Classick, c’est Frime et d’Jackal, deux rappeurs de la ville de Québec, unis dans un groupe depuis 2003. En vente sous Abuzive Musik depuis le 23 janvier dernier, la particularité de La redéfinition, c’est que chacun des artistes rappe dans sa langue : ainsi, on a un album où chaque piste est bilingue.
À la base, on reconnaît un style très « ville de Québec » : Classick évoque par le type de flow la musique des 2 Tom, ou encore de L’MC Râr. Les lignes anglophones donnent cependant un certain exotisme et, mêlé aux sons plus funk, permet de douter de la source lorsqu’on n’entend seulement les extraits dans la langue de Shakespeare.
Néanmoins, l’héritage textuel et du flow est plus francophone. Ainsi, on peut faire un lien avec des groupes comme Common Unity ou Good Samaritains. La technique y est, certainement; il y a un travail constant des sonorités et chaque syllabe est à sa place sur l’instrumental. Le jeu entre français et anglais se fait très bien dans « Jardin secret », où on fait rimer avec plusieurs syllabes dans les deux langues.
On parle autant de musique – de manière directe ou allégorique – que de femmes (un des thèmes centraux), de festivités, de conscience sociale, etc. Il est cependant rare qu’on sente que le sujet est l’élément central de la track : détournés par un refrain mis de l’avant, ou par un type de sonorité différent, on ne s’attarde que rarement précisément à ce qui est dit.
C’est véritablement musicalement que La redéfinition frappe le plus. Par les mélanges de genres, ils arrivent à plusieurs sons différents mais qui se complètent et forment leur propre style. Ils savent parfois aller jusqu’à des moments un peu plus « chantés », qui rendent les refrains accrocheurs. La structure et la construction textuelle sont cependant des éléments qui restent un peu plus classiques.
Les featurings ne sont vraiment pas nombreux : quatre pistes avec des collaborations, et la plupart des « gros noms » se retrouvent sur la même (« Coup d’éclat », avec Maest de Sagacité, Les 2 Tom et T-Mo de Taktika). Ce track a la particularité de mélanger deux genres : le posse track et le « story-telling ». On passe d’ailleurs constamment entre deux niveaux, soit la métaphore d’un cambriolage et celui de la recherche d’une subvention. Les artistes tentent donc d’infiltrer un système qui ne leur laisse aucune chance.
Il manque simplement un petit quelque chose qui rendrait le tout plus spécial. « On a pas contourné l’obstacle, on l’a juste détruit. » Classick ne réinvente pas la manière de faire de la musique, ne redéfinit pas complètement la manière de faire, au contraire. C’est là-dessus où on peut le classer dans un entre deux, qui fait que l’album à mon avis n’aura pas autant d’impact qu’il aurait pu.

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