L’artiste et son contexte

Voici un paragraphe lu sur l’article sur Derain sur Wikipédia [en date du 6 mars 2007]:

« Son œuvre est parfois considérée comme inégale mais elle témoigne fortement des préoccupations des artistes de son époque : l’art est lié à une époque historique, les artistes ne peuvent simplement reproduire ce qu’ont fait leurs aînés mais ils doivent cependant tenir compte de leurs leçons. »

Bon, d’abord, l’idée n’est pas du tout de critiquer le fait que cette phrase n’ait pas vraiment rapport avec la description de l’oeuvre de Derain. Je trouve souvent drôle que la majorité des gens ne peuvent pas mieux expliquer le principe qu’un artiste est influencé par son contexte. Wikipédia en est le meilleur exemple, puisqu’il est lui-même le témoin de « la majorité des gens ».

Un artiste est lié à son contexte au sens où, depuis le 19ème siècle, l’art étant un médium libre et expressif, on peut relier un oeuvre aux « émotions » d’un artiste. Si on étudie un artiste avant l’époque de cette « liberté créatrice », son art ne témoigne pas de son individualité, mais plutôt de sa non-individualité, ce qui est le reflet de l’époque dans laquelle il est. Donc, pour contredire cette citation magique, les artistes peuvent (et une quantité énorme l’ont fait) reproduire très exactement ce que leurs aînés ont fait. Mais, ils ne le font que dans le contexte où cette reproduction est la méthode. À une époque où il est rare que ce phénomène de reproduction se fait, l’art témoigne plutôt d’un aspect individualiste différent d’avant.

L’art témoigne d’un contexte, mais pas en lui-même, dans son aspect formel. Il témoigne de ce contexte uniquement lorsqu’on place la forme et le fond en rapport avec celui-ci.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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