Cet article est paru à l’origine sur Hiphopfranco.com; date de parution approximative.

On dit souvent que la musique du hip-hop est le rap; beaucoup de producteurs, créateurs de pièces instrumentales, ont réussit à nous prouver le contraire en plaçant sur des albums de la musique appartenant au mouvement hip-hop sans qu’un rap ne s’y place (notamment le collectif Atach Tatuq). On nous prouve qu’il s’agit de hip-hop non seulement par les éléments similaires aux instrumentaux de rap, mais par les techniques qui sont sensiblement les mêmes (sampling, structure en leitmotiv, etc.).

Dnt s’inscrit dans cette lignée avec son dernier EP, Beatwalker, qui prouve qu’une création intéressante existe dans la production d’instrumentaux, et qu’il y a parfois une expression dans la musique en soit, parfois une simple volonté esthétique. Producteur des rappeurs Supercharger et Bobby Fisher, son art s’apprécie différemment, mais reste en rupture avec la grande majorité de la production, tout comme les paroliers qui se juxtaposent à sa musique.

Même s’il utilise à quelques reprises la citation par l’échantillon, la presque totalité du disque est composée seulement d’instruments. Sa musique, véritablement un art de la rupture du son, est véritablement bien efficace; sauf évidemment pour ceux qui n’apprécient que le rap.

Le montage sonore est la grande force : la combinaison d’éléments indépendants qui n’ont pas l’habitude d’être ensemble crée un nouveau sens intéressant; on peut écouter chaque son dans son sens unique, mais aussi simplement se laisser guider par l’harmonie crée entre eux.

C’est ainsi qu’on passe d’une musique harmonieuse joviale (« Cutup ») à quelque chose de plus fracturé et de plus troublant (« Tommy » ou « Prez »); le style n’est jamais de club ni triste, mais il couvre une bonne zone de types de son, une atmosphère plus étrange, un aspect nocturne et fantastique (« Mouton ») ou un plus rassurant.

À mon sens, il est clair que de telles créations doivent être entendues, et que l’expérience d’écouter un album complet d’instrumentaux et d’y apprécier l’écoute d’abord, mais aussi la narration, « l’histoire » que l’on peut se créer derrière ces sons, est véritablement spécial et brillamment réussi par Dnt.

Je répète donc que cet album n’est pas du rap, mais il fait partie tout de même à mon sens du hip-hop. Sa musicalité intéressante et complexe, en utilisant des procédés propres au mouvement, en fait un EP tout à fait pertinent. Ce genre de musique n’est pas accessible facilement, et je suis d’ailleurs content de m’y être familiarisé. Je recommande à tout le monde l’écoute attentive, car ce genre de musique vaut le détour et l’effort, et est nécessaire pour comprendre ce qu’est le hip-hop.

Publié par Katana

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