Je voulais écrire un petit message pour défendre le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola contre les attaques du « grand public » (coté 6,1 sur Cinéma-Montréal) et des gens que je connais notamment.

Le principal attrait est au niveau de la focalisation, c’est-à-dire que la plupart des moments du film se passent selon la perception du personnage incarné par Kirsten Dunst. On entre donc dans un certain délire du pouvoir monarchique, déjà critiqué explicitement par les propos du personnage lorsqu’elle se fait habiller par la plus haute en hiérarchie en se levant le matin. Non seulement illustre-t-on l’abus qui peut exister de la part de la noblesse de l’époque de la Révolution française par son regard, mais tout ce qu’on voit de cette révolution se fait à Versailles.

Dans cette optique, l’utilisation de codes du genre « film d’ados », notamment au niveau de la musique et dans sa séquence à montage a-temporel (lorsqu’elle essaie les nombreuses paires de souliers) se veut à la fois une critique de ce genre de films, le comparant à la noblesse française, et vice-versa.

Mais au-delà de ce pastiche, la contemplation des décors, des costumes et des paysages nous rend complices, intégrés dans cet univers de beauté et d’excès. La focalisation sur le personnage de Marie-Antoinette nous place dans une situation de compréhension, car elle nous permet de douter de sa culpabilité par l’ignorance de la réelle situation politique. Cette position est aussi celle du roi Louis XVI, montré comme manipulé par ses conseillers.

Le film ne m’a personnellement pas ennuyé. Mais qu’il soit objectivement ennuyant ou non n’est à mon avis pas ce qui fait son intérêt. Je crois qu’il vient parfaitement en complément de d’autres films de Coppola-fille (Virgin Suicides, Lost in Translation), et que certaines interprétations peuvent justifier amplement l’aspect formel qui en a rebuté plus d’un.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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