Metazon – Le rassemblement

Une certaine tendance du rap québécois

Selon l’entrevue avec le groupe Metazon que j’ai réalisé il y a quelques temps, Metazon vise à rassembler plusieurs tendances dans le rap, pour d’une certaine façon voir le potentiel qu’on a au Québec.  Il serait difficile de pouvoir dire si le groupe a réussi sa mission ou non, parce qu’il y a tellement de tendances que rassembler une partie de ces artistes signifie nécessairement en exclure quelques-uns.  Le rassemblement regroupe cependant une certaine tendance du rap québécois, une voix qui existe et qui revendique une place.

Le discours est très important et est mis au premier plan, sans doute davantage que la musique elle-même.  On parle de racisme, on pose des questions à propos de la nation, de la culture, de la politique et de divers phénomènes sociaux.  L’extrait du discours de Jacques Parizeau au référendum de 1995 vient parler de lui-même, juxtaposé à d’autres témoignages qui frôlent ou qui sont carrément racistes. Le rassemblement a le mérite de ne pas cacher aucun problème de société, mais plutôt de nous mettre bien dedans.  Rares sont les albums aussi politisés, comme l’était par exemple Bleu et blanc de Droit d’parole.

La volonté de rassembler se fait ressentir bien évidemment, mais le son général n’est pas aussi varié que la réalité du rap québécois.  Les sonorités ont des tendances sud-américaines, et vont jusqu’au raggaeton.  C’est ce qui allie le chant sur « Keep your head up (avec Abby, Sola & Baby K.) » et les voix raggae sur « Babylon zon (avec Rass Bagel, Supa Lexx & Face-T) ».  Le contexte est plus cru sur une piste comme « G pas le temps », avec Le Dézèd et Dee (ex-Atach Tatuq), et représente ainsi un pan non négligeable du rap au Québec.  Certaines sonorités sont plus accrochantes que d’autres.  Il y a une lourdeur sur quelques pistes, que d’autres – plus festives – viennent heureusement balancer.  Il y a donc parfois une lenteur, une difficulté à suivre et à suivre le discours, de par le beat et des flows très détachés, notamment sur « L’industrie veut nous taire ».

Je ne crois pas donc que Le rassemblement soit vraiment représentatif de la réalité du rap québécois, mais sa force est probablement ailleurs.  Le disque a pourtant un discours particulièrement important qu’il faut entendre, et place plusieurs artistes talentueux derrière le micro.  Il donne davantage la parole à divers artistes qui ne l’ont pas souvent, et en ce sens, il réussit son mandat.

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