Le choix de mon sujet de maîtrise, d’une part, puis le plaisir que j’ai eu à jouer à Starcraft Board Game d’autre part m’ont progressivement fait admettre que j’étais peut-être ce qu’on pourrait appeler un « geek ». Avouons par contre que ce mot a une connotation péjorative. J’ai tout de même tenter pour le fun de trouver une définition à ce mot qui me conviendrait.

Le « réseau » de connaissances

Souvent, une connaissance n’est pas qu’utile en elle-même, mais elle sert aussi à nous faire éventuellement connaître autre chose. Connaître les mathématiques nous permet de l’appliquer autant dans des contextes de chimie que de sciences humaines. La connaissance est donc interreliée en une sorte de réseau.

Par contre, plusieurs personnes connaissent des choses qui, éventuellement, ne sont pas très liées aux autres connaissances, hormis à un « cercle » de connaissances. Ce qui me semble être « geek »: connaître très bien des choses qui ne servent à rien d’autre qu’à un cercle de connaissances plus ou moins fermé sur lui-même.

La Guerre de l'anneau (jeu de société)
La Guerre de l’anneau (jeu de société)

Les exemples fusent: l’univers de Tolkien, Star Wars, World of Warcraft, Donjons & Dragons, ou encore, connaître en détails les règles d’un jeu de société si complexe qu’on a l’impression qu’il faut presque qu’on les étudie pour jouer (Starcraft Board Game pré-cité, ou encore La Guerre de l’anneau). J’incluerais aussi les gens qui apprennent par cœur la vie de cinéastes.

« Geek » dans l’attitude

Souvent, par contre, fermer le cercle des connaissances est une question d’attitude. S’il y a un plaisir « geek » à connaître des choses qui ne servent pas à grand-chose, on peut porter sur Tolkien un regard intertextuel, soit les œuvres influencées de ses livres, ou encore celles qui semblent l’avoir influencé. Ce qui paraît le plus « geek », c’est probablement quelqu’un qui n’est pas capable d’admettre que ce qu’il connaît est relatif à un certain univers, tentant d’appliquer ses connaissances à toute œuvre de fiction s’en inspirant. C’est le cas des joueurs de Donjons & Dragons qui ne tolèrent pas les divergences du monde proposé par le jeu que peut apporter le maître de jeu.

Si on remet en perspective la notion de geek, je crois bien qu’on peut admettre le côté geek en nous, peu importe ce qui nous intéresse. La passion est quelque chose qui aveugle, mais de savoir utiliser cette passion avec une certaine rationalité peut nous permettre de passer au travers du cercle de connaissances qui devient dangereux.

Image tirée de http://www.trictrac.net/index.php3?id=jeux&rub=detail&inf=detail&jeu=2711.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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3 commentaires

  1. J’aime à penser que l’idée de « fermeture » quant à l’attitude adoptée est déterminante dans la définition du mot « Geek ».

    Le Geek ne serait-il pas un individu fermé, un mono-maniaque obsédé par un univers et se désintéressant de tout autre sujet?

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