La forme et le fond

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Je trouve important, particulièrement par rapport au rap, de savoir ce qu’est le fond et la forme, à la fois pour la création et l’écoute. Ces deux concepts, fondamentalement complémentaires dans une œuvre, permettent de juger plus facilement et surtout plus précisément ce qu’on entend. Je trouve dommage que certains jeunes rappeurs ne peuvent pas les distinguer, parce qu’ils ne sont pas que des mots.

Le fond, c’est le contenu, et la forme, c’est le contenant. Par exemple, dans un contexte de « battlerap », on pourrait dire que le fond est le sujet global, le diss, mais aussi bien le sujet d’un verse complet ou d’une track complète. La forme serait tout ce qui mène à ce diss, la façon dont il est exprimé : les rimes, les assonances, les métaphores, les comparaisons, les « punchlines », etc. Généralement, on associe la forme au style de l’auteur du texte.

Le problème avec beaucoup de jeunes rappeurs, c’est qu’ils croient s’être forgés un style et une identité sans avoir réellement concrétiser leur originalité dans la forme. Je pourrais expliquer mieux ce principe dans une allégorie :

Un jeune du milieu du secondaire, par exemple, voit le coffre à crayons d’un de ses amis. Le coffre en question a plein d’écritures au stylo dessus, avec entre autres plusieurs fois la répétition du pseudonyme du gars qui le possède. Le jeune, trouvant que c’est une bonne idée, fait la même chose en écrivant sur son propre coffre à crayons son propre pseudonyme.

Malgré que leurs pseudonymes n’aient rien à voir l’un avec l’autre, le jeune a littéralement plagié le concept de l’autre en ayant utilisé la même forme, même si le contenu diffère. L’avoir écrit au liquid paper au lieu d’avec un stylo n’aurait d’ailleurs rien changé; le concept global reste le même, utiliser son coffre à crayons pour écrire son pseudonyme (aussi futile soit ce concept).

Je trouvais intéressant, dans le contexte d’un Marche à la mort, que les jeunes participants puissent se remémorer qu’un style ne se construit pas en remplaçant deux mots dans un punchline. Il faut se rappeler que pour qu’on puisse trouver un artiste « bon », il ne suffit pas qu’il sache maîtriser les rimes d’une façon précise, mais qu’il sache les maîtriser à sa façon. Donc, pour juger un battle, par exemple, il ne faudrait pas dire que l’artiste « fait des bons multis », mais plutôt que les multis qu’il fait sont efficaces et originaux pour mener à un bon diss.


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Je suis professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue au centre de Montréal.


En libre accès en format numérique ou disponible à l’achat en format papier.


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