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Rencontre avec Ironik et Narkoi du groupe L’Assemblée

Narkoi : « Ça a jamais été fait au Québec, rap et punk/rock.  C’était vraiment pour explorer.  Tout le temps rapper sur un 4 temps là… peu importe le beat, un moment donné, c’est le fun d’évoluer pis d’aller chercher d’autres sources d’inspiration. »

L’Assemblée a sorti récemment un DVD qui contient des extraits de spectacle et un petit documentaire sur le parcours du groupe.  La rencontre a donc tourné autour de ce projet, avec un retour sur quelques événements clefs des deux dernières années, soit la sortie de leur album Les gars du peuple, un an et demi après, et leur boycott du gala MU 2006.  Voici donc quelques extraits de cette discussion au Petit Medley autour d’un verre de bière.

Simon Dor (Hiphopfranco) : Vous, personnellement, qu’est-ce que vous vouliez faire avec ce DVD-là, différent des autres?

Ironik : On s’est arrêtés après l’album.  On s’est dits que ça fait 12-15 mois qu’il roule.  Les ventes baissent, mais elles ne baissent vraiment pas beaucoup, en pourcentage, comparativement au reste de l’industrie qui baisse dans les premiers mois. Ça a été constant pendant 15 à 18 mois.  On va essayer de profiter de ce buzz-là qu’on a encore, on fait encore bien des gros shows, il y avait encore de quoi à faire avec Les gars du peuple, autre que l’album.  Puis, on voulait avoir une longueur d’avance sur d’autres artistes, d’autres groupes.  On a été les premiers à sortir un album indépendant avec Du coin de l’œil, on a été les premiers à sortir un vidéoclip indépendant avec… Du coin de l’œil!  On a eu le site internet de l’Assemblée, on a eu le site internet d’Iro Prod, ce qui est une longueur d’avance pour des artistes… On s’est dit : « comment on peut avoir une longueur d’avance? »  On a fait le DVD.  On avait du monde alentour de nous qui étaient calés là-dedans, on avait l’équipe dans notre entourage.  Au début, on prenait des shots, des images, pour se faire une banque d’images.  Plus ça avançait, plus ça se concentrait sur ce qu’il y aurait dans le DVD.  Dernièrement, on s’est rendus compte qu’on avait assez d’images, on a fait un petit exposé discographique, et on est entrés en studio pour commencer ça.

Narkoi : Dans le fond, l’album Les gars du peuple, c’est le plus gros projet qu’on a sortis sur Iro Prod, avec la tournée qui a suivi, cet été, les Francos, le festival d’été de Québec, les émissions de radios, les entrevues, le gars nous a suivi tout le long.  Le DVD est vraiment pour les fans de l’Assemblée.  Un fan qui va pogner le DVD va tripper c’est sûr.

Ironik : Sur Youtube, tu cherches « L’Assemblée Francofolies », t’as des parts du monde qui filmaient les Francos, y’a, mettons 8000 views, des fois.  Y’a quand même une demande, y’a du monde qui ont manqué le show des Francos, qui veulent voir qu’est-ce que ça a l’air.  Y’en a qui aimeraient ça voir ce que ça donne l’Assemblée à Chicoutimi ou en Gaspésie.  C’est à ces fans-là qu’on voulait donner du stock.  Aussi, on est dans une époque où y’a beaucoup de téléchargement, des albums qui se téléchargent en quelques secondes.  Un DVD, c’est plus compliqué, il faut être un peu plus initié à la technologie pour le downloader.  Même quand tu le downloades, t’as pas le menu, t’as pas les extras, t’as pas le CD qui vient avec.  C’est un bon timing pour sortir un DVD professionnel.

S.D. : On a parlé tantôt de votre album. Vous avez eu une très bonne réponse.  C’est très rare qu’un album marche tant que ça au niveau des ventes, surtout au niveau de la visibilité qui était énorme.  Globalement, est-ce que vous pensez que cette réponse-là aura une répercussion pour le rap au Québec?

