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L’animation « 2D » et le rapport au réel

J’ai bien des raisons de croire que l’examen de lundi de mon cours de Cinéma d’animation et images composites portera sur le rapport au réel. Cette question synthétise en quelque sorte l’idée première du cours, c’est-à-dire, questionner la nature des images. Voilà d’ailleurs toute la définition de l’image composite, recréer à partir de prises de vues réelles et d’animation quelque chose, qui, par sa nature même, vise à faire croire au réel. Je voulais aussi signaler que la plupart des idées énoncées ici ne viennent pas de moi, mais du cours précité, donné par Marcel Jean, à l’Université de Montréal en automne 2006.

Ici, donc, on se concentrera sur ce principe dans certaines images bidimensionnelles, qui consiste en le début de la deuxième partie du cours. Le chapeau de Michèle Cournoyer « s’oppose » en quelque sorte à son autre court métrage, La basse cour. Dans ce dernier, le principe de la rotoscopie est utilisé, c’est-à-dire le dessin fait par-dessus des prises de vues réelles. Le rapport au réel est intéressant: ce principe ajoute une couche de réalisme, permettant de créer un rapport d’autofiction (autobiographique en quelque sorte), mais l’utilisation de figures telles que la métamorphose le rend « surréaliste ». Deux personnages sont en relation, mais le dispositif amène à créer un rapport de force entre l’homme et la femme, ne serait-ce que par la transformation de la femme en poule, mais aussi par les rapports de grandeur entre les deux corps. Il témoigne en quelque sorte de la complexité du réel de cette relation. Le chapeau n’utilise pas de rotoscopie, ce qui le distancie en quelque sorte du réel, et permet au film d’être plus introspectif, et de voyager davantage dans le domaine des idées. La structure est « cyclique », et illustre l’omniprésence de la mémoire de l’inceste par la métamorphose de personnages en images sexuelles. Certains procédés permettent donc de rester connecter au réel, mais la plupart permettent plutôt de s’en distancier efficacement.

Free Radicals (1958), de Len Lye, traduit bien une « énergie physiologique ». En fait, par le procédé de gravure sur pellicule, Lye sait créer un mouvement humain, une danse africaine, par le biais de traits gravés. La danse des lignes créer des rapports intéressants avec le réel: distanciateur par le procédé même, ici, la ligne vient à créer un hors-champ par ses « entrées de cadre », et évoque le mouvement humain par la similitude avec les jambes lors des mouvements. Un effet « 3D » est aussi très perceptible dans la manière dont le mouvement est créé (figures tournoyantes).

Souvenirs de guerre, de Pierre Hébert, ramène le principe de distanciation comme principal contact avec le réel. Par le passage de gravure sur pellicule (coloriée par contre) à des images de prise de vues réelles et du papier découpé, on est constamment interpellés dans notre réception de ce qu’il y a à l’écran. Même chose pour les procédés « filmographiques » entre les images, par exemple, le fondu enchaîné ou la surimpression. Ces procédés viennent en quelque sorte montrer « les images et leur interprétation », chose que je trouve très intéressante par rapport à la distanciation. Par exemple, la fable du Moyen-Âge racontée avec le papier découpé (où le capitaine fait tuer le jeune mousse pour peut-être sauver l’équipage) vient créer une rupture et se veut une manière d’interpréter le reste du film (qui reste presque tout aussi en fable, par contre). On élimine cette ambiguïté des images composites, en s’assumant en quelque sorte comme image de la réalité. La critique peut alors exister sans tenter de devenir une fausse réalité.

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