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Le paradoxe de « l’étude »

J’ai constaté en regardant rapidement les projets de recherche du groupe Ludiciné qu’avant de faire des recherches plus en profondeur, la constitution d’un corpus de travail semble être la méthode prisée. Très pertinent en effet de se familiariser avec l’objet d’études avant de pouvoir en attaquer l’étude comme telle; il me semble dans cette lignée que les études de premier cycle fonctionnent sur un principe semblable, comme si trois ans de baccalauréat servaient principalement à se forger une bonne connaissance de son objet d’étude, sans encore l’étudier (j’exagère, mais bon, la situation me fâche, j’apprécierais donc que le lecteur me laisse extrapoler, pour que je puisse regarder les décombres une fois la poussière tombée).

Pourtant, il me semble qu’il y a un problème quant à inciter les gens à apprendre les notions par cœur. Cette méthode me semble aller relativement à l’inverse de l’idée de rigueur intellectuelle. Je m’explique: lorsque j’écris des idées prises d’un contenu de cours que j’ai apprises par cœur, je tente le plus fidèlement possible de restituer ce contenu sur la feuille (lorsque c’est ce qu’on demande, trop souvent il me semble). Or, dans le cas où je serais moindrement rigoureux intellectuellement et que j’avais à faire le même travail pour quelque chose « dans la vraie vie » (dans un contexte où c’est pertinent), je m’assurerais de coller le mieux possible au texte en ayant avec moi une copie de celui-ci.

L’idée d’apprendre les choses par cœur me semble d’une autre génération, celle où l’information n’était pas aussi accessible, celle où les livres n’avaient pas des milliers d’exemplaires, celle où les photocopieurs ne nous permettaient pas de travailler le texte « physiquement », et celle – bien évidemment – où l’Internet n’était pas accessible en tant que source d’information. Car plusieurs textes pertinents – auxquels portait l’examen qui, aujourd’hui, me fait faire « couler de l’encre », pour employer une expression pertinente vis-à-vis de l’époque qui me semble lointaine – étaient accessibles par Internet.

Je marche plus que jamais sur des œufs si, par exemple, on me pose une question sur quelque chose que je ne maîtrise pas parfaitement. Et il est impossible de maîtriser parfaitement la matière d’un cours au complet, et ce, même si l’objectif de ce type d’apprentissage est sans doute de tendre vers.

L’objectif de l’étude de cette manière me semble donc complètement désuet et surtout pas en phase avec l’idée de rigueur intellectuelle qui est au centre de ma conception des études supérieures. J’ai probablement tort, et je ne vois pas la poutre dans mon oeil, reste néanmoins que ça m’intéresse de savoir comment je verrai cette situation plus tard, et comment vos commentaires pourront ajouter à cette idée.

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7 commentaires

  1. noreply@blogger.com (Antoine)

    J’ai souvent réfléchi à cela et je pense qu’une bonne dose de par coeur est nécessaire. Quand on pense à tous les grands génies en peinture, musique, science, etc., ils ont TOUS, sans exception, intégré et maitrisé un énorme corpus dans leur domaine avant d’y apporter leur touche personnelle. Je crois que c’est un rêve naïf de penser qu’on peut être créatif par soi-même sans d’abord posséder une base quelconque transmise par nos prédecesseurs.

  2. noreply@blogger.com (Dominic)

    Oui, il faut lire et connaître ce qui s’est dit avant pour ne pas constamment ressasser les mêmes idées et réinventer des roues (qui le plus souvent ne roulent pas aussi bien que celles qui ont été élaborées avant nous, qui ont pris appui sur d’autres croquis de roues auparavant). Est-ce que l’examen est une bonne façon de voir l’acquisition de connaissances par un étudiant? Pas tellement. Mais qu’est-ce qu’on peut faire de mieux pour évaluer 60, 80, 100, 200 étudiants en un temps et avec des ressources raisonnables? Il n’y a pas d’examens aux études avancées et c’est tant mieux, mais c’est parce qu’un séminaire va compter au maximum 20 personnes.

    Je pense comme toi que le par-coeur est chose du passé dans une société d’informations comme la nôtre.

