« Data File Manuscript » est un nom qui réfère à une structure informatique, électronique. C’est en effet ce qu’on ressent en entendant cet album instrumental, créé entièrement par Pythagore. Sur 14 pistes, on explore plusieurs types de création, combinant plusieurs sons pour en faire ressortir des sons tout aussi différents que leurs sources.
La musique tend parfois vers de la musique concrète, utilisant des sons ressemblant à des éléments du quotidien ou à des bruits qui semblent tirés de bandes sonores de films. L’aspect « concret » de la musique la rend moins accessible, plus difficile à suivre, et parfois moins harmonieuse. Les sons comme tels sont donc une question de goûts, allant d’instruments classiques à échantillonnages de voix, mais toujours bien travaillés et modifiés à bon escient. La production regorge d’instruments variés, créant un amalgame de sons provenant de sources qu’on aurait dit difficilement assemblables : parfois ça marche, d’autres fois moins, selon les préférences de chacun. « Beyond » et l’appendice 1 sont de bons exemples de métissage sonore réussit.
L’électronique a une place prépondérante dans le disque, sans cependant qu’on puisse le définir complètement comme de la musique électro : elle semble davantage un thème qui émerge de la combinaison des différents sons que de la syntaxe comme telle qui l’ancrerait dans ce genre. À la fois, l’assemblage de tous ces sons est assez complexe, et « rationnel », au sens où tout semble coordonné, placé au bon endroit; tout semble calculé.
Quoique l’album soit instrumental, dans plusieurs tracks, les compositions sont de toute évidence crées en fonction que quelqu’un pose un texte dessus. Dans ces cas-là, il manque ce petit quelque chose que la voix humaine aurait ajouté; ce qui n’enlève rien à la qualité du son comme tel, mais qui rend l’écoute du disque manquante d’un élément important.
« Self sacrifice », par une mélodicité plus forte, et surtout par le nombre de sons présents, est par contre un très bon contre-exemple. L’atmosphère de doute plane par l’introduction d’un son rappelant les films western ( Once Upon A Time In The West), un harmonica modifié par la technologie informatique. De façon générale, on se sent entraînés dans des univers fictifs, rappelant parfois des ambiances cinématographiques, parfois des univers de jeux vidéo. Pythagore expose donc son œuvre de production sur Data File Manuscript, dans un format uniquement instrumental, encore marginal dans le rap québécois. Le fait qu’il ait son style propre et complet n’est à mon avis pas à prouver. Reste encore à voir ce que donnera Pythagore dans son duo avec Vox Alpha, Verbezerker. Si la partie instrumentale du duo a ici démontré du talent, l’autre versant, ainsi que la combinaison des deux, restent cependant complètement à explorer.
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