Autocritique: Radio-Canada / le Canada

Il y a trois semaines, je suis allé à Ottawa voir un ami et nous sommes allé à la projection de Mosaika (réalisé et scénarisé par Pamela Schneider), un spectacle « son et lumière » sur l’histoire et l’identité canadiennes semblable au Moulin à images que Robert Lepage projetait à Québec pour le 400e.

Après la projection, je soulignais avoir été déçu du fait que, si on prétend raconter l’histoire du Canada, il aurait quand même été intéressant de ne serait-ce qu’effleurer l’existence du souverainisme québécois, en parlant d’un ou de quelques événements marquants de son histoire, comme la Crise d’octobre (je concède que c’est un sujet délicat) ou les deux référendums. L’introduction montrait à plusieurs reprises des intervenants qui disaient questionner l’identité canadienne, et il me semble que de s’approprier les deux victoires du Non aux référendums aurait pu être un aspect intéressant pour souligner ce qu’ils ont répété tout au long de la projection: qu’être Canadien, ce n’est pas qu’une seule chose.

En discutant de ça, on me rétorquait que c’est normal que le Canada « s’autocongratule » dans une projection comme celle-là. Pour moi, ça ressemble beaucoup à de la propagande. J’aurais aimé quand même une mention, si ce n’est une critique. Le souverainisme québécois restera important dans l’histoire du Canada même si le Bloc ne faisait que dépérir et que la question nationale au Québec était réglée.

Sur un ton semblable, à propos des 75 ans de Radio-Canada, Stéphane Baillargeon du Devoir, explique que l’autocritique est possible:

Cela dit, la première heure proposée hier au visionnement de presse pèche franchement par excès d’autocongratulation. Il n’y a pas un gramme de critique dans ce survol historique. Nada contre Radio-Canada, qui a pourtant ses défauts, comme tous les médias.

Le Devoir connaît très bien la mécanique du cadeau de soi à soi. Le quotidien a célébré son centième anniversaire l’an dernier en multipliant les reportages intéressés, tout en se gardant parfois une petite gêne, par exemple pour évoquer du tac au tac de valeureuses luttes antiduplessistes d’après-guerre et de honteuses accointances antisémites ou misogynes dans les années 1930. Récemment, la revue Liberté a publié une anthologie de textes de son premier demi-siècle bourrée de sévères autocritiques. Bref, ça se fait: qui s’aime bien peut se châtier bien…

Bref, pourquoi pas quelques mots sur ce qui ne fait pas l’unanimité?

Publié par Simon Dor

Simon Dor est professeur en études vidéoludiques à l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) en création et nouveaux médias de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue depuis août 2016. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur l'histoire des jeux de stratégie en temps réel. Il écrit ici depuis 2006, d'abord comme étudiant en études cinématographiques éventuellement spécialisé en jeu vidéo (2008-2015), puis comme chargé de cours (2013-2016) en études du jeu vidéo (Université de Montréal) et en communication (UQAM). Ses jeux de prédilection sont StarCraft, Sid Meier's Civilization II, Final Fantasy VI, Crusader Kings II et Ogre Battle.

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1 commentaire

  1. J’ai depuis longtemps fait mon deuil
    de la télé généraliste canadienne.
    Une auto-critique de leur part
    égalerait à un aveu or ils ne souhaitent
    pas cela.

    Au contraire.

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