Un bon démo pour Pythagore
On a pu entendre Pythagore notamment sur son précédent projet, Data File Manuscript, dont j’ai déjà fait la critique. Rappelons la conclusion que j’en avais sorti: le prochain défi de Pythagore serait la combinaison avec la voix. Ici, le défi est relevé, même si la voix n’est pas une oeuvre originale. Plusieurs accapellas de rap – presque complètement américain – servent de canevas à l’oeuvre du producteur de la rive-sud de Montréal, où ses sons se juxtaposeront. La question du remix est par contre différente d’une oeuvre complètement originale: en effet, la comparaison avec l’original est parfois inévitable (mais devient la définition même de l’œuvre). Pythagore s’est donc lancé dans quelque chose d’intéressant, ayant un style en plusieurs cas dysemblable aux instrus originaux.
Pythagore essaie des combinaisons intéressantes, comme par exemple intégrer le sample de Toccata et fugue en Ré mineur de Jean- Sébastien Bach sur les voix de Necro et Ill Bill, mais qui, dans cet exemple précis, perd de sa musicalité dans l’optique de « rester fidèle » à l’oeuvre échantillonnée, d’en préserver intact la plus grande partie. Néanmoins, ce type de combinaison est particulièrement pertinent. Tout comme sur Data File Manuscript, les films sont toujours évoqués, et on reconnaîtra (ou on semblera reconnaître) un échantillon de 2001, Space Odyssey (Kubrick, 1968).
Un peu à la même manière que son précédent disque, Remixes LP vol.1 a le défaut de mettre en évidence le fait qu’il soit, en quelque sorte, un démo. On ressent dans l’ensemble une volonté d’expérimentation dont Pythagore peut certes se vanter, mais, pour l’auditeur, on peut se sentir dans une œuvre qui n’est pas un aboutissement final. La raison est sans doute qu’il n’y a pas de réel concept qui justifie chacune des pièces les unes par rapport aux autres. Il atteint son objectif premier, soit de faire connaître le style de Pythagore, sans toutefois qu’il n’ait la prétention d’aller plus loin. Cet aspect nous laisse sur notre faim.
Par contre, l’œuvre prend tout son sens lorsqu’on compare chacune des pistes individuelles avec leurs pièces originales. Il amène vraiment un autre aspect aux tracks, par exemple, un « Nés sous la même étoile » (IAM) plus inquiétant. Dans l’ensemble, l’atmosphère est d’ailleurs plus inquiétante que festive. « One love » de Nas nous semble sortit d’une caverne sur la lune, les sons semblant retentir quelque part dans un vide silencieux. « Shook Ones Part II » (Mobb Deep) est d’inspiration classique (de la 9ème symphonie de Beethoven?) mais est structuré de sorte qu’une nervosité s’en dégage.
Pythagore certes « teste » son public et son propre talent, mais il sait démontrer la versatilité de son style, qui a passé les épreuves d’être entendu seul et combiné avec des voix. Il restera bien évidemment l’épreuve de dépasser le démo, qui ne s’impose pas d’emblée au spectateur. Remixes LP vol.1 est donc une compilation de diverses expérimentations de son auteur, et se veut un bon moyen de découvrir un producteur audacieux et qui a un style unique.

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