de ne pas être en mesure d'expliquer certaines choses en les réduisant à un concept unificateur. Je tente parfois moi-même de trouver des principes qui unifieraient ma pensée en certains "critères" communs. Nous faisons parfois bien des choses inexplicables, sans raison(s), qu'on n'arrive pas à réduire à notre plus simple expression, et qui perdraient probablement une bonne couche de sens si on tentait de les unifier dans l'ensemble logique de nos actions.

La limite du jugement indéterminé

Mais, en même temps, ce jugement indéterminé me semble impossible. Peut-on arriver devant quelque chose sans appréhensions? Arriver devant un film sans attentes, c'est plutôt inconcevable, ne serait-ce que d'avoir l'attente qu'il y aura des images qui apparaîtront, des sons qu'on entendra, etc. Le jugement indéterminé me semble utopique, mais c'est peut-être l'idée d'un jugement indéterminé qui est réaliste.

Je ne suis par contre pas encore positionné à savoir si l'idée d'un jugement indéterminé n'est pas elle-même un système logique, une manière d'appréhender les choses de telle sorte qu'on s'attende à ce qu'elles ne puissent pas s'inscrire dans notre système logique habituel. Toutes ces réflexions me viennent du séminaire Cinéma, littérature et médias donné par Silvestra Mariniello, et dans le cours, certains évoquaient des films précis comme "catalyseurs" d'événements (disons-le comme ça). Pourtant, je ne peux me faire à l'idée que les spectateurs qui vont voir, par exemple, un film de Gus Van Sant, n'ont pas d'appréhensions quant au type de contenu qu'ils vont voir; même le premier film de Van Sant qu'on a pu voir a (probablement) rapidement fait jaillir tout un type de cinéma qu'on peut avoir connu avant. Le premier de ce "type" était peut-être un événement, mais j'ai de la difficulté à croire que notre souvenir de cet événement ne se soit pas modifié à travers les discours qu'on a pu entendre sur ces films dans nos cours de cinéma.

Utopie, peut-être. Mais utopie très intéressante à réfléchir à.

Références

Lyotard, Jean-François. 1971. Discours, figure. Paris : Klincksieck. 428 p. [info]

Readings, Bill. 1991. Introducing Lyotard. Art and Politics. London/New York : Routledge. 184 p. [info]

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publié par Simon Dor @ 12:35   0 commentaires Liens vers ce message blog




27.9.08

On s'entend, ça n'a pas de sens

Je suis en train de lire Discours, figure de Jean-François Lyotard, qui parle des deux sens du mot "sens":
  1. sensible (les cinq sens);
  2. signification (ça n'a pas de sens).
Il y a nécessairement une confusion entre ces deux, car ils renvoient à deux univers très différents souvent utilisés en opposition, comme dans l'affirmation: "C'est par les sens qu'on trouve un sens au monde."

Parmi les définitions d'"entendre", il y a entendre comme "Percevoir grâce à l'ouïe.", bien sûr. Mais aussi "Saisir par l'intelligence, comprendre". Encore une fois, il peut y avoir des problèmes. L'un est dans le sensible (dans le sens des cinq sens, vous comprendrez), l'autre, dans la réflexion (l'entendement).

Si les mots sont créés par leur usage, je me demande comment on a pu en arriver là.

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publié par Simon Dor @ 15:54   0 commentaires Liens vers ce message blog




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