L’audiovisuel loin de l’individualisme selon Stiegler

Je ne suis plus le seul à croire que nous ne sommes pas dans une société individualiste, mais une société où les gens ont des goûts assez communs. Bernard Stiegler semble avoir développé assez en détails cette idée :

[l’audiovisuel] engendre des comportements grégaires et non, contrairement à une légende, des comportements individuels. Dire que nous vivons dans une société individualiste est un mensonge patent, un leurre extraordinairement faux […]. Nous vivons dans une société-troupeau, comme le comprit et l’anticipa Nietzsche (Stiegler, cité dans Dufour 2007, p. 40).

Le texte de Dany-Robert Dufour (2007) défend l’idée que la télévision est à l’origine de cette société-troupeau. Pour lui, la télévision est néfaste car elle a le pouvoir de transmettre des valeurs et que celles-ci sont dictées par l’économie de marché. Il cite Kant pour expliquer comment les gens se mettent à vouloir être sous la protection de

gardiens qui, par « bonté », se proposent de veiller sur eux. Après avoir rendu tout d’abord stupide leur troupeau […], et soigneusement pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors du parc où ils sont enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qu’il y aurait de marcher tout seul (Kant, cité dans Dufour 2007, p. 41)

Je me demande cependant où est la nouveauté dans ce phénomène. Si on est d’accord avec le fait que notre société se rapproche davantage d’un collectif que d’un individualisme, il me semble difficile d’admettre que ce soit la télévision qui ait entraîné ce phénomène. Là où Dufour voit dans la religion et les intellectuels des producteurs de « biens spirituels » et des gens qui « avaient souci de la formation individuelle de leurs protégés » (p. 40), j’y vois plutôt une forme tout aussi importante de « berger » qui tente de réconforter les gens à ne pas voir le danger extérieur.

Référence

Dany-Robert Dufour. 2007. « Le rapport à soi : Tu te laisseras conduire par l’égoïsme! ». Dans Le Divin Marché, La révolution culturelle libérale. Paris : Denoël.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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