Intertextualité inconsciente: Les Simpson et Hitchcock

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Souvent, on critique le principe d’intertextualité en disant que l’auteur n’est pas si connaisseur, et n’a pas nécessairement voulu citer tel film. On dit souvent que la référence n’est pas explicite, donc difficilement prouvable. Les Simpson ont utilisé la «citation» à profusion, et même si l’exemple que je voulais donner est relativement explicite, je m’en servirai pour illustrer un concept «d’intertextualité inconsciente», très proche du concept d’interférence expliqué entre autres par Babeux. J’ai donc trouvé un site où on recense les références à Hitchcock dans les Simpson.

La scène de la douche de Psycho d’Hitchcock est sans doute l’une des plus citées dans l’histoire du cinéma.

La référence est évidente lorsque Maggie frappe la tête d’Homer avec un marteau, influencée par la violence à la télévision. La musique originale du film crée immédiatement le lien. Mais, admettons que quelqu’un n’ait pas vu le film d’Hitchcock, et – exposé aux images télévisuelles nombreuses – ne se souvienne pas précisément de cette scène (moins marquante que l’originale), qu’arriverait-il à l’intertextualité?

La relation pourrait donc être inférentielle en quelque sorte: baignés par des images, «son activation [ne serait] pas justifiée par l’organisation signifiante du système [1]», mais plutôt par un répertoire presque collectif créé par un bagage culturel.

Là où il amène une «intertextualité inconsciente», c’est lorsqu’on parle à l’auteur de cette citation. Celui-ci aura beau nier toute forme de référence précédente (et il aura en quelque sorte raison, puisque celle-ci est inconsciente), il ne faudra pas le croire en ce sens.

Évidemment, tout le monde comprend que la scène de la douche a un tel aura frappant et a été tant repris que toute référence y est évidente. Mais, un exemple clair peut mieux illustrer le phénomène que je décris ici.

1. Sébastien BABEUX, De la citation à l’interférence: croisements dans le film contemporain, mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 2004 (non publié), 109-110.

Images tirées de http://www.hitchcockwiki.com/hitchcock/wiki/The_Simpsons:_Itchy_and_Scratchy_and_Marge


À propos de l’auteur


8 réponses à “Intertextualité inconsciente: Les Simpson et Hitchcock”

  1. Avatar de noreply@blogger.com (FreeMiND)
    noreply@blogger.com (FreeMiND)

    j’aime bcp ton blog en passant, mais cet article m’a beaucoup interpellé. Bonne idée de faire un post la-dessus.

  2. Avatar de noreply@blogger.com (Simon Dor)

    Merci!

    Souvent, dans des cours d’analyse de films, les gens critiquent que le sens qu’on peut attribuer au film n’est pas le sens «officiel» déterminé par le réalisateur. Je crois qu’il est complexe de pouvoir démontrer le contraire, et en quelque sorte que ce n’est pas si important la «volonté du réalisateur», et cet article a été écrit entre autres pour ça.

  3. Avatar de noreply@blogger.com (Emera)
    noreply@blogger.com (Emera)

    Good post.

  4. […] crois que les intentions d’un auteur ne sont par ailleurs pas nécessairement claires, voire elles ne sont pas du tout accessibles (même à lui-même). Il devient donc « fallacieux » de prétendre pouvoir en tenir compte dans une […]

  5. […] J’ai déjà tenté de définir plus clairement quelques raisons qui font que je veux me dissocier de la figure de l’auteur pour expliquer une œuvre. Ici, Gaudreault spécifie que, parce que le lecteur est au centre de la situation de lecture, […]

  6. […] de la pub fonctionne exactement de la même manière, il me semble. Puisque les réelles intentions derrière les œuvres nous sont inaccessibles: ils ne font certainement pas partie de ce qui nous fait juger une œuvre; à la limite, nos […]

  7. […] qui crée au-delà des intentions de l’auteur lui-même. J’ai déjà parler de la limite des intentions d’un auteur, qui impliquait en quelque sorte une partie de “l’inconscient”, quoique ce […]

  8. […] n’en saurez rien avant mon dépôt officiel, je suis bien trop paranoïaque pour ça. Ça ira au printemps prochain. Vous en trouverez bien sûr des indices. J’aurai de […]

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