Lutter contre la prévisibilité?

Je n’ai jamais vraiment aimé être prévisible : comme si le fait que les autres puissent savoir ce qu’on va faire leur donnait un certain pouvoir sur nous. C’est futile quand on y pense. J’ai vu une sage réponse dans La République de Platon à propos de ce type de commentaire :

[Thrasymaque :] Je le savais et j’avais prédit à ceux qui sont présents ici que tu refuserais de répondre, que tu feindrais ironique mille ruses plutôt que de répondre si on te posait quelque question (Platon, La République, 337a).

Socrate donne l’exemple de quelqu’un qui pose un problème mathématique simple, comment on produit le nombre 12, en ridiculisant l’interlocuteur qu’il donnera sans doute l’une des réponses usuelles (3×4, 6×2, etc.).

[Socrate :] Thrasymaque, qu’as-tu en tête? que je ne donne aucune réponse que tu as prévues? Penses-tu, homme admirable, que même si la réponse se trouve à être l’une de celles-là, je donnerais autre chose que la vraie réponse? (Platon, La République, 337b)

En effet, quel est l’intérêt d’être imprévisible? Faut-il à tout prix surprendre à tous les coins de rue?

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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3 commentaires

  1. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux arts, où être imprévisible est une qualité certaine. Mais en même temps, il est évident que pour qu’une oeuvre soit populaire, elle doit bien rejoindre le plus possible de gens, donc ne pas trop l’être…

  2. Oui, c’est d’ailleurs la manière dont Jauss définissait un chef-d’œuvre : plus il déroge des horizons d’attentes de son contexte de réception initiale, plus il est « chef-d’œuvre ». Je ne suis pas tout à fait d’accord sur la question des chefs-d’œuvre, mais le principe me semble intéressant à réfléchir.

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