Ni pour, ni contre
Il est très difficile de se positionner sur un album tel que Mauvaize frékentation. Il y a d’abord qu’à la base, il y a deux réactions complètement opposées à tout ce qu’a fait Sir Pathétik jusqu’à présent : complètement détester l’artiste pour des raisons qu’on connaît, ou encore apprécier énormément l’artiste pour des raisons qu’on a de la difficulté à s’expliquer. En écoutant ce disque, je reconnais par contre avoir trouvé une raison pour cet engouement. C’est ce qui fait qu’en l’écoutant, je ne peux qu’être ni pour, ni contre…
Contre l’album, l’argument principal est sa « facilité ». Il est trop « facile à faire », ce qui fait que même le classique contre-argument « ben, fais donc mieux si tu trouves ça poche » ne fonctionne même pas pour lui.
C’est pratique d’utiliser les courts mots « moi » ou « toi », car ils riment entre eux, ils complètent bien une ligne puisqu’ils n’ont qu’une syllabe, et, au Québec, on peut les utiliser pour faire rimer à la fois en « a » et en « é » (moé/toé). Pathétik utilise aussi souvent deux fois le même mots à la fin de la ligne, comme pour donner plus d’importance au mot ou à l’expression répétée. Mais, bon, dans certains cas, on ressent la facilité de la rime. Heureusement, il sera facile de sortir un exemple, les deux cas ayant été rassemblés dans ces six bars :
J’ai l’impression que t’étais faite pour moi
Parce que t’es tout ce que je veux, pis je feel ben près de toi
J’ai juste envie d’aimer une fille comme toi
J’me sens vivre près de toi, pis jamais toi sans moi
C’est impossible d’aimer quelqu’un plus que ça
Pis l’amour entre nous deux, ben y’a pas rien qui bat ça (- Sir Pathétik, « Je t’attendais »)
Côté flow, c’est plutôt imprécis et peu harmonieux par moments. Ça donne un effet particulier à Sir Pathétik, effet qui, comme je l’expliquais plus tôt, a fait son succès comme sa mauvaise réputation. Billy Nova est plutôt stable, et aurait probablement eu avantage à avoir un flow plus imposant. Canox offre un verse très fort sur sa collaboration, même si le sujet de la musique comparée à la drogue a été atrocement abusé.
Pour ces quelques raisons, Billy Nova se fait complètement outshiner par Sir Pathétik. Ce que Nova fait ne peut pas vraiment compenser, et ce, même s’il avait fourni de meilleurs textes.
La formule des tracks est semblable d’une à l’autre : un refrain chanté plus ou moins « catchy » selon le cas, avec des verses où le flow est plus uniforme, sans beaucoup de variantes. Ça fonctionne dans plusieurs cas, souvent en fonction de l’appui que vient lui donner le beat. Hotbox et Rock produisent la majorité, sinon Enzo, Lonik et DJ Blast s’ajoutent. « Jamais deux sans toi » serait l’exemple d’un beat plus entraînant, alors que, côté tracks tristes, « Ça vaut pas la peine » est un exemple particulièrement intéressant. À noter la présence inusitée d’un sample de « Viva Forever » des Spice Girls.
C’est d’ailleurs du côté des tracks tristes que l’album vient complètement se racheter. En effet, plusieurs pistes tristes ont un beat et un chant qui fonctionnent extrêmement bien, et elles traitent de sujets qui seront toujours d’actualité, par exemple, la pédophilie sur « Aquarium », l’amour de ses parents sur « Jamais deux sans toi », la mort sur « On t’a pas oublié » et la détention sur « Ceux en dedans ». « Aquarium » est probablement celle qui est la mieux accomplie, celle qui est la plus touchante et poignante, au point où elle pourrait à mon avis être un single qui ferait probablement reconnaître Sir Pathétik et Billy Nova ailleurs que dans le milieu hip-hop local. La musique appuie plus qu’efficacement le propos.
Donc, j’ai de la difficulté à prendre l’album négativement. À ma première écoute, j’aurais été presque catégorique, mais dès qu’on écoute attentivement le contenu des paroles, et qu’on se laisse emporter par la musique, Mauvaize frékentation prend une autre tournure. Évidemment, ça ne change pas la première impression, mais ça nous fait voir un côté positif à tout ça, ça nous permet de comprendre mieux les motivations des artistes, et ça nous fait espérer qu’on puisse mieux les apprécier lors de leurs prochaines sorties.

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