Ironik : Y’a bien du monde qui se sont mis à creuser dans le rap quand ils ont vu l’Assemblée.  Y’a bien du monde qui voient nos clips ou entendent nos chansons, qui viennent à s’intéresser au groupe, et s’ils en ont pas assez, vont fouiller pour avoir du rap québécois, comme on s’est fait des fans avec du monde qui découvrent Sir Pathétik, Manu Militari, ou d’autres artistes.  Le monde commence à comprendre que, si quelqu’un vend, c’est bon pour tout le monde.  Ça crée un besoin, il faut aller créer ce besoin chez l’acheteur potentiel, et le fait qu’il y a des groupes qui jouent à Musique Plus, les groupes avec des gros spectacles, qui jouent à la TV, ça vient à créer une demande.  Parce qu’en ce moment, au Québec, on en offre de la qualité, on a des artistes, des CD, des shows, des DVD, on en a, pis le monde en veut pas encore assez.  Faut essayer d’égaliser l’offre et la demande.  Nous autres, on le fait d’abord et avant tout pour nous autres, c’est sûr qu’il y a du monde alentour qui en profitent et qui profitent des portes ouvertes.

S.D. : Vous avez gagné deux prix au gala SOBA, félicitations, c’est une très bonne nouvelle.

Les deux : Merci.

S.D. : Deux prix assez importants : Chanson de l’année et Groupe/artiste hip-hop de l’année.  L’année passée vous avez décidé de boycotter le gala Montréal-Underground.  Est-ce que vous trouvez qu’un gala comme le SOBA est plus légitime que ce que le gala Montréal-Underground l’avait été l’année passée?

Ironik : De 1, il faut que tu cherches à savoir pourquoi ils ont fait un gala.  SOBA l’ont vraiment fait pour promouvoir la culture noire : c’était ça la raison. MU, je crois que la raison était aussi de promouvoir les artistes hip-hop.  Les deux, dans leur fondement, sont aussi légitimes, juste dans deux affaires différents.  Montréal-Underground est vraiment hip-hop, SOBA voulait vraiment promouvoir toute la culture noire, pas juste la musique, y’avait des sportifs, y’avait le théâtre, y’avait à la télé, y’avait des politiciens, Michaëlle Jean était en nomination, c’est quand même la gouverneure générale.  Les deux sont aussi légitimes.  L’année passée on avait boycotter MU juste parce que… c’était comme un cri, en disant, « regarde, on est là ».  Y’a beaucoup de monde qui essayaient d’ignorer que L’Assemblée était là, ils chialaient qu’on était trop souvent là, mais après ils mettent une catégorie Artiste populaire, on est pas là alors qu’il y a du monde qui ont même pas sorti d’album qui sont là, après ça on s’est dit : « bon, pourquoi on n’est pas là? ».  On a vu qu’ils n’ont pas accès aux ventes, ils n’ont pas accès aux dossiers de presse, ils n’ont pas accès à la liste de spectacles, ils ne viennent pas dans nos spectacles, du moins à ce moment-là.  Y’a aussi que, 90% des journalistes du jury étaient à Montréal.  Le fait qu’on se soit levé, j’ai pas la prétention de dire que ça a tout changé, mais cette année, Goofy (1) a été souvent dans nos événements, il fait preuve d’une ouverture d’esprit vraiment intéressante.  Il a pris des journalistes un peu partout au Québec.  Il n’a pas encore accès aux stats, mais ça coûte de l’argent…  Ce qu’on a fait l’année passée, ils en ont pris… bon, pas une leçon, j’ai pas la prétention de dire ça, mais ça l’a servi un peu parce que cette année ils ont fait preuve d’ouverture d’esprit, de professionnalisme, ils se sont ouvert à ça.  Cette année, ouvertement, je ne boycotte pas le gala, et je pense que, Ironik & Narkoi, on l’encourage.  On ne pourra pas être là parce qu’on a un show à Granby, on a su la date après que le show soit booké, c’est plate.  […]

Narkoi : Les trophées, c’est juste une récompense.  Ça donne une tape dans le dos, mais ça encourage.  On l’a jamais fait pour les trophées, depuis le temps, si on l’avait fait pour les trophées on aurait arrêté bien avant.  Pour le gala Montréal-Underground, une des raisons aussi, c’était qu’ils avaient oublié Paz, qui est avec nous autres, qui avait sorti le clip « On finit par se perdre » qui avait joué dans le top 5, qui avait fait blow up Papaz.  Dans les vidéos, il n’était pas là… Iro Prod était mis de côté.

S.D. : À part de ça, dans les prochains mois, on a entendu parler de Bouche à oreilles volume 6.  Quelles sont les différences avec les autres?  Ça va être un peu le même concept?  Qu’est-ce qu’il y a de prévu avec ça?

