Il est intéressant de constater comment le rap peut parfois offrir une seconde lecture d’une œuvre. Que ce soit par l’action du sampling, où l’artiste modifie une oeuvre initiale, ou encore, la simple sélection/modification de pièces rap qui lui préexistent.

Tel que je le fais remarquer dans ma critique de Phatcademics de DJ Phatcat [archivée plus bas], une compilation reflète souvent une certaine réalité de la période où elle a été produite. Phatcat modifie des pièces qui existaient, notamment en remixant « Rien à perdre » avec un bpm légèrement plus rapide. Tout ceci nous baigne dans l’impression déjà-vu (entendu?), mais crée un effet très intéressant de « relecture » des oeuvres que nous semblions connaître.

Enfin, bref, même après bientôt 3 ans à écrire des articles pour Hiphopfranco, je continue de renouveller l’écoute que j’ai, même (et parfois surtout) lorsque je « réécoute » des classiques.

Un bon compte rendu de la scène (DJ Phatcat – Phatcademics mixtape) [Archivé d’Hiphopfranco.com]

Tel que je le décrivais dans ma critique de la compilation Grabuge (Saïz), une compilation (ou dans le cas qui nous intéresse ici, un mixtape) est souvent représentative d’un lieu et d’une période. Phatcademics mixtape, de par sa réappropriation de plusieurs œuvres passées, revient sur huit ans de rap québécois.

DJ Phatcat nous propose une relecture formidable de certains chefs-d’œuvre du rap québécois : « Rien à perdre » à une vitesse légèrement supérieure prend une toute autre dimension, tout comme entendre « Le plan » des Architekts sur « Boom » de Royce da 5’9.

La plupart des tracks remixées sont très connues (Sans Pression, Muzion, Yvon Krevé, Les Architekts, …) et proviennent de la même période du rap québécois. Dans le même principe, la plupart des beats repris pour les remix le sont aussi. On nage donc en terrain connu, ce qui crée des repères très réconfortants lors de la première écoute.

On se questionne sur certaines tracks classiques et connues qui n’ont pas été remixées : pourquoi les avoir mis? Qui n’a pas 514-50 Dans mon réseau pour pouvoir entendre à volonté « De phase en phase » et « Patnai à vie »? Réjouissons-nous qu’une nouvelle génération puisse découvrir le Sans Pression d’il y a huit ans.

Donc, en plus d’avoir un regard sur le passé, Phatcat présente plusieurs extraits du présent : Boogat, Monk.E, Dee, Bless, Maybe Watson… Le single déjà disponible dans la section mp3 s’en veut relativement représentatif. Il permet donc aussi à certains groupes de se faire un peu mieux connaître à ceux qui n’auraient pas entendus leurs derniers projets. Le seul petit hic se trouve dans certaines transitions entre les pistes; le résultat dans certains cas n’est pas toujours aussi fluide que nos attentes.

Phatcat nous présente donc un résultat très satisfaisant de ce qui ressemble à son compte rendu personnel du rap québécois. DJ Phatcat vient d’ailleurs de rendre disponible un deuxième extrait du mixtape, que vous pouvez télécharger dans la section mp3 du site.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire