Définir les concepts avant de les utiliser

Ceux qui ont des étudiants des cycles supérieurs ou des enseignants dans leur Facebook voient peut-être parfois des commentaires reliés à leur correction. Parfois, il va s’agir de citations directes de travaux, avec des commentaires ironiques liés à cela. Je suis moi-même en correction en cette fin de session, mais plutôt que de commenter directement des travaux précis — pratique que je n’aime pas trop —, je propose de commenter certains éléments parfois simples mais qui sont fondamentaux à respecter dans un travail de recherche. Je ne prétends pas que ça puisse être applicable à tous les cours — encore moins dans tous les domaines — mais je crois qu’il est important de spécifier ces éléments et, peut-être surtout, d’en discuter. En voici un. D’autres suivront tranquillement.

Définir les concepts avant de les utiliser

Un prof de philosophie que j’ai eu dans un cours lors de mon bacc m’a vraiment éclairé par rapport à la méthode d’un travail en sciences humaines. Il disait que la clef des sciences humaines, c’est l’explication des concepts. Par exemple, avec une question claire à résoudre, il s’agit simplement d’expliquer les concepts clefs de cette question chacun leur tour, puis le lien entre eux se fera tout seul. Souvent, le problème des étudiants est qu’ils assument que leur lecteur sait déjà ces concepts, alors que le travail nécessite de les expliquer. J’ai l’impression que les étudiants voient comme une marque d’érudition le fait de ne pas expliquer ses concepts: comme si on voulait se croire inclut dans un cercle d’initié. Au contraire, ce manque d’explication met en évidence le manque d’érudition.

Les concepts sont toujours relatifs à la situation dans laquelle on les emploi. Cette situation sera parfois un auteur (p.ex., le concept de sublime selon Kant ou le concept de source sonore chez Chion), une discipline, une tradition, etc. Cette relation doit être précisée, parce qu’elle ne va pas de soi. Elle permet au lecteur de situer la position du chercheur (ou de l’étudiant).

Dans certains cas, lorsqu’un travail est fait dans une discipline précise et que celle-ci est claire, on peut sauter cette étape. En études cinématographiques, on pourrait éviter d’expliquer des concepts comme ceux de plan, de montage parallèle, de champ, de cadre, de coupe franche, de diégèse, etc. Par contre, à partir du moment où on entre dans des concepts plus précis, il devient important de préciser de quoi on parle: la fictionnalisation selon Roger Odin, l’analyse érothétique de Noël Carroll, les jeux d’émergence selon Jesper Juul, le jeu signifiant de Katie Salen et Eric Zimmerman, etc.

Les concepts n’existent pas sans la tradition qui les a fait naître, et il importe de préciser celle-ci à la fois pour que le lecteur puisse en comprendre le contexte et pour qu’il puisse s’y référer s’il veut aller plus loin.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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