Ironik : C’est le même concept que les quatre et cinq.  50% d’artistes établis qui font la promotion de leur album, de leurs shows, leur DVD, whatever, et 50% d’artistes de la relève qui tapent chez nous, qui tapent ailleurs, qui m’envoient tout le temps des tracks.  C’est un peu pour donner la chance à tout le monde.  Les jeunes artistes en profitent parce qu’ils sont avec des gros artistes, reconnus, donc, eux autres trippent, bûchent, sont contents et en font la promotion, et les gros artistes donnent des tracks et profitent de l’exposure que les petits artistes poussent un peu partout.  […] On prend vraiment le monde qui bûche, qui nous envoie six fois leur track pour être sûrs d’être dessus, le monde qui travaille le plus, le monde qui ont des beats originaux.

Narkoi : Même sur le DVD, y’a un CD bonus de remix.  Des tracks de l’album Les gars du peuple.  C’est des DJ’s qui nous ont envoyé des remix de nos tracks qu’on avait jamais vus.  C’est bon pour eux pis c’est bon pour nous.

Ironik : Entre autres, JP de Delicate Beats, nous a envoyé trois remix de l’album.  On ne le connaissait même pas : on écoute le premier remix, c’est hot, le deuxième remix, c’est le shit, le troisième c’est « On the road » remix, c’est malade, c’est sur le DVD.  Donc, là, on lui a pris des beats pour le prochain album.  Le gars, c’est vraiment phat ce qu’il donne, c’est un peu soul.  On n’entraide pas pour entraider, on entraîne ceux qui sont bons pis qui travaillent forts.

S.D. : Sur l’album Les gars du peuple, y’a quand même beaucoup de collaborations.  Ça témoigne comme on disait qu’il y a tellement d’offre par rapport à la demande.  Pour le prochain album, est-ce que vous visez quelque chose d’un peu semblable au niveau des featurings?

Narkoi : Non, ça va être différent.  Le prochain album, ça va être basé Iro/Narkoi, pas beaucoup de featurings, quelques-uns.  On est pas encore assez avancés dans l’album, mais en gros, ça va être L’Assemblée, Iro/Narkoi.  Pour faire différent aussi, Les gars du peuple, on s’est payés un trip avec des rappeurs qu’on feel, qu’on voit qu’ils travaillent forts pis qui, à la limite, ont été des modèles quand on a commencé, comme SP, J-Kyll, 3ème Œil.  On a exploré aussi avec Mike Ward, un track d’humour. […]

Ironik : On va prendre des featurings de rap et vraiment les regrouper sur quelques morceaux rap.  Ce qu’on veut c’est donner le meilleur album possible à nos fans.  On s’est dit, les grosses tounes de rap, on va prendre des gros featurings rap.  Du monde avec qui on n’a pas travaillé, ça donne rien de prendre J-Kyll ou SP, on les a déjà pris sur l’autre.  On veut pas faire Les gars du peuple Part II, on veut de quoi de différent.  À date, on veut vraiment prendre des gros MC’s qu’on aime…

Narkoi : Busta Rhymes… (rires)

Ironik : On va vraiment les mettre sur des bonnes tracks.  Le reste des featurings, y’en aura pas beaucoup, mais ça va être pour des bons groupes.  On a des fans qui aiment ça ce qui sonne bien, mais Narkoi pis Iro qui chantent, c’est pas chill… donc, Dupuis va être là c’est sûr.  Y’apporte de quoi, y’apporte un vibe, pis y’a fait toute la tournée avec nous.

Narkoi : On aime ça, ces tracks-là, aussi.  J’aime ça des refrains chantés par Dupuis, ou par Dessy, ou Radical, j’trip sur ces tracks-là, ça change le vibe, quand tu repars à rapper c’est un autre vibe.  On le fait pour nous aussi, pas juste pour faire des refrains catchy, c’est parce qu’on aime ça. […]

S.D. : Vous avez collaboré sur votre album avec eXterio, avec Mike Ward.  Est-ce que ce genre de collaboration-là peut amener un autre public à écouter du rap?  Vous êtes un peu des représentants de ce genre-là… même avec Turn your head around, y’a un certain public qui n’écoutait pas de rap québécois qui s’est retrouvé là-dedans.

