Patte de salamandre est difficilement définissable en un genre; il ne faut par ailleurs pas s’encombrer d’un seul qualificatif pour décrire ce disque aux sonorités et thèmes complexes et variés. Passant de sons sud-américains à des samples québécois, tous les moyens sont bons pour faire passer un message politisé ou simplement pour créer une ambiance festive.
C’est en effet la qualité première du disque : il passe volontiers du rap au world beat, du français à l’espagnol ou de la fête à la politique. Mais, en même temps, c’est ce qui crée la particularité de Boogat : ne pas se contraindre d’éléments précis, et créer en repartant à zéro. C’est l’idée de la patte de salamandre qui repousse après qu’on l’ait coupée. Ainsi, on passe de différents types de sonorités, et de diverses émotions, par exemple de la festivité à la tristesse.
Malgré cet étalage de diversité musicale, rien n’est laissé au hasard. Chaque pièce est à sa place et dit des choses sensées et pensées; c’est là-dessus qu’on ne peut absolument rien reprocher à Boogat. Il parle volontiers des relations interpersonnelles, des problèmes mondiaux mais aussi de la fête ou du rap au Québec à ses débuts. L’influence sud-américaine se fait ressentir tant sur le plan musical que des thèmes (« Souvenirs d’Acapulco », « Tiene que salir », « Ernesto »). Plusieurs chansons sont en espagnol, et sont donc difficilement compréhensibles pour les francophones; malgré tout, la musique est intéressante et fait passer son propre message.
Côté fond, la prise de position politique se fait ressentir sous plusieurs aspects. On parle du Che sur « Ernesto », pour son objectif de vouloir changer le monde, on parle du mode de vie déplorable de certains jeunes enfants sur « Souvenirs d’Acapulco » et, entre autres, du trafic de drogues chez les jeunes sur « Patte de salamandre ». Tous des sujets nécessairement à ne pas négliger; la festivité se fait sentir par contre davantage sur les deux singles « Funky Beat », une réminiscence de ses débuts dans le rap, et « Le feu », avec les 2 Tom, Karim Ouellet et Accrophone, axé complètement sur la fête.
Le rap reste la trame de base présente sur presque toutes les chansons : l’utilisation de samples, la façon de placer la voix sur le beat ou les rimes. De façon générale, le fond prend véritablement la place sur la forme. Les rimes sont suffisantes : à aucun moment on ne s’arrête sur la construction des rimes, ni négativement, ni positivement.
Boogat a donc crée cet album dans une optique assez large; ne se cadrant dans aucun genre, nécessairement, l’étendue des possibles se veut plus grande. Cela lui permet donc d’être plus authentique à ce qu’il veut et peut faire, et, par le fait même, il pourra certainement atteindre un public habituellement plus réticent au rap québécois.

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