  3. noreply@blogger.com (Antoine)

    Rendu à l’université, je suis d’accord que les professeurs devraient avoir recours de façon modérée aux travaux basés sur la mémorisation, les étudiants devraient être capables d’avoir développé leurs propres techniques d’apprentissage pour emmagasiner l’information. Le problème c’est que le développement de ces techniques devraient être encouragé au primaire et au secondaire, mais au lieu de cela on abandonne. La plus belle preuve est le français. On a abandonné le grec, le latin, les corpus de grands auteurs français, l’étude des temps de verbe et même l’orthographe dernièrement. Résultat, les étudiants développent la paresse et sont incapables d’écrire un texte cohérent à la fin de leur bac, et ce MALGRÉ L’ACCÈS GÉNÉRALISÉ à tous les logiciels qui font le travail à leur place.

    Il faut avoir vu des travaux d’étudiants de troisième année du premier cycle pour comprendre l’ampleur du phénomène.

  4. noreply@blogger.com (Simon Dor)

    Je dirais que j’en ai assez de « faire étudier du monde » pour ensuite qu’ils aient une meilleure note que moi, parce que eux ont pensé à écrire leurs réponses en « mots-clefs » de sorte de faire comprendre qu’ils savaient par coeur leurs notes. Je préfère quant à moi les examens à développement qui mettent à profit l’idée de synthèse et l’apport d’un bagage personnel à une connaissance acquise dans un cours précis.

  5. noreply@blogger.com (Yvan)

    Il faut un bagage(le « par coeur ») pour pouvoir voyager(les questions à développement). Suffit de voyager assez léger pour être le plus mobile possible, sans oublier ce qui est nécessaire.

    Je suis daccord avec Antoine sur l’état du système d’éducation et que le « par coeur » doit être privilégié au primaire-secondaire-Cégep. Rendu à l’université, il me semble qu’un enseignant doit favoriser la réflexion et le développement de la pensée plutôt que la simple assimilation d’information.

  6. noreply@blogger.com (Simon Dor)

    L’affaire avec tout ça, avec l’idée qu’Antoine apporte sur le désintérêt des gens, je crois que c’est justement que les gens ne comprennent pas l’intérêt à apprendre des choses par cœur. Et, comme ils ont raison de penser cela! Comment peut-on par la suite tenter de les convaincre que les études supérieures sont un atout pour une société, alors que beaucoup de gens avec un diplôme d’études secondaires sont amplement capable de vivre une vie très intéressante, en se sentant accomplis, etc.? On tente carrément – et je m’excuse ici si je porte une généralisation, ce n’est pas dans mes habitudes, « mais c’était un devoir de parler de ceux qui abusent » (Akhenaton, « Éclater un type des Assedic ») – on tente carrément, disais-je, de « faire décrocher » les gens après la première année. Comment après ça peut-on se servir des notes comme outil pour juger des aptitudes de recherche d’un étudiant?

    Je tiens juste à dire que, moi aussi, j’ai profité de la « suprématie du par-cœur » au début de mon bacc, où mes travaux étaient particulièrement moins pertinents, mais où le par cœur compensait pour me donner au final des A-. Au moment où j’ai cru – naïvement – qu’il fallait réfléchir pour avoir des bonnes notes, j’ai eu de meilleures notes, encore une fois jusqu’au moment où les examens de par cœur me sont revenus dans la face.

    Juste le spécifier, mon objectif avec ce post était de me remémorer ces frustrations au moment où, je l’espère, ce sera moi qui aurait l’autorité de définir la manière dont on doit juger de la compréhension d’un étudiant vis-à-vis d’un autre. À ce moment-là, je voudrai me rappeler du moi du moment, qui tentait tant bien que mal d’aller plus loin que de prouver qu’il est capable de se rappeler des choses.

  7. noreply@blogger.com (Simon Dor)

    « Il faut un bagage(le « par coeur ») pour pouvoir voyager(les questions à développement). »

    Juste pour ajouter à ce point, qui m’a échappé tantôt. Je dirais que, oui, le par cœur est nécessaire pour les questions à développement. Quelle belle façon dans ce cas pour évaluer du par cœur que de poser des questions à développement!

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