Ma première entrevue en tant qu’expert – sur l’apprentissage et Civilization

Le 16 avril dernier, je reçois un courriel qui me demande mon opinion sur certaines questions concernant l’avenir des jeux vidéo. Le journaliste qui me contacte se nomme Mathieu-Robert Sauvé et travaille pour la Première Chaîne de Radio-Canada et pour le journal Forum de l’Université de Montréal. Il veut me poser quelques questions à propos de l’avenir des jeux sérieux, soit les jeux qui ont des visées pédagogiques.

Mes lectures récentes me permettaient de parler de la question de l’apprentissage et des jeux vidéo, sans nécessairement parler directement de jeux sérieux. Je notais que certains chercheurs (je pensais à James Paul Gee) s’intéressent principalement aux moyens dont les jeux vidéo sollicitent les apprentissages. On a parlé de l’intérêt de la série Civilization, intéressante pour connaître l’histoire mais aussi critiquée pour présenter un point de vue ethnocentriste. On avait discuté de l’intérêt éventuel d’un jeu où on pourrait, de manière réaliste, modifier le cours de l’histoire. J’éprouvais des réserves quant à la scientificité d’une telle démarche et, à mon avis, c’est vers l’expérimentation artistique que le « jeu dans l’histoire » irait: par exemple, la possibilité d’avoir davantage d’uchronies (la série Command & Conquer: Red Alert est un exemple existant d’uchronie). Cette partie a été coupée, un peu loin des intérêts de départ.

Le 19 avril, Sauvé présentait à la Première Chaîne une chronique sur le futur des jeux vidéo, qui passait de la question de l’immersion à celle de l’apprentissage avec notamment les jeux sérieux. Je n’y suis pas cité directement mais nos questions sont évoquées.

Lundi dernier, le 26 avril, un article est publié sur la question dans le journal Forum. L’article s’intitule: « Les jeux vidéos seront-ils un jour éducatifs? » . J’y suis cette fois-ci cité directement. En parlant des critiques exprimées sur Civilization, je faisais référence notamment à deux articles, de Fortin et Trémel (2005) et Voorhees (2009).

Les deux chroniques n’ont pas tant comme objectifs de prédire l’avenir, mais de proposer à partir de ce qui existe actuellement la voie que pourrait prendre l’avenir. C’est mon opinion qui était demandée davantage que mon expertise elle-même, mais c’est plaisant de constater l’intérêt qu’il peut y avoir vers l’étude des jeux vidéo dans les médias.

Références

Fortin, Tony et Laurent Trémel. 2005. « Les jeux de “Civilization” : une représentation du monde à interroger ». Dans Tony Fortin, Philippe Mora et Laurent Trémel (dir.), Les jeux vidéo : pratiques, contenus et enjeux sociaux, p. 123-167. Paris : L’Harmattan.

Voorhees, Gerald A. 2009. « I Play Therefore I Am: Sid Meier’s Civilization, Turn-Based Strategy Games and the Cogito ». Games and Culture, vol. 4, no 3, p. 254-275. En ligne: http://gac.sagepub.com/cgi/content/abstract/4/3/254

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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3 commentaires

  1. Salut Simon.
    Heureux de savoir que tu as aimé ta première expérience. Je peux te dire que j’ai beaucoup apprécié notre entretien. Ma seule déception est de ne pas avoir eu plus d’espace rédactionnel pour développer un peu et donner plus de rayonnement à ta réflexion sur le sujet. J’espère qu’on se reprendra un de ces jours.

    MRS

  2. Salut Mathieu-Robert,

    Merci pour cet espace, ce fut un plaisir de pouvoir échanger sur ces aspects et ce sera tout autant un plaisir d’échanger de nouveau un de ces jours.

    À bientôt,

    Simon

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