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15.2.08

Une définition pragmatique: art, jeu et films

Je ne l'ai pas encore mentionné ici, mais j'ai été responsable de la technique lors d'un colloque en octobre dernier, organisé par le groupe de recherche Cinéma et oralité à l'Université de Montréal. Le colloque, qui s'est déroulé du 24 au 27 octobre 2007 à la maison Ludger Duvernay, s'intitulait simplement Pratiques orales du cinéma.

Je n'en parle que pour introduire une réflexion qui m'illumine depuis que j'ai assisté à la présentation d'Eef Masson de l'Universiteit Utrecht, intitulé Oral Practices in Classroom Teaching Films from the Sound Era (présentée le 24 octobre). En fait, c'est une question de classification, qui me pousse depuis un certain temps à réfléchir, à laquelle elle apporte une réponse toute simple.

Elle dit en gros dans son introduction que, pour éviter toute complication, elle propose de définir les "Classroom Teaching Films" d'une manière pragmatique - au sens de Roger Odin - c'est-à-dire qu'elle considère que les films qu'on peut entrer dans cette catégorisation sont en fait simplement les films qui ont été utilisés dans le contexte dans lequel elle nous introduit, celui de l'enseignement en classe. En fait, au lieu de leur donner des caractéristiques formelles précises, elle les définit par leur utilisation pragmatique.

On dirait que depuis, je tente de tout définir de cette manière (qui équivaut donc presque à ne rien définir). Pourquoi ne pas définir, par exemple, l'art de manière pragmatique? Ça permettrait en quelque sorte d'éviter tous les débats autour de "Qu'est-ce que l'art?" auxquels j'ai pu par ailleurs participer. Dans un certain contexte - et c'est probablement le parti de l'histoire de l'art -, si on doit définir l'art entre ce qu'il est et ce qu'il n'est pas, l'application de ce mot étant relativement différente à travers les époques, on doit probablement considérer une approche plutôt pragmatique.

Je suis aussi en train de lire l'ouvrage de Salen et Zimmerman, Rules of Play : Game Design Fundamentals (2004), qui tente sur plusieurs pages de définir le jeu. Jesper Juul a fait la même chose dans son ouvrage Half-Real : Video Games Between Real Rules and Fictional Worlds (2005). Ce travail est nécessaire pour définir de quoi ils parlent dans leur ouvrage spécifique, mais ne sert pas à définir le jeu dans une optique "universelle" (ou plutôt consensuelle).

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8.1.08

L'université et le jugement

CiNéMAS. Revue d'études cinématographiques, la théorie du cinéma, enfin en criseJe viens de lire la présentation de la dernière édition de la revue d'études cinématographiques CiNéMAS, rédigée par Roger Odin. Sa mise en contexte m'a particulièrement intéressé, car je constate que ce qu'il voit dans le milieu universitaire est assez semblable à ce que j'ai pu constaté, notamment ce que j'avais amorcé dès les débuts de ce blog sur le texte didactique versus l'essai.
La mode est à l'éloge du "je ne sais quoi", un "je ne sais quoi" qui fait, paraît-il, "le charme de l'université". (2007: 9)
Cette idée de "je ne sais quoi" est souvent ce qui fait que les gens s'accrochent à un film plutôt qu'un autre. Or, il y a un problème lorsqu'on vient à vouloir transmettre ce "je ne sais quoi".

L'on me pardonnera par ailleurs la longue citation, mais la pertinence vis-à-vis de ce qui me semble essentiel m'empêche de couper davantage.
On voit bien ce qui se profile derrière ce "je ne sais quoi": enseigner le cinéma, c'est former le goût des étudiants. Former le goût: on reconnaît, là, la "mission" que se donnent certains critiques de cinéma, les meilleurs... [...] Mais l'université n'est pas la critique. Que le critique cherche à faire partager son goût, pourquoi pas? Mais enseigner le goût à l'université? [...] On peut accepter que l'enseignant universitaire se place au-dessus de l'étudiant en termes de compétences, mais en termes de goût, de quel droit le ferait-il? Cela ne veut pas dire que les questions de goût doivent être absentes de l'enseignement à l'université, mais il s'agit alors de tenter de conduire l'étudiant à s'interroger sur la façon dont se produisent, se forment et se transmettent les (divers) jugements de goût. En bref, ce sont des questions qu'il faut enseigner, pas des jugements.
Tout ceci est fort éloquent quant à une manière d'introduire à définir les études cinématographiques et la théorie du cinéma versus d'autres discours sur le cinéma. Il fera très certainement partie de mon éventuelle section sur l'introduction aux études cinématographiques.

Référence: Roger Odin, "Présentation", CiNéMAS. Revue d'études cinématographiques, "La théorie du cinéma. Enfin en crise", vol.17, nos 2-3, p.9-32.

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