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Points de vue et jugements de valeur dans une analyse

Dans la lignée de mes autres considérations suite à la lecture de travaux, je parlerai aujourd’hui de la notion de points de vue ou de jugements de valeur. C’est une chose qui est extrêmement difficile à expliquer et à généraliser, car j’ai l’impression que les chercheurs ne sont pas tout à fait d’accord à ce propos. Bref, je vous expose une manière qui, pour moi, permet de s’assurer qu’un texte écrit en reste neutre quant à son objet d’études et ce, même si l’objet en question est explicitement considéré comme quelque chose ayant une plus grande valeur à nos yeux (ex: StarCraft pour moi).

J’entends par points de vue ou jugements de valeur l’idée qu’il y aurait des objets plus valorisés que d’autres. Par exemple, certains critiques de cinéma vont dire qu’un Godard a plus de valeur qu’un Nolan. Mais ce n’est pas le rôle des chercheurs en études cinématographiques, sauf s’il peut assumer qu’il y a des critères subjectifs mais définissables qui lui permettent d’affirmer une telle chose, et qu’il accepte que ces critères sont des prémisses — personnelles ou collectives — subjectives.

La tendance que je remarque, c’est que les étudiants prennent parti pour la cinéphilie ou pour l’art contre le cinéma populaire ou « commercial ». La problématique du texte va souvent incorporer ces notions sans toutefois les expliquer ou clarifier leurs points de vue. Comme si, par exemple, le fait de dire que Godard est de l’art, mais que Nolan est un divertissement, allait de soi. Dans le cadre d’une critique, ce point de vue peut aller de soi (même si d’autres critiqueront), mais ce n’est pas le cas dans un travail de recherche.

Le rôle de la « qualité » dans une analyse

Ce n’est pas dire qu’il ne faut jamais faire un travail où on jugerait de la « qualité » ou de « l’intérêt » des films. Par exemple, un travail de recherche sur la réception critique des films d’Alfred Hitchcock dans les Cahiers du cinéma serait intéressant, mais il ne s’agit pas pour le chercheur de se réjouir de la position des Cahiers en disant qu’ils prennent pour l’art. Le chercheur fera plutôt un compte rendu du traitement de la revue envers les films du cinéaste, tout en concluant, par exemple, que la notion d’auteur est pour eux une notion qui regroupe un certain nombre de caractéristiques observées dans l’ensemble des films d’un même cinéaste. Il ne s’agit pas de juger de leur définition, mais plutôt d’en clarifier le point de vue. Cette définition de « qualité » reste donc relative (ou, comme pour la culture, « immanente ») et un outil fonctionnel provisoirement dans le cadre de son texte.

On peut par la suite utiliser ce point de vue pour une analyse ultérieure (ou dans le cadre du même texte). Disons, par exemple, prendre la définition d’un auteur de films pour les Cahiers du cinéma et voir si Jean-Marc Vallée est un auteur (pour faire un clin d’oeil à l’article de Sylvain Lavallée). Le chercheur en études cinématographiques ne prendra pas position à savoir si Vallée est en soi un auteur: il va se baser sur une définition précise, sur des critères mesurables et subjectifs — ceux d’une école, d’un certain nombre de critiques, etc. — et énoncera ces critères et ces définitions pour être en mesure de faire son analyse. Exemple: si être un auteur signifie avoir une thématique suivie et une forme récurrente, on peut affirmer que Vallée n’est pas un auteur.

Ce que je trouve étonnant, c’est de lire un point de vue sans en lire la conception exacte, sans que ce point de vue ne soit vu lui aussi comme une partie prenante de l’analyse. Comme si l’université avait, en elle-même, un point de vue sur le cinéma et que ce point de vue valorisait le cinéma d’auteur et trouvait inintéressant le cinéma populaire.

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