Ironik : Ça a amené quelques personnes.  Je suis allé sur le blog à Mike Ward et sur le forum d’eXterio, le monde ont jasé.  Y’a du monde qui étaient contents qu’eXterio fasse ça, y’en a quelques-uns qui ont dit : « pourquoi vous avez fait ça avec du rap? »  C’est ce genre de réponse-là que j’adore, parce qu’après ça, les autres disent : « voyons donc, il faut être ouverts d’esprit. »  Sur nos forums, le monde ont aimé les collaborations.  […]

Narkoi : Ça a jamais été fait au Québec, rap et punk/rock.  C’était vraiment pour explorer.  Tout le temps rapper sur un 4 temps là… peu importe le beat, un moment donné, c’est le fun d’évoluer pis d’aller chercher d’autres sources d’inspiration.  Je suis sûr qu’il y a plein de monde qui trippent eXterio qui ont peut-être même acheter notre album pour voir ce que ça donnait, pis, de notre côté, peut-être qu’il y en a qui ont été acheté – ou même juste voter à MusiquePlus – pour eXterio.  Ça ouvre des portes.

Ironik : Quand t’es jeune – du rap et du punk-rock, c’est deux musiques qui vont viser les jeunes – entre 14 et 20 ans, le jeune, qui est en adolescence ou en début d’adulte est vraiment influençable et pas beaucoup ouvert d’esprit.  On a un public de ce genre-là, eXterio l’a aussi, donc, on est arrivés avec un morceau de même.  Quand le groupe que t’adores, celui que t’as un poster sur ton mur, fait ça, c’est un peu pour montrer aux jeunes qu’il faut être ouverts d’esprit.  Okay, c’est juste du rap et du rock.  Mais, quand j’étais jeune, y’a des soirs où je voulais être juste hip-hop, je reniais que j’ai aimé les Beatles.  Aujourd’hui, je l’assume, j’ai aimé les Beatles et je les aime encore.  Adolescent, tu mets tout derrière, t’es influençable, t’as peur de le dire ouvertement.  […]

S.D. : Sur Hiphopfranco, y’a des gens qui reprochent quelque chose à L’Assemblée, que ce soit votre image, que ce soit le genre de musique que vous faites.  Qu’est-ce que vous pensez qui peut justifier qu’il y ait des gens qui vous reprochent de faire la musique que vous faites?

Moins, je me souviens d’une époque où Othello était l’idole de tout le monde sur Hiphopfranco.  Aujourd’hui, quand y’a un thread sur Othello, y’est l’idole de 50%… J’pense que les choses changent, c’est tout.  Koriass a déjà été l’idole sur Hiphopfranco, il l’est moins.  Si tu regardes les anciennes critiques de mon album Seul à seul, j’pense que j’ai 80% de Excellent.  Les choses changent, Hiphopfranco, ça a sa raison d’être, c’est un média précurseur dans le rap, c’est vraiment ça et ça doit pas prétendre à autre chose.  Ça va creuser… mais, comme t’as pas besoin de creuser pour trouver L’Assemblée, c’est correct qu’Hiphopfranco veuille creuser plus loin!  Y’a pas beaucoup de groupes qui ont une vaste exposure et qui sont vraiment supportés par Hiphopfranco.  J’suis prêt à gager que n’importe qui qui est aimé sur Hiphopfranco, qui se mettrait à devenir vraiment connu, faire des gros shows, des gros singles, recevrait des coups lui aussi, c’est normal.  C’est même pas fâchant, c’est même pas frustrant.  Au début, tu prends ça personnel, mais après 1 mois, un moment donné tu te rends compte qu’ils ne t’arrêteront pas.  Les ventes augmentent en même temps, donc, tu te dis, c’est l’envers de la médaille, ça vient avec.  […]  En plus, le monde sur Hiphopfranco est jeune, à part quelques artistes qui se cachent sous d’autres noms, celui qui aime l’Assemblée, quand il y a 4 personnes qui ont dit de quoi de négatif, il va pas dire après « Moi, je les aime ».  […]  Quand on va en show, je suis fier du monde, j’suis content de ceux qui nous le disent, qu’on touche du monde.  Quand on reçoit des emails comme « Tu m’as aidé à passer un suicide, une peine d’amour, tu m’as aidé à réfléchir sur des choix dans ma vie », j’veux ce fan-là, qui a une ouverture d’esprit et qui prend mes paroles pour l’aider dans son quotidien.  J’m’en criss de l’autre qui veut juste que je dise que je gunshot… […]

Narkoi : On voulait dire aussi qu’on prend un break, jusqu’à l’automne prochain, peut-être le printemps prochain.  Les shows qui sont bookés pour cet été, on va les faire, on va finir ça.  Après ça, on va disparaître question d’écrire l’album, de respirer un peu, changer d’air.  […]

Ironik : Là, on veut passer à autre chose. Il faut faire un bon album pour passer à autre chose, arriver avec un album aussi fort mais différent.  Le break est indispensable.

1. Goofy Welldone est le principal organisateur du gala MU.

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