Je reviens d’une conférence d’Alain Bergala au colloque La nouvelle vague française et le cinéma direct québécois organisé par le Michel Marie et Michèle Garneau. La conférence s’intitulait « Godard/Groulx : quel partage de cinéma ? » et traitait des rapports bidirectionnels entre les films de Jean-Luc Godard et Gilles Groulx. Bergala a partagé sa vision d’une filiation entre principalement trois films, Le petit soldat (Godard, 1963), Le chat dans le sac (Groulx, 1963) et La chinoise (Godard, 1967), en disant qu’ils forment une suite d’emprunts implicites.

Groulx - Le chat dans le sac

Bergala distinguait les deux cinéastes sur leur bagage au moment de la réalisation: Godard venant de la critique a appris au fur et à mesure sur le terrain, alors que Groulx, venant du documentaire à l’ONF, a importé ses techniques en fiction. Ce que j’ai trouvé très surprenant, c’est qu’il a expliqué que plusieurs films de la nouvelle vague n’utilisaient pas le son direct, tout en simulant une esthétique semblable en studio, alors que Groulx l’utilisait assez souvent. La conception du cinéma associée à la nouvelle vague précéderait les outils qui la rendent possible d’environ dix ans.

Aussi, Bergala pointait que Godard et la nouvelle vague avaient une idée précise de la forme de leurs films sans avoir une clarté du contenu politique, alors que Groulx aurait les idées politiques claires là où la forme est plus hésitante.

Godard - bande a part

Bref, ça m’a donné le goût de voir spécifiquement La chinoise, notamment car je suis curieux de comprendre quelle était son inspiration maoïste soulignée par Bergala. Je ne connais que très peu les idées maoïstes, dont celles de Godard; de ce que j’en connais, je crois que cet idéal est disparu suite notamment à mai 68 et à la constation de la divergence entre les idées maoïstes et la réalité de la Révolution culturelle en Chine.

Je suis toujours intrigué par la représentation d’idées politiques dans les films.

Ce film n’était pas ou plus à mon club vidéo habituel. J’ai plutôt opté pour Bande à part (1964), mais n’en ait pas été particulièrement satisfait par rapport à mes attentes.

Le colloque se poursuit jusqu’au 13 mars, avec plusieurs projections au programme à la Cinémathèque.

Images tirées respectivement de http://www.nfb.ca/film/chat_dans_le_sac/ et http://carmadou.blogspot.com/2010/12/bande-part-jean-luc-godard-1964.html.

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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2 commentaires

  1. Bande à part doit être l’un des films les plus accessibles de Godard.
    Leur minute de silence ne t’a pas plu?

    La chinoise est plus difficile à apprivoiser, et à certains égards, si on ne connaît pas la position politique réelle de Godard, on pourrait croire qu’il s’agit d’un film ironique.

  2. Quelque chose m’a agacé, il m’a peut-être trop fait penser sur plusieurs points à Une femme est une femme et Vivre sa vie, mais ce dernier m’a au contraire vraiment touché. Il est peut-être de ces films que j’apprécierai davantage avec le temps ou en lisant sur lui.

    Intéressant cette ambiguïté sur La chinoise. C’est le prochain Godard sur ma liste très certainement.

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