Mea culpa sur la correction : quel défi ardu

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J’étais très heureux au début de la session d’avoir un contrat de correction pour un cours de première année. J’aimerais donner des cours de première année pour bien des raisons, d’abord car c’est la base, on revient toujours là-dessus, que ce soit les cours de méthodologie ou, dans ce cas-ci, les cours qui nous initient aux outils de l’ensemble du bacc. C’est une lourde responsabilité mais, en même temps, je crois que ce sont justement les cours qui marquent le plus (d’autant plus que je n’ai pas de corpus privilégié, sauf peut-être les jeux de stratégie en temps réel ou les RPGs, mais ce ne sont pas des films…). J’étais donc très enthousiaste, mais la correction a été une tâche ardue, surtout le dernier examen, pour toute sorte de circonstances (cette session dans l’ensemble a été infernale, plus jamais).

Bref, j’en viens à mon principal objectif ici : m’excuser d’avoir voulu être trop minutieux envers la correction d’un examen. C’était quelque part la pire chose à faire, au sens où c’est déjà un travail assez difficile comme ça pour qu’on vienne chialer (surtout que, dans les faits, j’ai fini ce cours avec A, et qu’avoir A+ n’aurait même pas influencé ma moyenne finale). Je m’en fais vraiment trop avec vraiment trop de choses.

Déceler la démarche par rapport au résultat

J’ai l’impression que j’en demande trop aux étudiants, mais en même temps j’ai l’impression de cette manière de ne pas les sous-estimer. Je crois qu’il faut que je revois certains principes: en fait, il ne s’agit pas de les sous-estimer que de leur en demander moins, mais uniquement être conscient qu’ils ont la perspective inverse sur l’examen : il ne savent pas d’avance ce qu’ils doivent donner comme réponse, ils ne savent pas ce qui répond mieux, même si en théorie ils seraient peut-être capable de répondre. Je n’aime pas l’idée que ma correction donne l’impression d’un «Ah, okay, tu voulais que je te dise ça…».

Évidemment, tout cela me fait me demander quel type d’évaluation je donnerais. Olivier Mathieu nous faisait faire un oral de 10 minutes au total, sur deux questions pigées en face de lui dans un total de 10 possibles, que nous pouvions préparer d’avance. Ça a l’air de faire peur, mais honnêtement, ce fut l’un des examens avec lequel j’ai été le plus à l’aise. Peut-être y aurait-il moyen de transposer cela à un examen écrit? J’aime l’idée que les étudiants sachent les questions à l’avance… ça permet peut-être mieux d’assimiler la matière, et ceux qui ne se sont pas préparés se démarquent probablement davantage.

Je constate peut-être que je ne suis pas près de mes «feelings» lors d’une correction. Plusieurs disent qu’il faut lire et y aller un peu instinctivement. J’ai l’impression de ne pas avoir cette faculté, de devoir tout remettre en perspective, et réfléchir à tout (par exemple, quel impact a quelqu’un qui semble moins habile avec les notions de cours [au niveau du vocabulaire] mais qui est capable de faire un bon lien entre les éléments de style et l’analyse qu’il fait). Je ne me laisse pas assez «impressionné» (à la fois au sens de «bonne impression» et d’»impressionnisme» du terme).

Le temps de décanter

Je suis aussi déçu des mauvais hasards administratifs qu’il y a eu : l’examen a été placé le 27 avril, soit environ 3 semaines après le dernier cours des étudiants. Les notes devaient en théorie être remises le 4 mai (en pratique, le 7). Une semaine pour corriger, encore une fois, sur papier, ça va. Mais dans les faits, j’avais un travail à remettre le 28 et j’avais encore des obligations pour CiNéMAS. Une semaine, en fin de session, c’est très peu de temps. J’aimais bien, avec les autres évaluations, prendre une journée à lire 10 copies, le lendemain en corriger 10-15, puis être en mesure de partir pour vrai avec un barème qui se tient peut-être mieux.

Le peu d’impact d’une correction problématique

Ce qui m’inquiétait le plus était la cohérence avec les autres correcteurs du même cours. Mais, d’une manière ou d’une autre, «pogner» un correcteur «mieux adapté à son type de réponse en examen» est un peu comme être dans un autre cours, avec un autre prof. Tout change, mais en fait, à la réflexion, ce n’est pas si dramatique.

L’examen final vaut pour 40%. Le reste du cours est donc un 60%. J’ai calculé la différence si un étudiant a 70, 80 ou 90% de ce 60%, ce que ça donnait comme résultat si je leur donnais un 90% versus un 70% (deux extrêmes quelque part, donc peu probable que je «confonde» l’un pour l’autre). Ramené à l’ensemble du cours, sur 100, ça influence d’environ 9% la note (donc, passer de B+ à B-, par exemple). Ramené à l’ensemble d’un bacc, sur 4,3, ça influence d’environ 0,01 ou 0,02. Autrement dit, pour quelqu’un qui voudrait être admis à la maîtrise et qui aurait besoin de 3,2, une erreur magistrale de ma part pourrait le nuire de, maximum, 2% de ce que ça lui prend pour passer de 3,1 à 3,2.

Non, je n’avais pas du temps à perdre, j’avais une conscience à rassurer. J’espère bien dormir ce soir…



À propos de l’auteur

Simon Dor


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Je suis professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue au centre de Montréal.


En libre accès en format numérique ou disponible à l’achat en format papier.


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