Le rap de rue prend une autre avenue
Qui a dit que le rap évoluait seulement dans une direction? Le street rap n’est pas une stagnation, et le 13ème étage le prouve avec L’asphalte dans mon district. On ressent la même force, le même impact que ce que le rap de SP et Cobna séparément ont pu nous livrer, mais avec une plus grande cohésion, un plus grand sérieux dans le choix des sujets et dans le perfectionnisme de l’écriture. Afin de clarifier le tout, 13ème étage, c’est SP, Cobna & Cast.
Le choix des sujets est important, reflétant véritablement la maturité acquise par les deux rappeurs. Les problèmes sociaux, les préjugés, le sida, la justice; parfois clichés, ici, on constate l’importance que les artistes accordent à ces sujets, et qui sont capables de ne pas être redondants. Surtout qu’il y a certains sujets, comme sur « Protège-toi (S.I.D.A.) », dont on n’aura jamais assez parlé. Le fait qu’il n’y a « rien de bon » dans la société, entendu plusieurs fois, ne reste pas dans le pessimisme, mais semble plutôt une source de motivation vers la quête d’une solution : « c’qu’il y a dans ma tête, ça existe… ». « Payer le prix » parle de son côté du fait qu’il faut assumer nos actes, pour ainsi apprendre de nos erreurs passées.
Le rap reste « de rue », au sens où, d’abord, oui, on parle de ce qui s’y passe. Mais même quand on sort des sujets engagés, politisés, on continue avec un lexique élogieux pour la ville (« Le cœur de Montréal »), avec par ailleurs le même drum scheme que la majorité des tracks de club, rappelant les beats qu’on peut entendre au centre-ville.
Les pièces instrumentales sont en majorité tout simplement efficaces, percutantes ou touchantes. Elles sont produites par Cast entre autres, mais aussi par Cobna, Joe B.G. (ex-Mista Snake), Ruffsound, Dj Kleancut, Xcape & Sonny Black. Soit elles expriment presque par elles-mêmes une émotion (« La terre tourne » ou « Protège-toi », et évidemment « La musique parle d’elle-même ») et deviennent d’un intérêt indépendant, même sans lien avec les paroles, soit elles accompagnent très bien ce qui est dit sans s’immiscer en travers du rap. Elles conservent généralement un style habituel, sans être nostalgiques; elles semblent plus orchestrales. Plusieurs instruments viennent d’ailleurs renforcir le sample traditionnel.
En fait, ce qui peut déranger, c’est lorsque le rap n’a pas vraiment de sujet, comme sur « Fais sonner l’alarme »; quoique le diss anonyme restera toujours un classique, on sort déçu du fond des paroles. Au moins, même s’ils ne parlent pas de grand-chose, la musique de l’instru et des flows vient sauver l’ensemble. Par ailleurs, pas d’abus de ce côté.
Mais en quoi l’album montre une évolution vis-à-vis du rap d’avant? Le flow se permet d’être plus chanté durant les refrains, sans stagner dans la catégorie du rap trop traditionnel. Patsy Gallant amène une voix différente sur « Faut pas lâcher », même chose de la part de Radical sur « Le cœur de Montréal », deux pièces qui s’éloignent de ce qu’on aurait pu attendre de la part de ce qu’on connaît des rappeurs. Sur plusieurs pièces, c’est d’ailleurs SP lui-même qui assume la tâche de chanter les refrains.
SP en avait déçu plusieurs sur ses nombreux featurings presque redondants sur divers albums; le 13ème étage revient en force, avec un album qui ne doit à mon sens pas passer inaperçu. À une période où on la musique se mélange de plus en plus, le rap qui veut conserver une partie de son passé se doit de rester fort, et L’asphalte dans mon district nous fait espérer qu’il restera encore longtemps.

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