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Zidane, un portrait du XXIe siècle: marginalité dans son contexte

Douglas Gordon a un parcours relativement marginal au sein des arts visuels, de par le fait qu’il utilise dans certaines oeuvres des films « classiques » en format vidéo: elles sont par ailleurs l’essentiel de ses matériaux. 24 Hour Psycho (1993) ou 5 Year Drive-By (1995), par exemple, « s’approprient » des œuvres préexistantes, de façon à en créer une nouvelle dont la paternité est attribuée à Gordon.

Cependant, une marginalité s’opère chez Gordon même dans le contexte standard de la projection en salle: Zidane, un portrait du XXIe siècle (2006, co-réalisé avec Philippe Parreno). Dans ce film d’une durée de 90 minutes, le joueur de football (soccer pour l’Amérique du Nord) Zinédine Zidane est filmé durant toute une partie, la plupart des plans étant uniquement sur lui. Le champ suppose des actions hors-champ, suggérées par exemple par les réactions de la foule, mais certaines de ces actions ne nous seront jamais présentées. Le gros plan élimine la perspective, ce qui a pour effet parfois de nous déstabiliser quant à la localisation des joueurs entre eux. La représentation de la spatialité du match n’est pas efficace. Par des commentaires en sous-titres, qui semblent ceux de Zidane, le film prend un sens dans la thématique de la mémoire, récurrente chez Gordon. Zidane témoigne que ses souvenirs des matchs sont fragmentés et qu’il ne les vit pas en « temps réel ».

Si le temps réel est mis de l’avant dans l’œuvre, notre souvenir du film ne peut qu’être fragmenté, sans logique linéaire, accentué par un cadrage qui fragmente l’action. En effet, il ne crée pas la subjectivité de Zidane au sein du match, puisqu’on voit en gros plan le regard du joueur souvent sans l’objet de celui-ci. Notre désir de savoir ce qui va se passer est bloqué. La fonction narrative « standard » de la représentation audiovisuelle d’une partie de football est ainsi abolie.

La narration qui semble ressortir de ces œuvres est celle qui ne cherche pas à accomplir un désir de connaître le dénouement, mais vise à mettre « l’expérience » avant la cohérence narrative.

Si on peut parler d’une attitude narrative post-hollywoodienne, c’est dans la mesure où le « post » invite à reconsidérer les mécanismes du suspense cinématographique et désigne une certaine hostilité envers des modèles narratifs standardisés (Fraser 2007, p. 19).

Ainsi, ce n’est pas que Zidane ne raconte rien, mais plutôt que « l’attitude narrative* » n’est pas habituelle à celle d’un match.

Note: *Fraser fait le choix judicieux de ne pas parler de structure, mais d’attitude narrative, mettant de l’avant l’idée que la narration ne se fait pas dans une structure inhérente à l’œuvre.

Le contenu de cet article est adapté d’un extrait de mon travail de fin de session du cours Cinéma des différences (CIN3101) donné par Vincent Bouchard en automne 2007 à l’Université de Montréal.

Dernière modification : 24 janvier 2009.

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