L’art de la guerre, appropriée par Sid Meier’s Civilization II (Brian Reynolds, Douglas Caspian-Kaufman et Jeff Briggs, 1996)

Alors qu’on en parlait il y a quelques temps chez Helenablue et qu’Yvan indique qu’il le lit sur la page d’accueil de son blogue, je viens de lire L’Art de la guerre de Sun Tzu, texte que je m’étais depuis longtemps dit que je lirais, sous les conseils d’amis et suivant l’héritage que j’en avais de Civilization II. Je veux cependant pointer une certaine description qu’il fait autour de la typologie des concepts qu’il emploi.

Typologie conceptuelle mais infinité réelle

Dans son article V, intitulé « De la contenance », Sun Tzu parle de la combinaison entre les forces directes et indirectes. Deux moyens de faire, l’un explicitement et l’autre discrètement, et il propose de faire la guerre en utilisant les deux moyens. Son propos dérive jusqu’à ce qu’il parle de l’infinité (ou du continuum?) entre les concepts « purs » :L'art de la guerre (Sun Tzu)

Le grand jour et les ténèbres, l’apparent et le secret ; voilà tout l’art. Ceux qui le possèdent sont comparables au Ciel et à la Terre, dont les mouvements ne sont jamais sans effet : ils ressemblent aux fleuves et aux mers dont les eaux ne sauraient tarir. Fussent-ils plongés dans les ténèbres de la mort, ils peuvent revenir à la vie ; comme le soleil et la lune, ils ont le temps où il faut se montrer, et celui où il faut disparaître ; comme les quatre saisons, ils ont les variétés qui leur conviennent ; comme les cinq tons de la musique, comme les cinq couleurs, comme les cinq goûts, ils peuvent aller à l’infini. Car qui a jamais entendu tous les airs qui peuvent résulter de la différente combinaison des tons ? Qui a jamais vu tout ce que peuvent présenter les couleurs différemment nuancées ? Qui a jamais savouré tout ce que les goûts différemment tempérés peuvent offrir d’agréable ou de piquant ? On n’assigne cependant que cinq couleurs et cinq sortes de goût. (Sun Tzu 1996, p. 30)

Il y a en effet plus que cinq couleurs, et il est intéressant de voir l’idée de diviser les goûts de cette manière. Mais reste que sa conception des concepts théoriques est intéressante : tenir compte d’une certaine « pureté » des concepts, tout en prenant conscience de l’infinité de la réalité qui se faufile entre eux.

Hip-hop et jeux vidéo : appropriations de L’art de la guerre

Hormis Civilization II, L’art de la guerre a été appropriée par Pit Baccardi, Arsenik et Akhenaton. Bien que son nom n’y soit pas explicitement nommé, L’École du micro d’argent d’IAM utilise toute un contexte d’arts martiaux qui est déjà une appropriation du Wu-Tang Clan.

Référence

Sun Tzu. 1996. L’Art de la guerre. Paris : Mille et une nuits.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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