BMC : pas rap?
Cirque vicieux est un autre disque qui fasse reposer la question du genre : où commence et où termine le rap? Et, par le fait même, où commence et où termine le hip-hop? Du groupe BMC, le disque m’a somme toute déçu, pour plusieurs raisons, mais il m’a fait me poser une question précise : pourrait-il simplement ne pas se définir par ce que les auditeurs de rap écoutent habituellement? Mes critères d’évaluation sont peut-être complètement hors du champ qui permette de bien saisir ce disque.
Déjà, leur autodéfinition est du rapcore [rap + hardcore], comme ils le disent dans la track « cachée » de l’outro. Il y a de toute évidence des liens à faire avec Mic Life (qui y a par ailleurs un featuring), ne serait-ce que par l’influence omniprésente d’un genre musical similaire. Mais le flow de Mic Life ne dérogeait que rarement du rythme de la chanson, alors que BMC se tient bien à la cadence qu’en de rares occasions. Les comparaisons peuvent se rendre jusqu’à C-Drik, à certaines occasions. Ne serait-ce que par un aspect clownerie qui dépend des goûts et par la voix qui peut en agacer certains, par exemple l’accent trop joual dans « J’aurais dû rester coucher ». Le mot-clé, c’est l’énergie. C’est ce qui fait la marque de commerce de ce type de musique.
Embarquons du côté des paroles. On sent parfois que la rime se force, ou que la phrase manque d’utilité, notamment par le recours à des énoncés frôlant le pléonasme, comme dans cet exemple : « Les chars d’assaut nous prennent d’assaut. » Notons par ailleurs que cet exemple est tiré de « 25 juin », une track indépendantiste qui scande le très dangereux slogan « Québec aux Québécois ».
Pour les amateurs de rap, vivement le featuring avec Chemistry, qui nous ramène en terrain connu. Ajoutons aussi le notable « 7 péchés capitaux », dans les meilleures tracks, mais loin de ce que la track du même thème « Les sept » de Muzion avait pu nous livrer (J’rêvolutionne, 2002).
Mais à noter qu’ils disent bel et bien, dans « Faut qu’ça rock » : « qu’on soit le top des tops, comme les bands de Woodstock. » On en revient à la question de la culture. Le top des tops, le plus haut possible, pour eux, se retrouverait à être un rassemblement de groupes de musique complètement hors de ce qu’on appelle la culture hip-hop. On peut alors se poser bien des questions; le public rap n’est peut-être simplement pas adapté à cette écoute…
J’ai quand même été assez déçu dans l’ensemble de ce que l’album nous montre. Je crois par contre qu’il ne s’agit que de mes limites personnelles par rapport au genre de musique. Car, dans son genre, BMC lance l’énergie qu’il faut pour faire embarquer n’importe quelle foule et amène une variation musicale intéressante. Mais, on n’est pas vraiment dans le rythm and poetic…

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