Wittgenstein et l’utilité des jeux de langage

J’ai découvert cette session-ci le philosophe Wittgenstein, par le biais de mon cours de Philosophie de l’art. Le texte qui était à l’étude pour le travail final (Cometti, 2004) faisait référence au concept des « jeux de langage » de Wittgenstein.

Le principe est simple en fait. Cometti tente de définir l’art, en confrontant des définitions. À la suite de Wittgenstein, il constate que ce qui définit le mot « art » est le même principe que les jeux de langage en général. Entre chaque chose que l’on définit comme « art », il y a des « ressemblances de famille », quelque chose qui n’est pas précis et qui n’a pas nécessairement besoin de l’être.

Jean-Pierre Esquenazi y fait référence dans son dernier article de la revue CiNéMAS (2007), à propos des significations des oeuvres d’art. Il affirme que « la signification d’une oeuvre, c’est son usage dans les institutions de l’art et de la culture » (2007, p.135, paraphrase libre de Wittgenstein, 1961, p.135). Tout ceci rejoint ce que j’appelais une définition pragmatique de l’art ou du jeu. Je devrais plutôt dire simplement que l’art ou le jeu se définissent par ce à quoi on fait référence dans le langage lorsqu’on parle d’art ou de jeu. La subtilité de ce qui est commun à chacun des éléments qui entrent sous la catégorie d’un mot précis est cette « ressemblance de famille ».

Il me semble que, oui, la manière de définir de Wittgenstein règle les questions du type « Qu’est-ce que l’art? », « Qu’est-ce que le jeu? », « Qu’est-ce que le cinéma? », car on sait de quoi on parle quand on évoque ce terme, mais, inversement, elle permet de préciser la réflexion de la définition. En effet, si, par exemple, on tente de dire que, regarder un film sur son cellulaire, « ce n’est pas du cinéma », ou encore, cet objet, « ce n’est pas de l’art », le regarder du point de vue de Wittgenstein contraint à ne pas fermer ces barrières. Il y a une raison qui fait que ces « ressemblances de famille » existent; pourquoi dans ce cas là ne pas se préoccuper de ces raisons au lieu de tenter d’aller à l’encontre de l’usage du langage?

Références:

Jean-Pierre Cometti, « Misère de l’historicisme », in Jean-Pierre COMETTI (dir.), Les définitions de l’art, Bruxelles, Lettre volée, 2004, p.121-140.

Jean-Pierre Esquenazi, « Éléments de sociologie du film », CiNéMAS. Revue d’études cinématographiques, vol.17, nos 2-3, p.117-141.

Ludwig Wittgenstein, Investigations philosophiques, Paris, Gallimard, 1961.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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