Je suis souvent réticent face aux « règles de l’art », c’est-à-dire des méthodes plus ou moins considérées comme infaillibles pour qu’un certain art fonctionne. Je m’explique de plus en plus pourquoi ces règles de l’art peuvent fonctionner.

Par exemple, dans son article qui se veut une introduction à la composition en photographie, Yanik Chauvin parle des règles de composition qui font qu’une photo est belle. À la base, il parle de beauté sans la définir, mais il serait lourd de devoir à ce point définir ses termes à chaque fois. Cette idée de beauté ne pose pas nécessairement problème à mon sens. On comprend que ce qu’il expose permettra à en arriver à quelque chose qui s’approche du beau (ou que du moins la plupart des gens trouveront beau).

Mais, Chauvin décrit plus en détails ce qu’il entend par « beau », très rapidement, lorsqu’il décrit la règle de la simplicité:

Remember that you want to draw your viewer to the main subject of the photo as quickly and instinctively as possible.

Là où je vois un problème, c’est qu’il ne parle plus ici de faire quelque chose de beau, mais qu’il spécifie en détails que, ce qu’on veut, c’est mettre en évidence notre sujet. Bref, une chance que quelqu’un me rappelle quelle était mon intention, je l’avais oublié.

La règle des tiersAu fond, bien sûr que la règle de « rester simple » fonctionne dans tous les cas où on assume que l’artiste veut que le regardeur porte un regard rapide sur le sujet principal. En ce sens, la règle en question s’arrange pour que les prémisses sur lesquelles elle repose sont les intentions de l’auteur.

Idem pour les règles d’un suspense. Oui, il faut garder dans tout suspense l’attention sur les détails importants (Rabinowitz), mais uniquement parce qu’on assume l’intention que l’auteur veut faire un suspense. Par définition, c’est ce qu’est un suspense. Dès que quelqu’un dérogerait de l’idée de garder l’attention de son spectateur, on ne parlerait plus de suspense. La règle ne se contourne donc jamais, puisqu’elle ne fonctionne que dans un contexte où elle existe par définition.

J’ai déjà affirmé être plutôt contre les idées intentionnalistes, et je crois bien que tout ceci fait partie des raisons. Il semble que la plupart du temps, les intentions d’un auteur sont assumées plutôt que réellement sues.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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